ACER JAPONICUM, une belle découverte

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je viens avec un livre que j’ai vraiment adoré. Je l’ai lu d’une seule traite tant il m’a captivée immédiatement, ce qui ne m’était plus arrivé depuis longtemps !

Ce livre, c’est « Acer Japonicum » d’Aurélien Gouttenoire. L’auteur a d’ailleurs eu la gentillesse de m’accorder une interview que vous retrouverez à la fin de l’article. Pour être transparente avec vous, j’ai reçu ce livre gratuitement de la part de Books On Demand, la solution d’autoédition qui a également imprimé cet ouvrage.

Venons-en au livre proprement dit et voici le résumé que vous trouverez sur la quatrième de couverture :

« Sous les feuilles rousses du Soleil-Levant, il y avait deux hommes. L’un, français, charmé par la société nipponne et son intimité ombreuse, condamné au sort de l’étranger à l’étranger. L’autre, japonais, prodige de l’ikebana aux amours interdites, prisonnier des mœurs de son pays. Cette histoire est celle d’une rencontre : celle de deux peuples que tout oppose ; celle de deux apatrides que tout unit. »

Ce résumé, pour ne pas me gâcher la surprise, j’avais décidé de ne pas le lire au préalable ! Je voulais découvrir le roman sans aucune idée de ce dont il parlait. Les seuls indices venaient donc du titre et de la photo de couverture, « Acer » étant le nom botanique de l’érable et « Japonicum » faisant référence au Japon de façon évidente.

Etant donné que j’aime les végétaux en général et donc, les érables du Japon, que je suis passionnée par le Japon (je suppose que vous l’aviez deviné), j’imaginais bien que ça pourrait me plaire. Mais, si le cadre de l’histoire se déroule bien au Japon lors de la magnifique saison de l’automne, j’étais à mille lieues de deviner ce que le protagoniste principal (qui n’est pas nommé mais que nous appellerons « Watashi ») allait raconter au fil des pages !

Notre personnage, « Watashi », est un expatrié français vivant au Japon dans une solitude pesante. C’est alors qu’il décide de trouver une activité qui lui permettrait de rencontrer des personnes. C’est de cette manière qu’il découvre l’ikebana, cet art japonais fondé sur la composition florale. Là, parmi les élèves, exclusivement féminines, il y a un seul autre homme, un Japonais aux abords peu amicaux et pourtant, véritable prodige dans cet art traditionnel. Voilà le point de départ du bouleversement qui va suivre…

Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus sur cette histoire, je ne voudrais pas vous gâcher la découverte. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que j’ai d’abord été captivée par l’ambiance poétique dès la première page. Ensuite j’ai été retenue par la narration réaliste, ni idéalisant, ni diabolisant la culture japonaise mais étant empreinte d’une forme d’honnêteté et de clairvoyance à ce sujet.

Quand est arrivé le tournant de l’histoire, passée la surprise, d’autant plus grande que je n’avais rien vu venir me l’annonçant, je n’ai pas pu me détacher des pages tant je voulais connaître la suite. J’étais dans une forme de compassion pour les personnages, oscillant entre inquiétude et soulagement. J’ai été tenue en haleine de cette manière jusqu’à la toute dernière page qui a confirmé que j’aimais vraiment ce livre !

Qui est Aurélien Gouttenoire ?

Voici ce que nous pouvons découvrir de lui en lisant la quatrième de couverture :

« Aurélien Gouttenoire est un auteur français, né en 1996. Passionné de botanique et d’anthropologie, c’est d’abord adolescent, par la création de courts métrages d’animation, qu’il donne vie à son imagination. Puis, à vingt-et-un ans, l’envie de prendre la plume germe en secret. De ce travail naît « Acer japonicum », premier roman issu de sa fascination pour le Japon. Désormais, son souhait est de continuer à écrire, de confectionner un jardin littéraire dont chaque serre, chaque récit, s’enracinerait toujours plus profondément dans la nature humaine, se nourrirait de nos errances, de nos fantasmes, de nos désillusions pour croître vers un horizon qui nous échappe et nous dépasse. »

Souhaitant le connaître un peu plus et pour mieux comprendre son travail, ses inspirations et son parcours, j’ai rédigé une interview et monsieur Gouttenoire a gentiment pris le temps de me répondre.

Je vous retransmets cette interview, dans son intégralité :

(Attention, il y a un spoiler dans l’interview)

JEN : Bonjour, Tout d’abord félicitations pour ce très beau roman que j’ai lu d’une traite tant il m’a captivée ! Je voudrais vous poser quelques questions pour compléter l’article que j’écris concernant votre livre si vous le voulez bien…

Aurélien GOUTTENOIRE : (C’est surtout moi qui vous remercie d’avoir pris le temps de lire mon travail, et encore plus de vouloir écrire un article dessus ! Je suis vraiment heureux qu’il vous ait plu en tout cas, surtout que j’ai remarqué que vous étiez passionnée par le Japon. Je craignais un peu d’avoir mal retranscrit l’archipel ou de lui avoir donné une vision trop personnelle.)

JEN : Ecrire un roman, cela n’est pas donné à tout le monde… Comment cette idée vous est-elle venue ? Avez-vous rencontré des difficultés dans le parcours ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Depuis que je suis enfant, j’ai beaucoup d’histoires qui me viennent spontanément à l’esprit (comme tous les enfants, non ?). Alors, quand j’ai découvert, vers mes onze ans, un site internet qui permettait de créer ses propres dessins animés, ç’a été le Saint Graal. J’y ai passé le plus clair de mon temps, au point de délaisser les devoirs une fois rentré de l’école. On était très loin d’un Pixar, mais certains internautes parvenaient à réaliser de véritables bijoux. Ces courts et moyens-métrages ont été ma cour de récréation jusqu’à mes vingt-et-un ans. Puis, lorsque l’histoire derrière Acer japonicum a commencé à prendre forme, j’ai eu le sentiment que l’animation ne serait pas un support adapté. Elle appelait un regard et une voix différents, une manière de retranscrire les émotions contrastées du personnage principal, et surtout, ses réflexions sur la société nipponne. Je ne sais ni peindre, ni chanter, ni sculpter, ni danser, alors, faute de mieux, je me suis essayé à l’écriture.

Je ne vous cache pas que mes premiers essais ont été chaotiques. Je ne suis pas un homme de lettres ; lorsque j’ai commencé à écrire, je me suis dit : « bon, tu vas faire un travail littéraire, il va donc falloir utiliser des mots très très littéraires, pour que ça fasse très très intelligent ». Je rédigeais les phrases telles qu’elles me venaient, puis, avec un dictionnaire de synonymes, je remplaçais tous les mots un brin trop simples par des équivalents archi-soutenus. J’obtenais ainsi un texte illisible au possible, prêt à imploser, et dont je ne comprenais plus rien. Un jour, il m’a bien fallu admettre que je n’allais nulle part ainsi, et le manuscrit a fini à la poubelle. J’ai recommencé depuis zéro, rebalancé à la poubelle, re-recommencé, re-rebalancé… jusqu’à trouver ce qui me semblait être la juste note. Vous l’aurez compris, ce projet était loin d’être une entreprise facile et il m’a fallu trois ans pour aboutir à quelque chose d’un minimum convenable.

JEN : Où avez-vous trouvé l’inspiration pour votre livre ? Vous êtes-vous inspiré de faits réels ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Le déclic a été la projection au cinéma du film Call me by your name, tiré du roman d’André Aciman. J’ai été subjugué par la manière dont cette romance était imprégnée de culture méditerranéenne, avec cette chaleur estivale étouffante, l’ombre des oliviers et le chant des cigales. En rentrant chez moi, je me souviens m’être demandé « qu’est-ce que ça donnerait, une histoire comme celle-là, mais imprégnée de culture japonaise ? ». De cette interrogation, une intrigue a commencé à prendre forme, avant de devenir le roman qui nous occupe ici.

S’agissant de l’inspiration de faits réels, je répondrais non et oui. Non, car l’histoire constitue véritablement une fiction (qui flirte avec l’autofiction). Je tenais d’ailleurs à ce qu’elle soit déconnectée d’unités de lieu et de temps précises, afin de me focaliser le plus possible sur les personnages et extraire leur part d’universalité et d’intemporalité. C’est pour cela qu’ils évoluent au sein de villes fictives (comme Kumigawa ou Yugatari), afin qu’elles représentent le Japon sous une forme condensée, comme des boules à neige. Cela étant, je me suis tout de même inspiré de fragments de faits réels que j’ai vécus lors de mes quelques échappées là-bas. Certains lieux visités par les personnages existent bel et bien, même s’ils ne sont pas clairement identifiés. Ils sont des devinettes pour les lecteurs…

JEN : Un sujet tel que l’homosexualité n’est pas si banal en littérature, qu’est-ce qui vous a motivé à choisir d’en parler ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Même si le rapport à l’homosexualité tend à s’améliorer en Europe de l’Ouest, notamment au sein des nouvelles générations, il reste difficile de trouver des productions (livres, films, séries etc.) qui abordent le sujet dans toute sa complexité. J’ai le sentiment qu’elles se partagent en deux groupes. Il y a celles qui occultent très largement, voire complètement, le mal-être que peuvent ressentir les personnes non-hétérosexuelles lorsqu’elles subissent l’opprobre de la société. Je pense par exemple aux livres ou mangas écrits par le genre opposé pour le genre opposé, dans lesquels les personnages évoluent au sein d’univers où l’homosexualité est la norme. Bien que cela parte d’un bon sentiment, on sous-estime les dommages collatéraux qu’ils peuvent causer, notamment pour les plus jeunes.

De l’autre côté, il y a les œuvres où l’orientation sexuelle des personnages constitue une forme de malédiction qui ne pourra déboucher que sur des amours impossibles, des maladies incurables et, finalement, la mort. Je ne dis pas qu’il faut proscrire ces œuvres, loin de là : elles constituent pour beaucoup des témoignages précieux qui ne doivent jamais être oubliés. On ne pourrait pas traiter de l’épidémie du SIDA, par exemple, en prétextant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais en l’absence de récits plus optimistes pour contrebalancer, il me semble qu’on entretient une forme de cercle vicieux qui a nécessairement une incidence sur le regard qu’un individu porte sur lui-même et sur les relations affectives qu’il entretient. La culture et l’éducation ont un rôle primordial à jouer ici. J’ai donc voulu écrire un livre que j’aurais souhaité lire, en m’efforçant de lui attacher un message le plus équilibré possible : ni trop défaitiste, ni trop tendre. Enfin, je souhaitais que ce sujet constitue une porte d’entrée vers une réflexion plus large, à la fois sur notre rapport à l’imaginaire culturel, et sur notre condition humaine.

JEN : Parlons du cadre de l’histoire, le Japon… En vous lisant, on s’y croirait ! D’où vous viennent cet amour et cette connaissance de l’Archipel ? Y avez-vous vous-mêmes séjourné ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Tout d’abord, merci beaucoup ! Je suis ravi que le roman apporte un peu de dépaysement. Au même titre que le personnage principal, à l’origine, j’ai entrevu le Japon par le prisme des mangas et des anime, à commencer par Naruto. Je doutais néanmoins que les Japonais courent sur les toits et crachent des boules de feu (encore que…). A mesure que je me suis intéressé au pays qui se dissimulait derrière, j’y ai découvert toute une société fascinante, raffinée et terriblement complexe. Pour une personne qui, comme moi, a besoin d’analyser et comprendre l’être humain dans toute sa diversité, le Japon se présentait comme un vaste terrain de jeu. Je suis bien loin d’avoir appréhendé l’archipel entier, mais je m’efforce de le déconstruire pièce par pièce, afin d’en avoir une compréhension la plus fine possible.

J’ai eu la chance, il y a six ans, de pouvoir y trouver un boulot d’été et d’être hébergé par une famille d’accueil, ce qui m’a permis de côtoyer ce Japon authentique. Je n’y suis jamais allé à l’automne cependant ; vous aurez deviné, pour avoir lu Acer japonicum, que c’est l’un de mes rêves !

JEN : Avez-vous pratiqué vous-même l’Ikebana dont il est tant question ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Au risque de vous décevoir, je ne m’y suis essayé qu’une seule fois ! En réalité, dans sa toute première version, l’histoire n’avait pas l’ikebana comme cadre principal. Il n’intervenait que plus tard : à mesure que le personnage français s’intéressait à Ryûji, le protagoniste japonais, il apprenait que celui-ci était un compositeur chevronné. L’atelier d’ikebana devenait une sorte de jardin secret dans lequel s’introduisait le personnage principal, de la même manière qu’il s’immisçait dans l’intimité nipponne. Finalement, j’ai trouvé intéressant de me focaliser davantage sur cette discipline, comme un point de repère dans ce récit où l’espace et le temps se défilent.

C’est dans ce contexte que je me suis aventuré dans un atelier d’ikebana, non pas au Japon, mais en Italie, car j’y vivais à ce moment-là. Ma première composition a été un désastre (elle m’a d’ailleurs inspiré un passage du roman). J’étais motivé à persévérer, mais les frais d’inscription étaient complètement prohibitifs. Je rassure néanmoins les lecteurs : certains ateliers sont bien plus abordables. Du reste, pour l’écriture de l’histoire, je me suis inspiré de ressources et d’images publiées en ligne.

JEN : Concernant l’édition de votre livre, pourquoi avoir choisi l’autoédition ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Comme j’évoquais un peu avant, je ne suis pas un grand connaisseur du monde littéraire. J’imaginais qu’un roman devait nécessairement être retenu par une maison d’édition pour pouvoir exister. J’avais donc envoyé le manuscrit à quelques maisons dont la ligne éditoriale était susceptible de correspondre. Nous étions toutefois au sortir des périodes de confinement et les Français, calfeutrés chez eux, s’étaient mis à écrire en masse. Le raz-de-marée a été tel que certaines grandes maisons ont dû fermer leur service des manuscrits. Je ne me faisais pas d’illusion et, resté sans réponse durant plusieurs mois, j’ai cherché une alternative.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert le monde de l’autoédition. Une fois encore, j’y voyais plutôt un lot de consolation pour espérer toucher deux ou trois lecteurs. Sur les conseils d’un proche, j’ai toutefois décidé de faire de la promotion sur les réseaux sociaux, ce qui m’a permis de gagner rapidement en notoriété. Bien utilisées, ces plateformes permettent de court-circuiter les intermédiaires habituels de l’écosystème littéraire. Je suis bien entendu loin d’avoir constitué un lectorat de trois cent mille personnes, mais je ne pensais pas toucher autant de monde en un mois et demi de publication. Je reste également titulaire des droits d’auteur sur mon roman, ce qui me permet de garder la main sur sa diffusion.

JEN : Prévoyez-vous d’écrire encore un autre livre ou même plusieurs ? Si oui, avez-vous déjà une idée de la trame principale ?

Aurélien GOUTTENOIRE : J’ai en effet de nombreuses histoires en tête qui ne demanderaient qu’à prendre vie ! Elles partageraient toutes deux points communs.

Sur la forme, elles auraient chacune un végétal en guise de symbole, au même titre que l’érable du Japon représente (littéralement) Acer japonicum. Mon intention est de constituer une sorte de jardin botanique où derrière chaque plante, chaque étiquette, s’épanouirait un récit.

Sur le fond, elles s’attacheraient à questionner notre imaginaire collectif. Il s’agit d’un thème qui me passionne et que j’aimerais appréhender sous toutes ses coutures.

Parmi toutes ces idées, il y en a une qui me tient particulièrement à cœur, car elle aborderait ce sujet de manière assez frontale. Je crains néanmoins que ce soit le genre de livre qu’on ne peut écrire qu’à soixante ou septante ans, avec le recul d’une vie. Mais, qui sait ?

JEN : Avez-vous envie d’ajouter quelque chose ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Je souhaiterais vous remercier une fois encore pour l’intérêt que vous portez à Acer japonicum et pour l’article que vous vous apprêtez à écrire. La communauté Wallonihon a l’air très sympathique ; si je n’habitais pas aussi loin, je vous aurais rejoints avec plaisir !

Enfin, pour les personnes curieuses d’en savoir plus sur mon travail, je les invite à consulter mon site internet : www.aurelien-gouttenoire.com

Vous pourrez également retrouver Aurélien Gouttenoire sur

Facebook: Aurélien Gouttenoire

Instagram: Aurélien Gouttenoire

Fiche technique du livre :

Titre : Acer Japonicum

Auteur : Aurélien Gouttenoire

Editions : BoD, Books On Demand

Date de parution : Septembre 2021

ISBN : 9782322396931

Nombre de pages : 168

A propos de l'auteur

Jennifer De la Rubia

Passionnée par le Japon et sa culture, le chant et la lecture. J’aime apprendre et partager mes découvertes

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