Archives de catégorie : Culture

Centre Céramique : une fenêtre sur le Japon

Le 16 avril, l’équipe de WalloNihon, représentée par Jennifer, Frédéric et moi-même est partie à la découverte des collections du Centre Céramique ainsi que de la magnifique exposition de photos qui nous immergea dans l’univers des Geisha.

Notre visite commença par un voyage dans le temps, à une époque où le Japon exerçait une influence majeure dans les arts décoratifs, poussant les artistes et artisans européens à rivaliser d’ingéniosité pour imiter ou s’inspirer des créations de leurs homologues japonais dans un pays qui, isolé pendant près de deux siècles, s’ouvrait au monde. La restauration Meiji débutait…

Les plus grands producteurs de céramique de Maastricht œuvrèrent pendant près d’un siècle, de 1868 à 1965, à la fabrication de faïences puis de porcelaines marquées par ce Japonisme. Sous les enseignements de Monsieur Dijkman, conservateur du Centre Céramique, nous découvrîmes l’histoire de cette formidable aventure qui nous ramena également en Belgique…

En 1868, Petrus Regout (1801-1878) créa un service au nom évocateur, « JAPAN », ce qui traça la route qu’allait prendre la production de céramique à Maastricht. Ce service est très intéressant car je pense que l’on ressent bien l’influence japonaise au travers de la couleur rouge, une probable évocation du rouge kaki caractéristique de la porcelaine japonaise.

Nous poursuivîmes notre visite et nous pûmes mesurer l’étendue de cette collection. Ainsi, cette autre production de Petrus Regout porte le nom de « WAAYER », éventail. Ce dernier est très courant dans l’art japonais, qu’il soit utilisé comme motif décoratif ou pour sa forme. Ce n’était donc pas un hasard que celui-ci soit repris et réinterprété dans la production de Maastricht. D’autres motifs ont également été repris comme la grue, le pluvier ou encore le bambou.

Toutefois, dans l’art japonais, les motifs décoratifs sont rarement utilisés pour cette fonction propre. Ils possèdent une symbolique qui se voit renforcée par l’ajout de motifs à la symbolique identique. Néanmoins, la décoration de ces céramiques ignore cet aspect, se concentrant sur le côté esthétique.

La société de Petrus Regout fut rebaptisée « De Sphinx » en 1899, en référence à la marque apposée sur les pièces et figurant un sphinx couché. Toutefois, cette société ne fut pas la seule à explorer les décors japonais. D’autres se lancèrent également dans la production de faïences, de porcelaines et ce fut le cas de la Société Céramique, de Frederik Regout, de Mosa ou encore de la société De Sphinx/Société Céramique, résultat de la fusion entre ces deux fabricants en 1958.

Mais arrêtons-nous un instant sur le nom de la Société Céramique. Comme vous pouvez le constater, ce nom français n’est pas dû au hasard et témoigne du lien qui exista entre la Belgique et Maastricht durant les XIXe et XXe siècle. En effet, à l’origine, cette manufacture est l’héritière d’une autre fabrique fondée en 1851 par deux entrepreneurs belges : Nicolas Winand Clermont et Charles Chainaye sous le nom de « Clermont & Chainaye ».

D’autres liens virent le jour et au regard de la passion que je porte pour l’art et l’artisanat, je citerai la manufacture de Nimy dont le savoir-faire n’est plus à démontrer et qui fut rachetée par la Société Céramique en 1921.

Revenons à notre visite et bien que l’objectif ne soit pas de dresser un historique complet de cette production, progressons dans le temps pour observer ces pièces. Produites par la Société Céramique en 1914 et offrant un magnifique camaïeu bleu, ces pièces connues sous le nom de décor « NIPPON » offrent une décoration pour le moins incontournable dans la culture japonaise : la geisha. J’attire également votre attention sur les frises qui encadrent les différentes compositions. Celles-ci pourraient également être une inspiration de l’art japonais au travers des frises dites « Hanabishi » (花菱).

Terminons sur ces pièces produites à l’occasion des Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Vous les reconnaissez, n’est-ce pas ? Il s’agit bien du décor « NIPPON » repris sous le nom « SAYONARA » mais traité dans un camaïeu de brun. À l’image des athlètes qui firent leurs adieux à leurs hôtes japonais à la fin des Jeux Olympiques, ici s’achève cette première partie, témoignant d’une aventure qui dura près d’un siècle.

Mais il est encore trop tôt pour vous faire nos adieux. Entrons maintenant dans l’univers intimiste des Geisha au travers de l’exposition de Monsieur Paul van der Veer.

La dernière photo de l’exposition figure la Geiko Kikuyae qui, au terme de la cérémonie de l’Erikae (襟替え), passe du statut de maiko à celui de Geiko. Le terme « Erikae » peut être divisé en deux termes : Eri (襟), col et Kae, du verbe Kaeru (替える), changer. Il se traduit donc par le changement de col qui revêt une symbolique très forte dans laquelle la maiko délaisse le col rouge et prend le col blanc de Geiko. Aboutissement d’un long et difficile apprentissage, cette photo incarne cet accomplissement.

Source: Paul van der Veer

Ainsi, Paul Van der Veer nous plongea dans l’intimité de ces femmes qui évoluent dans l’Okiya (置屋) Hanafusa (花ふさ) de Miyagawachô (宮川町), l’un des cinq Hanamachi (花街) de Kyoto. Créé en 1751 en tant que lieu de rencontre pour les artistes locaux, Miyagawachô est situé près du théâtre Kabuki Minamiza et doit son nom à une coutume du festival de Gion consistant à laver les palanquins sacrés du sanctuaire de Yasaka dans la rivière Kamo.

C’est dans ce quartier qu’évoluent les Geisha de la maison Hanafusa. Le terme de Geisha (芸者) est lui aussi très intéressant et peut se décomposer de la façon suivante : Gei (芸), art et Sha (者), personne. En l’occurrence, il s’agit donc d’une personne liée à l’art, une artiste.

De ce fait, tout au long de l’exposition et sous les explications de Monsieur van der Veer, nous découvrîmes ces femmes versées dans la culture traditionnelle japonaise au travers de l’étude et de la maitrise de la danse, du chant, du shamisen, de la cérémonie du thé.

Cet article est également l’occasion d’insister sur un élément très important. Les Geisha ne sont en aucune manière des prostituées. Elles sont souvent confondues à tort avec les Oiran (花魁), les courtisanes de haut rang célèbres durant la période Edo. Cette confusion se rencontre encore très souvent dans la littérature ou l’image du XXe siècle, comme le prouve l’exemple ci-dessous.

Carte postale ancienne. Oiran, XXe siècle

La parcours d’une Geisha est strict et éprouvant. Pour devenir une maiko, la candidate doit quitter la maison familiale et s’installer dans l’Okiya où commence la préparation, Shikomi (仕込み) pendant un an. Durant cette période, elle doit obéir aux règles établies par l’Okiya, s’initier à la danse et apprendre le dialecte de Kyoto. Après cette période, elle devient une minarai (見習い) et durant cette phase d’environ un mois, elle assiste aux soirées avec ses ainées qu’elle observe et étudie. Vient ensuite le moment où elle devient une maiko et se lie officiellement à l’une de ses ainées qui l’accompagnera dans ce monde hors du commun.

Maiko Kikusana

Source: Paul van der Veer

Bien plus qu’une exposition, chaque photo dévoile sa part du quotidien d’un univers mystérieux qui suscite la fascination.

Mais sans entrer dans l’idéalisation, Paul Van der Veer capte la vie qui suit son cours dans les murs de l’Okiya Hanafusa et il nous la transmet telle qu’elle est, c’est-à-dire vivante, humaine. Tout au long de notre visite, nous avons ressenti la passion avec laquelle il a travaillé et cette passion transparaît également dans chacun de ses clichés.

Maiko Kikusana

Source: Paul van der Veer

Cet article touche à sa fin et pourrait encore faire couler beaucoup d’encre tant le contenu de cette visite était riche et intéressant mais nous vous invitons à découvrir par vous-même le Centre Céramique et cette exposition de photos.

Et bonne nouvelle, l’exposition a été prolongée jusqu’au 26 juin alors n’attendez plus. Toutes les informations se trouvent en fin d’article.

Nous tenons à remercier Monsieur Dijkman ainsi que Monsieur Paul van der Veer qui nous ont accompagnés lors de cette visite et sans lesquels cet article n’aurait pu voir le jour. Ils nous ont transmis des savoirs, des expériences d’une grande richesse que nous espérons, à notre tour, vous avoir transmis.

N’hésitez pas à consulter les liens ci-dessous pour de plus amples informations :

Le Doudou, ducasse rituelle de Mons

Durant le mois de février, je me suis rendue avec Sébastien et Frédéric à Mons. Nous avions rendez-vous pour rencontrer une gentille Japonaise qui nous avait contactés ainsi que son mari. Nous avons profité de cette occasion pour visiter la ville, prendre des photos et se faire un chouette restaurant entre nous (et ce fut vraiment délicieux).

Ayant grandi à Mons, j’ai voulu partager avec eux les lieux qui ont marqué mon enfance et mon adolescence. Ils m’ont alors accompagnée au beffroi, à mon ancienne école ainsi qu’au parc qui se trouve tout près où nous allions faire nos séances de sport en extérieur.

Nous avons également visité un monument très important pour la ville, la collégiale Sainte-Waudru. C’est dans cet édifice que je leur ai parlé du folklore montois auquel j’ai eu le bonheur de participer durant ma jeunesse lorsque je revêtais le costume de chanoinesse pour la procession annuelle des reliques de Sainte-Waudru.

Ils ne connaissaient pas du tout cet événement culturel qui est pourtant très ancré dans la vie montoise. C’est alors qu‘ils m’ont conseillée de vous en parler afin de partager cette coutume belge qui mérite d’être mieux connue. Dans le cadre de la mission de Wallonihon qui est de favoriser des échanges culturels entre Japonais et Belges, c’est effectivement très pertinent. Merci à eux pour la suggestion 😊

C’est devant ces œuvres que nous avons commencé à parler du doudou…

Photo personnelle

A l’avant-plan se trouve le « Car d’Or ». Il s’agit du char processionnel en bois sculpté, peint et doré qui a été réalisé à la fin du XVIIIe siècle dans le style Louis XVI. Notez qu’il est encore utilisé de nos jours ! Sa longévité étonnante s’explique par le fait qu’il a été restauré et renforcé.

A l’arrière-plan se trouve le tableau intitulé « Sainte-Waudru et ses filles rendant visite aux prisonniers » peint par Antoine Van Ysendyck (1801-1875). Sainte-Waudru y est représentée en abbesse, dans un costume de chœur du XVIe siècle, celui-là même dont s’inspirent les costumes de chanoinesses du XVIe siècle utilisé à l’heure actuelle lors de la procession.

Archives personnelles

Sur la photo, vous pouvez voir que j’ai eu la chance immense de porter ce costume, je l’ai même fait plusieurs années de suite. On y meurt de chaud sous la chaleur et le soleil de juin mais c’est un tel honneur que l’on supporte aisément l’inconfort 😉

Sainte-Waudru? Chanoinesses? De qui parlons-nous ?

La patronne de Mons, Waudru, naît en 612 d’une famille aristocratique près de Maubeuge. Elle épouse le comte Maldegaire et ensemble, ils ont 4 enfants. Une fois l’éducation des enfants menée à terme, les époux décident d’un commun accord de se séparer afin d’entrer dans la vie religieuse, chose qu’ils ont toujours tous deux désirée.

Waudru fonde alors une communauté religieuse féminine sur la colline de Castri Locus qui deviendra Mons dans les siècles suivants. Waudru est reconnue pour sa vie exemplaire et, après sa mort survenue en 688, la « vox populi » la déclare sainte, ce que l’Eglise confirmera en la canonisant en 1039.

A un moment imprécis de l’histoire, la communauté religieuse de Waudru se muera en monastère. La première mention écrite attestant ce fait « monasterium de Castri Locus » date de 833. Ce monastère était probablement soumis à la règle de Saint-Benoît mais il n’y a, là encore, aucune certitude.

Ce fait de vivre en respectant des règles religieuses, aussi appelées des « canons » donne le mot « chanoinesse » (canonicae). Les chanoinesses sont donc des femmes qui vivent selon des canons. La première mention connue de ce terme « chanoinesse » dans les textes a lieu en 1123.

A Mons, ces femmes nobles ont pour rôle, outre l’assiduité aux offices religieux, avant tout de veiller à la conservation des reliques de Sainte-Waudru et aider les pauvres dans le besoin. Les chanoinesses mènent une vie consacrée à Dieu mais ne prononcent cependant pas les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance que prononcent d’ordinaire tous les religieux et religieuses entrant dans un ordre. En effet, les chanoinesses restent libres de se marier et fonder une famille dès qu’elles ont atteint l’âge de 25 ans.

Vers 1450, c’est sous l’impulsion des chanoinesses qu’est érigée la fameuse collégiale Sainte-Waudru qui se dresse encore aujourd’hui dans la ville multiséculaire. C’est dans cet édifice qu’elles sont, depuis, ensevelies à leur trépas.

L’existence des chanoinesses a pris fin à la Révolution française qui a supprimé tous les chapitres ainsi que certaines congrégations religieuses. Les chapitres n’ont jamais été recréés ensuite mais les Montois gardent un certain attachement à leurs chanoinesses, spécialement celles des XVIe et XVIIIe siècle, toujours représentées lors de la procession du Car d’Or.

Mais tout ça ne nous explique pas ce qu’est le doudou, me direz-vous… J’y viens !

Origine:

La ducasse de Mons a lieu chaque année lors du week-end de la Trinité (57 jours après Pâques). On l’appelle également « doudou » en référence à un air musical abondamment joué durant ces festivités.

Cette fête a déjà une longue histoire vu que son origine remonte au Moyen Âge même si on ne connait pas avec exactitude la date de début. La première mention écrite connue qui atteste de son existence date de 1248.

Une croyance populaire veut que, frappée par la peste noire, la population s’est mise à prier Sainte-Waudru afin que la ville soit sauvée. Alors que la peste a effectivement disparu, il a été décidé de faire chaque année une procession en l’honneur de la Sainte. Cette croyance encore très répandue ne représente cependant pas la réalité historique.

En effet, la fameuse épidémie de peste noire a atteint l’Europe entre 1347 et 1352. On voit donc que les dates ne correspondent pas. Cela dit, et qu’importe ce qui a conduit à la naissance de cette tradition, les Montois y sont très attachés et y participent encore très massivement. Depuis 2005, la ducasse de Mons est reconnue comme chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Son nom officiel est dès lors « Le Doudou, ducasse rituelle de Mons. »

Déroulement:

La ducasse de Mons comporte 2 temps forts :

  • Le « jeu de Sainte-Waudru » qui commence le samedi de la Trinité et se poursuit le lendemain
  • Le « jeu de Saint-Georges qui combat le dragon », également appelé le « Lumeçon » qui se tient le dimanche
1. Le jeu de Sainte-Waudru :

Le samedi à 20h a lieu une cérémonie publique, en présence des femmes figurant les chanoinesses ainsi que des personnalités publiques de la Ville. On descend la châsse contenant les reliques de Sainte-Waudru qui se trouve habituellement suspendue au-dessus du chœur. Le doyen de la paroisse montoise prononce alors un discours remettant les reliques de Sainte-Waudru sous l’autorité du bourgmestre afin que celui-ci en assure la protection et la sécurité lors de la procession du lendemain.

(Crédit Photo : Grégory Mathelot – https://www.visitmons.be)
(Crédit Photo : Grégory Mathelot – https://www.visitmons.be)

Le dimanche à 9h30, un cortège historico-religieux se forme sur la place du chapitre afin de démarrer la procession. Ce cortège est composé d’environ 60 groupes, soit près de 1500 participants, représentant les personnages importants dans l’histoire de la ville! Vous pourrez trouver le détail de tous ces groupes via ce lien : https://www.processionducardor.be/group/

La châsse de Sainte-Waudru, posée sur le Car d’Or en queue de cortège est conduite à travers la ville et il y a alors une grande ferveur populaire. Notez que les Montois croient qu’un mouchoir frotté sur la châsse leur apportera la chance et la guérison des maladies.

Le périple à travers la ville s’achève avec la remontée du Car d’Or via la rampe Sainte-Waudru pour retourner à l’intérieur de la collégiale. La rampe Sainte-Waudru est une ruelle en pavés ayant une forte pente (20%) et le Car d’Or étant très lourd (estimé à 4 tonnes environ), il y a toujours un risque qu’il ne puisse pas la monter.

C’est pour cela, qu’en plus des 6 chevaux de trait, la foule s’amasse derrière pour l’aider à monter. La légende dit en effet que si le Car d’Or n’arrive pas en haut de la rampe Sainte-Waudru d’une seule traite, un grand malheur s’abattra sur la ville dans l’année. Le Car d’Or ne serait pas monté en 1914 et en 1940. Il n’est pas monté non plus en 2020 ni en 2021 (annulation causée par la pandémie du COVID-19).

2. Le jeu de Saint-Georges qui combat le dragon

Cette reconstitution du combat de saint Georges contre le dragon constitue l’apogée de la Ducasse de Mons. On l’appelle également « Lumeçon », mot qui désignait anciennement certains spectacles équestres en raison des mouvements circulaires des cavaliers.

Le lumeçon a lieu le dimanche de la Trinité sur la Grand-place de Mons. Le déroulé de ce combat ne doit rien au hasard, tous les éléments y sont très codifiés : les personnages représentés, les couleurs, les armes…

Point important : Saint-Georges n’évolue que dans le sens horlogique, symbolisant le chemin normal tandis que le dragon, porté par 11 hommes blancs et soutenu au niveau de la queue par 8 hommes de feuilles, ne tourne que dans le sens contraire. Avant de terrasser le dragon, Saint-Georges essaie d’abord, symboliquement, de le remettre dans le droit chemin en inversant sa course, sans succès. Autour de ces principaux protagonistes, 12 chinchins protègent Saint-Georges des 11 diables armés de vessies. Cybèle et Polyade aident également le héros et ses acolytes dans ce combat.

(Crédit image: http://www.orientalists.be)

D’un point de vue physique, les hommes blancs et les hommes de feuilles sont soumis à rude épreuve. De fait, outre le poids du dragon, ils doivent également récupérer régulièrement la queue de celui-ci, prise littéralement d’assaut par le public qui veut en arracher le crin. Le crin du dragon, noué tel un bracelet au poignet est en effet considéré comme un porte-bonheur.

(Crédit Photo : Grégory Mathelot – https://www.visitmons.be)
(Crédit photo : Belga et AFP – https://www.lalibre.be)

Les membres les plus prudents du public se contentent généralement d’inspecter le sable de l’arène après le combat à la recherche de ce fameux crin de dragon.

La fin des festivités…

Le dimanche suivant, la châsse de Sainte-Waudru est remontée au-dessus du chœur de la collégiale lors d’une cérémonie assez simple. Notons encore que depuis une vingtaine d’années, les enfants ont leur « petit lumeçon » ce même dimanche qui suit la ducasse.

Voilà chers amis, j’espère vous avoir appris quelque chose et surtout, j’espère vous avoir intéressés à ce folklore auquel je reste moi-même attachée bien que ne résidant plus à Mons. J’aurais pu fournir encore beaucoup plus de détails mais je craignais que cet article se transforme alors en véritable livre. Je vous invite cependant à poursuivre votre recherche d’informations si le cœur vous en dit…

Jennifer, pour Wallonihon

« Torii, temples et sanctuaires japonais » de Joranne 

Je l’attendais avec impatience, ce deuxième bébé de Joranne. Son aîné, « Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais », a d’ailleurs été l’objet du tout premier article que j’ai écrit pour le site Wallonihon.be (https://wallonihon.be/index.php/2021/05/03/maneki-neko-et-autres-histoires-dobjets-japonais/).

Cette fois, je vous présente « Torii, temples et sanctuaires japonais », toujours écrit et illustré par Joranne (si vous avez bien suivi) et de nouveau paru aux éditions Sully Le Prunier. Je remercie d’ailleurs chaleureusement la maison d’édition de m’avoir fait parvenir cet exemplaire que j’ai vraiment adoré, tout comme le premier.

Concernant Joranne, on ne pourrait pas dire mieux de cette artiste dont j’aime tant le travail que ce qu’en dit son éditeur : « Illustratrice, graphiste et blogueuse, Joranne possède un style unique qui associe humour et connaissance en utilisant librement dessins, photos et textes incisifs. Amoureuse du Japon, elle nous fait partager sa passion et sa curiosité. »

Et ce livre, ça dit quoi ?

Dans ce deuxième opus, on apprend les différences entre sanctuaires et temples (non, ce n’est pas synonyme !). Les sanctuaires sont liés à la religion shintoïste qui est indigène et présente sur l’Archipel depuis au moins 400 avant notre ère! Les temples, eux, sont attachés à la religion bouddhiste. Le Bouddhisme est originaire de l’Inde et est arrivé au Japon en passant par la Chine et la Corée vers le VIe siècle de notre ère.

On comprend, à la lecture de cet ouvrage, comment ils s’organisent au niveau de l’emplacement des bâtiments, de l’architecture et du rôle précis de chaque élément. Non sans humour, Joranne nous explique l’attitude à y adopter ainsi que les gestes à y observer afin d’éviter tout mauvais pas.

On apprend également beaucoup sur les objets rituels, les officiants et quelques divinités de ces deux religions. C’est vraiment passionnant et le style léger mais précis permet de découvrir autant de choses sans avoir l’impression d’être sur un banc de l’école. C’est très fort !

Il y a encore une section que je qualifierais de « petits objets » où on découvre en détail ce que sont les « omikuji », les « ofuda », les « omamori » et d’autres objets emblématiques de la religiosité japonaise.

Qu’en ai-je pensé ?

Il s’agit là d’un ouvrage amusant à lire mais qui n’en amène pas moins une information de qualité, fruit d’une recherche minutieuse. La découverte se fait dans la bonne humeur et le plaisir.

Vous l’aurez compris, j’ai vraiment beaucoup aimé ce deuxième opus de Joranne. C’est un chouette cadeau pour tout passionné du Japon qui souhaite en apprendre davantage !

Jennifer pour WaloNihon

Pour aller plus loin:

Fiche technique du livre :

Titre : Torii, temples et sanctuaires japonais

Auteur : Joranne

Editions : Sully Le Prunier

Année de parution : 2021

ISBN : 978-2-35432-343-1

Nombre de pages : 160

À la rencontre de Mizukawa Masashi

みずかわまさしさんに会う

Bonjour à toutes et tous, l’équipe de WalloNihon et moi-même sommes très fiers de vous présenter l’interview que Mizukawa Masashi, chanteur et compositeur nous a accordé.

皆さん、こんにちは。WalloNihonチームと私が、歌手であり作曲家であるみずかわまさしさんに行ったインタビューをご紹介します。

Plus qu’une interview, je vous invite à découvrir l’homme et l’artiste.

インタビューを通して、この人、このアーティストを発見してください。

W. Merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions. Nous aimerions que les membres de la communauté WalloNihon et plus largement le public belge vous découvre. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

W. 質問にお答えいただき、ありがとうございました。WalloNihonコミュニティのメンバー、そしてより広くベルギーの人々にあなたを発見してもらいたいと思います。一言で自己紹介をお願いします。

MM. Je suis Mizukawa Masashi, un chanteur/compositeur masculin du Japon. Je joue de la guitare, tantôt en la grattant, tantôt en la frottant, en tirant le meilleur parti du « son » que la guitare peut produire.

MM. 日本で活動してる男性シンガーソングライターのみずかわまさしと申します。時にはギターを叩いたり、さすったり、ギターから出せる「音」を最大限に駆使して弾き語ります。

W. Vous avez commencé la musique au lycée. Est-ce aussi à ce moment que vous avez commencé à écrire vos chansons ? Pourquoi avez-vous choisi la guitare ?

W. 高校時代から音楽を始めたそうですね。曲作りを始めたのもこの頃ですか?なぜギターを選んだのですか?

MM. J’ai commencé à écrire des chansons quand j’étais au lycée. À cette époque, la guitare acoustique était très populaire au Japon. J’ai été immédiatement fasciné par le son chaud et clair enveloppés dans une boîte en bois. Depuis lors, je suis obsédé par la coloration de ma musique à travers la guitare acoustique.

MM. 高校時代から曲作りを始めました。当時、日本ではアコースティックギターがとても流行していました。私も木の箱に包まれたアコースティックギターの、暖かみのある、透き通った音色にいち早く魅せられました。以来、今に至るまでアコースティックギターを通して私の音楽を彩ることにひたすらこだわり続けています。

W. Dans votre dernière chanson, vous parlez de l’histoire d’une Oiran. Pourquoi avez-vous choisi ce thème ? Plus largement, quelles sont vos sources d’inspirations ?

W. 最新の曲で、花魁の話をされていますね。なぜこのテーマを選んだのですか?インスピレーションの源は何ですか?

MM. L’inspiration pour cette chanson est venue d’un rêve que j’ai fait. Un jour, j’ai fait un rêve dans lequel le refrain de cette chanson était joué. Lorsque je me suis réveillé de mon rêve et que j’ai entendu la mélodie, j’ai eu le flash d’une courtisane dansant sur la scène. Plus tard, lorsque je me suis rendu dans une librairie d’occasion pour en savoir plus sur les courtisanes, je suis tombé sur une magnifique courtisane de la période Edo appelée « Komurasaki ». C’était ça ! J’étais convaincu que c’était la bonne et je n’ai pas hésité à en faire le personnage principal. J’ai écrit les paroles en me basant sur sa vie et son histoire d’amour. Cette chanson parle de son amour tragique et de la façon dont elle devient un démon.

MM. この曲のインスピレーションの源は、なんと私の見た「夢」なんです。ある日見た夢の中でこの曲のサビの部分が流れていました。私が夢から覚めて、このメロディを口ずさむと、舞台の上で踊る花魁がパッと閃いたのです。後日、古書店に出向き花魁について学んでいると「小紫」という江戸時代の美しい花魁に行き当たりました。私はこれだ!と確信し迷わず彼女を主人公にしました。そして彼女の半生と恋物語をモチーフに作詞作曲に至りました。この曲は悲恋に狂い、鬼と化す彼女を歌っています。

W. Vous avez donné de nombreux concerts au Japon. En 2016, j’ai lu que vous aviez organisé un mini-concert pour des enfants souffrant de troubles du développement. Qu’est-ce qui vous a poussé à mener ce projet ?

W. 日本では多くのコンサートを開催されていますね。2016年には、発達障害の子どもたちのためのミニコンサートを開催されたとのことですが、このプロジェクトを行うきっかけは何だったのでしょうか?

MM. Ce concert a été prévu non seulement pour les enfants souffrant de troubles du développement, mais aussi pour leurs parents. Le frère de ma femme est autiste et ma belle-mère m’avait dit combien il était difficile d’élever un enfant handicapé. Elle m’a dit qu’elle n’avait plus le temps d’apprécier la musique depuis longtemps, alors j’ai décidé d’organiser ce concert pour que les parents et leurs enfants puissent profiter de mes contes.

MM. このコンサートは、私の歌で発達障害のこども達のみでなく、その親の為に立案企画いたしました。実は妻の兄が自閉症で、私は義理の母から、障害のあるこどもの子育ての大変さを聴いていました。ずっと音楽を楽しむ余裕がなかったというエピソードを聴き、親子で私の弾き語りコンサートを楽しんでもらいたいと開催に至りました。

W. Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ? Envisageriez-vous des concerts en Europe et en Belgique ?

W. ご自身のキャリアをどのように考えていらっしゃいますか?ヨーロッパ、ベルギーでのコンサートは考えていらっしゃいますか?

MM. Je crois, par expérience, que la musique peut transcender les frontières et toucher le cœur des gens, même si la langue est différente. Je crois aussi que les histoires en direct plaisent aux gens plus que toute autre forme de musique. C’est pourquoi j’aimerais me rendre dans le plus grand nombre d’endroits possible pour diffuser mes récits. En tant qu’artiste indépendant, je ne suis pas encore très connu au Japon. Je continuerai à faire de mon mieux pour faire connaître ma musique !

MM. 言語は違えど、音楽は国境を超えて、人の心に刺さると実体験より信じてます。また目の前で聴かせる生弾き語りがどの音楽より訴えると思います。そのため出来る限り、あらゆる場所に出向き、弾き語りを広げて行きたいと考えています。個人で活動している為、日本での知名度はまだまだです。これからも私の音楽を広めるべく頑張っていきます!

W. Y-a-t-il un message que vous aimeriez adresser à la Belgique ?

W. ベルギーに送りたいメッセージはありますか?

MM. La Belgique est une terre de gastronomie. Au Japon, elle est célèbre pour son chocolat, ses gaufres et sa bière. En particulier en ce qui concerne le chocolat, les produits belges sont désormais reconnus comme les « vrais » produits. J’aimerais beaucoup m’y rendre dans un avenir proche. La Belgique est un pays qui conserve les bonnes vieilles traditions et qui continue à se développer, je m’en sens donc proche. Personnellement, j’aimerais en savoir plus sur la Belgique, ses traditions et ses légendes qui ne figurent pas dans les guides. Enfin, j’espère que la musique de Mizukawa Masashi donnera aux Européens, notamment aux Belges, un avant-goût du Japon. Merci à tous pour votre soutien !

MM. 美食の国ベルギー。日本ではチョコレートやワッフル、ビールが有名です。特にチョコレートに関してはベルギー産が「本物」として認知されるに至ります。是非とも近い将来訪れてみたいです。ベルギーは古き良き伝統を守りつつ発展し続けている国で親近感があります。個人的にはガイドブックにはないレアなベルギーの新鮮な情報、また知られざるベルギーの伝統や伝説などを知りたいです。最後に、ヨーロッパ、特にベルギーの方にみずかわまさしの音楽から、少しでも日本を感じて頂けたらと思います。皆さん、応援よろしくお願いいたします!

L’équipe de WalloNihon vous remercie pour le temps que vous nous avez accordé. Nous remercions également Sanae san pour son aide et sans laquelle cet article n’aurait pas été possible.

WalloNihonチーム、お疲れ様でした。また、この記事はサナエさんの協力なしには成り立たなかったと感謝しています。

Si vous souhaitez en savoir plus sur Mizukawa Masashi, n’hésitez pas à suivre les liens ci-dessous / みずかわまさしさんのことをもっと知りたい方は、以下のリンクをご参照ください。

Vous pouvez également suivre Sanae san sur son compte Instagram : サナエさんのインスタグラムアカウントでもフォローできます : @shimashima9900

Les secrets du savoir-vivre nippon » de June Fujiwara

Bonjour chers amis,

Aujourd’hui je vous présente un livre qui m’a gracieusement été offert par Les Editions de l’Opportun que je remercie chaleureusement.

Ce livre c’est « Les secrets du savoir-vivre nippon » de June Fujiwara

Sans faire durer le suspense, je peux déjà vous dire que j’ai profondément aimé ce livre. Il m’a fait comprendre ce que j’aime et ce qui m’attire tellement dans la culture japonaise. Et pour moi, c’est comme un retour aux sources qui fait du bien…

Résumé de la quatrième de couverture :

Née à Tokyo, June Fujiwara vit à Paris depuis une vingtaine d'années. Elle fait l'admiration de ses collègues français pour sa capacité de résistance au stress et à la violence du quotidien. Son secret ? Les 4 piliers de la sagesse nippone qu'elle vous propose de découvrir pour accéder, vous aussi, à une vie plus "zen".

Les notions de Mujo (éloge de l'impermanence), Wa (quête de l'harmonie), Wabi Sabi (beauté du dépouillement) et Okiyome (rituel de la purification) n'auront bientôt plus de secrets pour vous ! En les adoptant, vous combattrez vos angoisses, gagnerez en sérénité et en authenticité. C'est promis !

June Fujiwara partage les valeurs ancestrales qui font la force de vie du peuple japonais. Un voyage intérieur joliment illustré au cœur de "l'énigme zen".

QUI EST JUNE FUJIWARA ?

Au début de son ouvrage, l’auteure nous explique qu’elle est née à Tokyo et a passé une partie de son enfance en Angleterre, ce qui lui a permis d’être très tôt bilingue Anglais-Japonais. Vers 18 ans, elle est prise d’un inexplicable désir de vivre en France alors, que rien dans son entourage ne l’y encourageait.

Qu’à cela ne tienne, elle s’est mise à apprendre le français avec acharnement au point de gagner, lors d’un concours, un séjour linguistique en France. Là elle comprend qu’elle veut un jour écrire en français tant son amour de cette langue est viscéral.

En attendant de trouver « quoi écrire », elle s’installe à Paris, travaille dans l’artisanat de luxe et s’intègre parfaitement à sa vie désormais française. Vingt ans plus tard, elle qui pensait s’éloigner de ses origines japonaises avec le temps, finalement elle s’est rendu compte qu’elle était définitivement et irréductiblement Japonaise.

Comment en est-elle arrivée à ce constat ? C’est par le questionnement de ses collègues qui lui demandaient constamment comment elle parvenait à rester « zen ». Tout d’abord elle ne comprenait pas vraiment la question car le mot « zen », bien que japonais, n’a pas du tout le même sens dans la bouche d’un francophone.

En effet, le mot « zen », au Japon, renvoie à une branche du bouddhisme qui prône l’éveil par la méditation. Pour les locuteurs francophones, il n’y a aucune connotation religieuse, ce mot est plutôt synonyme de « calme », « tranquillité » et « sérénité » face à une situation difficile, stressante.

C’est après avoir compris ce questionnement chez ses interlocuteurs que June Fujiwara a décidé de partager sa « japonitude ». Voici comment est né cet ouvrage que j’ai eu le plaisir de lire, l’auteure ayant trouvé le sujet qu’elle écrirait en français…

QU’EST-CE QUE LA « JAPONITUDE », CE SAVOIR-VIVRE À LA JAPONAISE ?

Pour apporter sa réponse à cette question (sans prétendre qu’il s’agit de LA réponse), June Fujiwara nous présente 4 notions très importante dans la culture japonaise :

  • Le « mujô »
  • Le « wa » 
  • Le « wabi sabi » 
  • Le « Okiyome » 

L’auteure nous détaille ces notions afin que nous les comprenions bien et nous enseigne aussi comment nous pouvons les adopter et les appliquer dans notre vie quotidienne.

Ici, je ne vous résumerai que les très grandes lignes car je ne vais pas vous réécrire le livre de June Fujiwara. Je vous invite évidemment à vous procurer l’ouvrage afin d’en apprendre davantage et de pouvoir vous en imprégner à votre guise. Ce livre est vraiment très riche en explications et mon résumé ne leur rendrait pas justice.

1. MUJÔ : l’éloge de l’impermanence

Ce mot pourrait se « traduire par « Rien n’est éternel ». Il s’agit d’un concept bouddhiste qui enseigne que toute chose a un début et une fin, tout est en transformation permanente et tout est voué à disparaître un jour.

Il s’agit de vivre l’instant présent avec intensité car il est éphémère. On pourrait le comparer au « Carpe Diem » latin si on enlève le sens hédoniste que la modernité lui a ajouté erronément.

Le « mujô » comme l’expression « carpe diem » dans son tout premier sens philosophique, c’est une conscience aigüe que tout, y compris notre vie, a une fin et que cette mort peut intervenir à n’importe quel moment.

Plutôt que de combattre cet inéluctable, il convient de l’accepter et de composer avec.

2. WA : la quête de l’harmonie

Le « wa », c’est la valorisation du bien-être collectif, l’harmonie sociale. Le « seken » (opinion publique) est extrêmement important au Japon. Ainsi, « ce que vont penser les autres » a le même poids que ce que veut l’individu. Le bien-être du groupe prime sur la volonté de l’individu.

Il ne s’agit pas de renoncer à sa personnalité ni à sa créativité, loin de là. Il s’agit de pouvoir exprimer ce que l’on est, avec respect et humilité (kenson) sans abîmer l’harmonie sociale.

Le « kenson » est l’art de s’abaisser pour mieux valoriser l’autre. La vantardise n’a pas vraiment sa place au Japon…

Le « wa » (harmonie) est devenu, par extension, un mot qui représente le Japon. On parle par exemple de « washoku » (cuisine japonaise) par opposition au « yôshoku » (cuisine occidentale). Les exemples sont nombreux : « washitsu », « wagashi », « washi », etc.

3. WABI SABI : la beauté du dépouillement ainsi que l’éloge de ce qui est patiné par le temps

Le « wabi » renvoie aux notions de « sobriété » et « dépouillement ». C’est la capacité d’y déceler de la beauté et de la satisfaction spirituelle. C’est le contraire de l’amour du « strass et paillettes ».

Le « sabi », c’est le passage du temps et ce qui en découle. Il ne faut pas le traduire par des mots négatifs comme « décadence », « dégradation » ou « délabrement ». Ce mot évoque plutôt la beauté des choses qui portent la trace du temps.

L’expression « wabi sabi » évoque donc un état d’esprit serein, une capacité à trouver de la beauté et de la richesse dans la simplicité, l’authenticité et même l’imperfection.

4. OKIYOME : le rituel de la purification

Il y a une grande différence entre ce qui est considéré comme salissant l’âme chez nous et au Japon. Il convient donc de faire cette petite comparaison…

Pour les chrétiens, le « péché » est une transgression de la loi divine. Pour s’en laver, il s’agit de se repentir pour obtenir le pardon et la grâce de Dieu. On parle ici du « Bien » et du « Mal ».

Dans la religion shinto, typiquement japonaise, on ne parle pas de « péché » mais de « kegare » (souillure). L’âme des humains est un don des « kami » (dieux), c’est un bien vivant et brillant.  On parle ici du « Pur » et « Impur ».

Toute faute commise est comme une tâche à la surface de l’âme. Ce qui sépare les humains du kami, c’est cette impureté, cette souillure. Ce qui constitue ce « kegare », c’est tout ce qui dérange le « wa ». Pour s’en laver, il faut pratiquer l’« okiyome », le rituel de purification.

Par extension, au-delà de préserver la pureté de leurs âmes, les Japonais veillent à ce que leur environnement soit également propre. C’est la raison pour laquelle l’hygiène est si importante dans le quotidien au Japon, tant dans les maisons qu’à l’extérieur.

EN CONCLUSION

Il est très difficile d’aborder et de comprendre une autre culture, surtout quand elle si différente de la sienne. Y arrive-t-on seulement un jour complètement ? L’exercice, cependant, reste extrêmement enrichissant et on y gagne à apprendre et même, à adopter l’un ou l’autre élément des autres cultures. Cela permet de s’améliorer soi-même…

Cela m’a émue de constater que certains concepts que June Fujiwara nous explique tels que le « mujô » entrent en résonance avec mon ressenti personnel sur certains sujets. Grâce à elle, j’ai appris les mots adéquats pour le décrire.

J’ai également appris une multitude d’autres notions dont je n’ai pas parlé dans ce présent article. Tout est intéressant mais j’ai choisi de ne vous parler que des 4 notions clés pour ne pas être trop longue…

Je vous souhaite vraiment de pouvoir lire ce livre et de l’aimer comme je l’ai aimé… Après ça, vous saurez vraiment ce qu’est « être zen ».

Pour aller plus loin

Fiche technique du livre :

Titre : Les secrets du savoir-vivre nippon

Auteur : June Fujiwara

Editions : Les Editions de l’Opportun

Date de parution : Octobre 2021

ISBN : 978-2-38015-332-3

Nombre de pages : 232

Concert du Trio Kanade: à la découverte du shamisen

Le 25 octobre dernier, l’équipe de WalloNihon et moi-même assistions à un sublime concert du Trio Kanade et diffusé sur la page TV de l’Arboretum Studio.

Tout au long de cet événement, les instruments entrèrent en communion et nous offrirent un moment magique. Toutefois, lorsqu’Aki Sato entama se performance solo au shamisen, le temps sembla se figer… Telle une fenêtre ouverte sur le passé, je n’assistais plus à un concert mais à la transmission d’un héritage culturel, musical qui prend naissance dans des temps reculés…

Source : photo personnelle.

Mais pour le moment, laissons de côté l’histoire et concentrons-nous un instant sur le présent. Je vous invite à découvrir l’extrait vidéo ci-dessous, témoin de la maitrise technique d’Aki Sato.

Crédit vidéo: Arboretum Studio

Le shamisen est un instrument surprenant, n’est-ce pas ? Comme vous avez pu le constater dans cet extrait, Aki Sato utilise un plectre afin de gratter les cordes.

Simple en apparence, il est capable de produire une grande variété de notes différentes. Mais qu’est-ce qu’un shamisen ?

Un peu de vocabulaire…

Il existe plusieurs types de shamisen mais tous répondent à la même structure de base. De ce fait, nous pourrions le définir simplement comme un corps creux traversé par un manche et muni de trois cordes.

Shamisen réalisé par Takechi Matsukawa, 1891

Source : Takechi Matsukawa | Shamisen | Japanese | The Metropolitan Museum of Art (metmuseum.org) (Domaine public)

Entamons notre découverte par le corps de l’instrument, dô (胴). Celui-ci est composé de quatre pièces de bois issues de différentes essences : bois de santal rouge/kôki (紅木), bois de rose/shitan (紫檀) ou encore padoauk/karin (花梨). Chaque essence possède des spécificités qui peuvent influencer le son produit par le shamisen.

Dans l’article sur le koto, j’avais mentionné la présence de motifs sculptés à l’intérieur du corps et connus sous le nom d’ayasugi (綾杉). Il est intéressant de souligner que ces motifs peuvent également se retrouver sur la face interne du corps des modèles de shamisen destinés aux concerts. Motifs qui, rappelons-le, améliorent considérablement la tonalité de l’instrument.

Traditionnellement, la partie externe du corps est recouverte d’une peau de chat ou de chien, kawa (皮). La peau de chat, plus fine, offrirait un son plus léger alors qu’à l’inverse, la peau de chien, plus épaisse, donnerait un son plus lourd.

À la lecture de ces dernières lignes, certains pourraient trouver cette pratique condamnable mais c’est un débat sur-lequel je ne m’étendrai pas car ce n’est pas mon but. Néanmoins, notons qu’il existe des peaux synthétiques même si celles-ci offrent une tonalité nettement inférieure à celle des peaux naturelles. Toutefois, ces dernières sont notamment conseillées aux amateurs ou aux personnes qui ne souhaitent pas entrer dans un apprentissage approfondi du shamisen.

Pour protéger la peau des coups du plectre, bachi (撥), une pièce de peau, bachigawa (撥皮) est ajoutée sur la partie supérieure du corps. Enfin, une pièce de tissu mais qui peut aussi prendre la forme d’une coque laquée, le doûkake (胴掛け) recouvre un côté du corps pour protéger la peau et supporter la main qui tient le plectre lorsque la personne joue.

Source : Takechi Matsukawa | Shamisen | Japanese | The Metropolitan Museum of Art (metmuseum.org) (Domaine public)

Passons maintenant au manche du shamisen, sao (棹). La composition de ce dernier peut varier. En effet, il peut être réalisé en une seule pièce ou constitué un assemblage de trois morceaux de bois qui peuvent être désassemblés pour en faciliter le transport, permettre des réparations locales et réduire la déformation du bois. Tout comme le corps de l’instrument, l’essence utilisée pour la fabrication du manche va avoir un impact sur le son produit.

Classiquement, les trois cordes utilisées sur le shamisen sont en soie bien que des cordes en nylon existent également. Celles-ci sont attachées à un cordier, neo (音緒) fixé à l’extrémité inférieure du corps à l’aide de chevilles en bois ou en ivoire. La sommet du manche prend une forme incurvée appelée ebio (海老尾). Dans celui-ci, on retrouve un espace ajouré qui contient le cheviller, l’itogura (糸蔵). Les trois cordes sont enroulées autour de ce dernier et sont tendues sur le haut du manche par le biais de chevilles qui traversent la pièce de bois. Celles-ci portent le nom de itomaki (糸巻). Exercer un mouvement de rotation sur ces dernières permet de régler la tension des cordes.

Source : photo personnelle.

Apporter une modification à ces différentes pièces va avoir un impact considérable sur le ton et le son du shamisen. En outre, il existe de multiples combinaisons de pièces, cordes et plectres qui vont également produire les mêmes changements.

De surcroît, vous l’avez sûrement remarqué dans l’extrait vidéo mais à la différence d’une guitare, le shamisen ne dispose pas de frettes, les ligatures permettant de changer les notes avec une plus grande précision. Ce détail témoigne du haut niveau d’habileté nécessaire afin d’obtenir la hauteur spécifique des notes.

Au regard de ces éléments, le shamisen est simple en apparence mais d’une grande complexité. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez retrouver les différents éléments que je viens de citer.

Légende :

  • 1 : Dô (胴)
  • 2 : Kawa (皮)
  • 3 : Bachi (撥)
  • 4 : Doûkake (胴掛け)
  • 5 : Sao (棹)
  • 6 : Neo (音緒)
  • 7 : Ebio (海老尾)
  • 8 : Itogura (糸蔵)
  • 9 : Itomaki (糸巻)

Retournons maintenant dans le passé et découvrons l’histoire de cet instrument dont les racines sont enfouies au-delà de l’archipel nippon.

Histoire

Bien que de nombreuses hypothèses entourent l’histoire du shamisen (三味線), son origine semble s’enraciner en Chine. Sous la dynastie Qin (221-206 aCn) apparut le Xiantao qui évolua progressivement vers ce que l’on appelle le Sanxian sous la dynastie Ming, entre les XIIIe et XIVe siècle. Cet dernier est très intéressant car il possède différentes similitudes avec le shamisen au travers notamment de sa forme générale et de la présence de trois cordes,  la caractéristique dont il tire son nom.

Sanxian, XIXe siècle

Source : Sanxian (三弦 ) | Chinese | Qing dynasty (1644-1911) | The Metropolitan Museum of Art (metmuseum.org) (Domaine public)

Il serait ensuite arrivé dans le Royaume de Ryûkyû, la région actuelle d’Okinawa, à la fin du XIVe siècle. À ce moment-là, l’instrument portait le nom de sanshin (三線), littéralement trois cordes ou encore jamisen (蛇味線), une référence à la peau de serpent qui recouvre le corps de l’instrument et que possède également son homologue chinois. Il arriva finalement dans le port de Sakai, près d’Osaka dans la seconde moitié du XVIe siècle avant d’évoluer progressivement et d’adopter, dans le courant du XVIIe siècle, la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Une évolution notable se produisit entre le jamisen et l’instrument que l’on connait aujourd’hui. Celle-ci concerne la matière qui recouvre le corps de l’instrument. Comme je l’ai mentionné précédemment, le corps du shamisen est recouvert d’une peau de chat ou de chien mais il n’en fut pas toujours le cas puisque son ancêtre était recouvert d’une peau de serpent. L’explication est due à deux facteurs. Le premier fut la difficulté d’approvisionnement. Le second est en lien avec cette première explication car pour répondre à cette difficulté et dans une volonté d’amélioration, les japonais découvrirent que les peaux de chats et de chiens répondaient à cet objectif.

Sur la carte ci-dessous, vous pouvez voir le trajet parcouru par ce formidable instrument.

Source : monprof carte chine japon | patricia m | Flickr (Domaine public)

Mais son parcours ne s’arrêta pas là… Au fil du temps, il accompagna différents styles musicaux. C’est ainsi qu’il fut le partenaire idéal des chansons populaires mais il accompagna également le théâtre Kabuki, le bunraku et fut l’un des trois instruments composant le sankyoku : la réunion du shamisen, du koto et du kokyû, ce dernier étant un autre instrument à cordes et archet.

Il est temps de plonger à nouveau dans la musique d’Aki Sato et de découvrir ce qu’elle dissimule…

Tanuki

Elle nous emmena à la découverte d’une chanson intitulée Tanuki et qui est très représentative d’un autre style musical, le sakumono (作物). Mais de quoi s’agit-il ? Regardez la vidéo ci-dessous et vous pourrez en voir un aperçu.

Crédit vidéo: Arboretum Studio

Comme vous l’avez remarqué, Aki Sato accompagne son jeu avec un côté narratif qui est très présent dans ce style. Caractérisé par un contenu comique, ce genre musical n’en reste pas moins extrêmement difficile car il nécessite une diversité technique extrêmement riche.

En outre, le sakumono fait partie de ce que l’on appelle le jiuta (地歌) qui est un morceau de musique joué au shamisen et qui a vu le jour dans les régions de Kyôto et d’Osaka à la fin du XVIe siècle.

Notre aventure touche doucement à sa fin mais terminons sur une dernière note. Lors du concert, nous avons eu l’occasion de voir le parcours musical de chaque artiste et je n’ai pu m’empêcher de m’intéresser au parcours d’Aki Sato, Maitre de shamisen de l’École Nogawa (野川流). Cette dernière a été fondée par Nogawa Kenkô (… – 1717) entre les XVIIe et XVIIIe siècle. Durant sa vie, il édita 32 chansons et les transmit en tant que style Nogawa. Actuellement, il n’existe que deux écoles de jiuta dont l’école Nogawa qui perpétue la transmission de son fondateur.

À la lumière de ces informations, je pense qu’il n’est pas exagéré de dire qu’Aki Sato nous a offert bien plus qu’une performance, elle nous a permis d’entrer dans l’essence même de sa pratique musicale et nous a plongé au cœur même d’un héritage d’une valeur inestimable.

N’étant pas spécialiste de la musique traditionnelle japonaise, ce n’est pas un avis d’expert que je vous livre ici mais celui d’un passionné. Ainsi s’achève notre histoire qui, je l’espère, vous aura plu.

Je tiens à remercier le Trio Kanade et plus particulièrement Aki Sato ainsi que l’Arboretum Studio pour m’avoir permis de donner vie à cet article.

Je souhaite également remercier l’équipe de WalloNihon qui m’a soutenu dans son écriture, non sans peine.

Si vous souhaitez suivre ces artistes talentueuses, suivez les liens suivants :

Pour revoir le concert et découvrir le programme qui était proposé, une seule adresse, celle indiquée ci-dessous :

ACER JAPONICUM, une belle découverte

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je viens avec un livre que j’ai vraiment adoré. Je l’ai lu d’une seule traite tant il m’a captivée immédiatement, ce qui ne m’était plus arrivé depuis longtemps !

Ce livre, c’est « Acer Japonicum » d’Aurélien Gouttenoire. L’auteur a d’ailleurs eu la gentillesse de m’accorder une interview que vous retrouverez à la fin de l’article. Pour être transparente avec vous, j’ai reçu ce livre gratuitement de la part de Books On Demand, la solution d’autoédition qui a également imprimé cet ouvrage.

Venons-en au livre proprement dit et voici le résumé que vous trouverez sur la quatrième de couverture :

« Sous les feuilles rousses du Soleil-Levant, il y avait deux hommes. L’un, français, charmé par la société nipponne et son intimité ombreuse, condamné au sort de l’étranger à l’étranger. L’autre, japonais, prodige de l’ikebana aux amours interdites, prisonnier des mœurs de son pays. Cette histoire est celle d’une rencontre : celle de deux peuples que tout oppose ; celle de deux apatrides que tout unit. »

Ce résumé, pour ne pas me gâcher la surprise, j’avais décidé de ne pas le lire au préalable ! Je voulais découvrir le roman sans aucune idée de ce dont il parlait. Les seuls indices venaient donc du titre et de la photo de couverture, « Acer » étant le nom botanique de l’érable et « Japonicum » faisant référence au Japon de façon évidente.

Etant donné que j’aime les végétaux en général et donc, les érables du Japon, que je suis passionnée par le Japon (je suppose que vous l’aviez deviné), j’imaginais bien que ça pourrait me plaire. Mais, si le cadre de l’histoire se déroule bien au Japon lors de la magnifique saison de l’automne, j’étais à mille lieues de deviner ce que le protagoniste principal (qui n’est pas nommé mais que nous appellerons « Watashi ») allait raconter au fil des pages !

Notre personnage, « Watashi », est un expatrié français vivant au Japon dans une solitude pesante. C’est alors qu’il décide de trouver une activité qui lui permettrait de rencontrer des personnes. C’est de cette manière qu’il découvre l’ikebana, cet art japonais fondé sur la composition florale. Là, parmi les élèves, exclusivement féminines, il y a un seul autre homme, un Japonais aux abords peu amicaux et pourtant, véritable prodige dans cet art traditionnel. Voilà le point de départ du bouleversement qui va suivre…

Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus sur cette histoire, je ne voudrais pas vous gâcher la découverte. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que j’ai d’abord été captivée par l’ambiance poétique dès la première page. Ensuite j’ai été retenue par la narration réaliste, ni idéalisant, ni diabolisant la culture japonaise mais étant empreinte d’une forme d’honnêteté et de clairvoyance à ce sujet.

Quand est arrivé le tournant de l’histoire, passée la surprise, d’autant plus grande que je n’avais rien vu venir me l’annonçant, je n’ai pas pu me détacher des pages tant je voulais connaître la suite. J’étais dans une forme de compassion pour les personnages, oscillant entre inquiétude et soulagement. J’ai été tenue en haleine de cette manière jusqu’à la toute dernière page qui a confirmé que j’aimais vraiment ce livre !

Qui est Aurélien Gouttenoire ?

Voici ce que nous pouvons découvrir de lui en lisant la quatrième de couverture :

« Aurélien Gouttenoire est un auteur français, né en 1996. Passionné de botanique et d’anthropologie, c’est d’abord adolescent, par la création de courts métrages d’animation, qu’il donne vie à son imagination. Puis, à vingt-et-un ans, l’envie de prendre la plume germe en secret. De ce travail naît « Acer japonicum », premier roman issu de sa fascination pour le Japon. Désormais, son souhait est de continuer à écrire, de confectionner un jardin littéraire dont chaque serre, chaque récit, s’enracinerait toujours plus profondément dans la nature humaine, se nourrirait de nos errances, de nos fantasmes, de nos désillusions pour croître vers un horizon qui nous échappe et nous dépasse. »

Souhaitant le connaître un peu plus et pour mieux comprendre son travail, ses inspirations et son parcours, j’ai rédigé une interview et monsieur Gouttenoire a gentiment pris le temps de me répondre.

Je vous retransmets cette interview, dans son intégralité :

(Attention, il y a un spoiler dans l’interview)

JEN : Bonjour, Tout d’abord félicitations pour ce très beau roman que j’ai lu d’une traite tant il m’a captivée ! Je voudrais vous poser quelques questions pour compléter l’article que j’écris concernant votre livre si vous le voulez bien…

Aurélien GOUTTENOIRE : (C’est surtout moi qui vous remercie d’avoir pris le temps de lire mon travail, et encore plus de vouloir écrire un article dessus ! Je suis vraiment heureux qu’il vous ait plu en tout cas, surtout que j’ai remarqué que vous étiez passionnée par le Japon. Je craignais un peu d’avoir mal retranscrit l’archipel ou de lui avoir donné une vision trop personnelle.)

JEN : Ecrire un roman, cela n’est pas donné à tout le monde… Comment cette idée vous est-elle venue ? Avez-vous rencontré des difficultés dans le parcours ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Depuis que je suis enfant, j’ai beaucoup d’histoires qui me viennent spontanément à l’esprit (comme tous les enfants, non ?). Alors, quand j’ai découvert, vers mes onze ans, un site internet qui permettait de créer ses propres dessins animés, ç’a été le Saint Graal. J’y ai passé le plus clair de mon temps, au point de délaisser les devoirs une fois rentré de l’école. On était très loin d’un Pixar, mais certains internautes parvenaient à réaliser de véritables bijoux. Ces courts et moyens-métrages ont été ma cour de récréation jusqu’à mes vingt-et-un ans. Puis, lorsque l’histoire derrière Acer japonicum a commencé à prendre forme, j’ai eu le sentiment que l’animation ne serait pas un support adapté. Elle appelait un regard et une voix différents, une manière de retranscrire les émotions contrastées du personnage principal, et surtout, ses réflexions sur la société nipponne. Je ne sais ni peindre, ni chanter, ni sculpter, ni danser, alors, faute de mieux, je me suis essayé à l’écriture.

Je ne vous cache pas que mes premiers essais ont été chaotiques. Je ne suis pas un homme de lettres ; lorsque j’ai commencé à écrire, je me suis dit : « bon, tu vas faire un travail littéraire, il va donc falloir utiliser des mots très très littéraires, pour que ça fasse très très intelligent ». Je rédigeais les phrases telles qu’elles me venaient, puis, avec un dictionnaire de synonymes, je remplaçais tous les mots un brin trop simples par des équivalents archi-soutenus. J’obtenais ainsi un texte illisible au possible, prêt à imploser, et dont je ne comprenais plus rien. Un jour, il m’a bien fallu admettre que je n’allais nulle part ainsi, et le manuscrit a fini à la poubelle. J’ai recommencé depuis zéro, rebalancé à la poubelle, re-recommencé, re-rebalancé… jusqu’à trouver ce qui me semblait être la juste note. Vous l’aurez compris, ce projet était loin d’être une entreprise facile et il m’a fallu trois ans pour aboutir à quelque chose d’un minimum convenable.

JEN : Où avez-vous trouvé l’inspiration pour votre livre ? Vous êtes-vous inspiré de faits réels ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Le déclic a été la projection au cinéma du film Call me by your name, tiré du roman d’André Aciman. J’ai été subjugué par la manière dont cette romance était imprégnée de culture méditerranéenne, avec cette chaleur estivale étouffante, l’ombre des oliviers et le chant des cigales. En rentrant chez moi, je me souviens m’être demandé « qu’est-ce que ça donnerait, une histoire comme celle-là, mais imprégnée de culture japonaise ? ». De cette interrogation, une intrigue a commencé à prendre forme, avant de devenir le roman qui nous occupe ici.

S’agissant de l’inspiration de faits réels, je répondrais non et oui. Non, car l’histoire constitue véritablement une fiction (qui flirte avec l’autofiction). Je tenais d’ailleurs à ce qu’elle soit déconnectée d’unités de lieu et de temps précises, afin de me focaliser le plus possible sur les personnages et extraire leur part d’universalité et d’intemporalité. C’est pour cela qu’ils évoluent au sein de villes fictives (comme Kumigawa ou Yugatari), afin qu’elles représentent le Japon sous une forme condensée, comme des boules à neige. Cela étant, je me suis tout de même inspiré de fragments de faits réels que j’ai vécus lors de mes quelques échappées là-bas. Certains lieux visités par les personnages existent bel et bien, même s’ils ne sont pas clairement identifiés. Ils sont des devinettes pour les lecteurs…

JEN : Un sujet tel que l’homosexualité n’est pas si banal en littérature, qu’est-ce qui vous a motivé à choisir d’en parler ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Même si le rapport à l’homosexualité tend à s’améliorer en Europe de l’Ouest, notamment au sein des nouvelles générations, il reste difficile de trouver des productions (livres, films, séries etc.) qui abordent le sujet dans toute sa complexité. J’ai le sentiment qu’elles se partagent en deux groupes. Il y a celles qui occultent très largement, voire complètement, le mal-être que peuvent ressentir les personnes non-hétérosexuelles lorsqu’elles subissent l’opprobre de la société. Je pense par exemple aux livres ou mangas écrits par le genre opposé pour le genre opposé, dans lesquels les personnages évoluent au sein d’univers où l’homosexualité est la norme. Bien que cela parte d’un bon sentiment, on sous-estime les dommages collatéraux qu’ils peuvent causer, notamment pour les plus jeunes.

De l’autre côté, il y a les œuvres où l’orientation sexuelle des personnages constitue une forme de malédiction qui ne pourra déboucher que sur des amours impossibles, des maladies incurables et, finalement, la mort. Je ne dis pas qu’il faut proscrire ces œuvres, loin de là : elles constituent pour beaucoup des témoignages précieux qui ne doivent jamais être oubliés. On ne pourrait pas traiter de l’épidémie du SIDA, par exemple, en prétextant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais en l’absence de récits plus optimistes pour contrebalancer, il me semble qu’on entretient une forme de cercle vicieux qui a nécessairement une incidence sur le regard qu’un individu porte sur lui-même et sur les relations affectives qu’il entretient. La culture et l’éducation ont un rôle primordial à jouer ici. J’ai donc voulu écrire un livre que j’aurais souhaité lire, en m’efforçant de lui attacher un message le plus équilibré possible : ni trop défaitiste, ni trop tendre. Enfin, je souhaitais que ce sujet constitue une porte d’entrée vers une réflexion plus large, à la fois sur notre rapport à l’imaginaire culturel, et sur notre condition humaine.

JEN : Parlons du cadre de l’histoire, le Japon… En vous lisant, on s’y croirait ! D’où vous viennent cet amour et cette connaissance de l’Archipel ? Y avez-vous vous-mêmes séjourné ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Tout d’abord, merci beaucoup ! Je suis ravi que le roman apporte un peu de dépaysement. Au même titre que le personnage principal, à l’origine, j’ai entrevu le Japon par le prisme des mangas et des anime, à commencer par Naruto. Je doutais néanmoins que les Japonais courent sur les toits et crachent des boules de feu (encore que…). A mesure que je me suis intéressé au pays qui se dissimulait derrière, j’y ai découvert toute une société fascinante, raffinée et terriblement complexe. Pour une personne qui, comme moi, a besoin d’analyser et comprendre l’être humain dans toute sa diversité, le Japon se présentait comme un vaste terrain de jeu. Je suis bien loin d’avoir appréhendé l’archipel entier, mais je m’efforce de le déconstruire pièce par pièce, afin d’en avoir une compréhension la plus fine possible.

J’ai eu la chance, il y a six ans, de pouvoir y trouver un boulot d’été et d’être hébergé par une famille d’accueil, ce qui m’a permis de côtoyer ce Japon authentique. Je n’y suis jamais allé à l’automne cependant ; vous aurez deviné, pour avoir lu Acer japonicum, que c’est l’un de mes rêves !

JEN : Avez-vous pratiqué vous-même l’Ikebana dont il est tant question ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Au risque de vous décevoir, je ne m’y suis essayé qu’une seule fois ! En réalité, dans sa toute première version, l’histoire n’avait pas l’ikebana comme cadre principal. Il n’intervenait que plus tard : à mesure que le personnage français s’intéressait à Ryûji, le protagoniste japonais, il apprenait que celui-ci était un compositeur chevronné. L’atelier d’ikebana devenait une sorte de jardin secret dans lequel s’introduisait le personnage principal, de la même manière qu’il s’immisçait dans l’intimité nipponne. Finalement, j’ai trouvé intéressant de me focaliser davantage sur cette discipline, comme un point de repère dans ce récit où l’espace et le temps se défilent.

C’est dans ce contexte que je me suis aventuré dans un atelier d’ikebana, non pas au Japon, mais en Italie, car j’y vivais à ce moment-là. Ma première composition a été un désastre (elle m’a d’ailleurs inspiré un passage du roman). J’étais motivé à persévérer, mais les frais d’inscription étaient complètement prohibitifs. Je rassure néanmoins les lecteurs : certains ateliers sont bien plus abordables. Du reste, pour l’écriture de l’histoire, je me suis inspiré de ressources et d’images publiées en ligne.

JEN : Concernant l’édition de votre livre, pourquoi avoir choisi l’autoédition ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Comme j’évoquais un peu avant, je ne suis pas un grand connaisseur du monde littéraire. J’imaginais qu’un roman devait nécessairement être retenu par une maison d’édition pour pouvoir exister. J’avais donc envoyé le manuscrit à quelques maisons dont la ligne éditoriale était susceptible de correspondre. Nous étions toutefois au sortir des périodes de confinement et les Français, calfeutrés chez eux, s’étaient mis à écrire en masse. Le raz-de-marée a été tel que certaines grandes maisons ont dû fermer leur service des manuscrits. Je ne me faisais pas d’illusion et, resté sans réponse durant plusieurs mois, j’ai cherché une alternative.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert le monde de l’autoédition. Une fois encore, j’y voyais plutôt un lot de consolation pour espérer toucher deux ou trois lecteurs. Sur les conseils d’un proche, j’ai toutefois décidé de faire de la promotion sur les réseaux sociaux, ce qui m’a permis de gagner rapidement en notoriété. Bien utilisées, ces plateformes permettent de court-circuiter les intermédiaires habituels de l’écosystème littéraire. Je suis bien entendu loin d’avoir constitué un lectorat de trois cent mille personnes, mais je ne pensais pas toucher autant de monde en un mois et demi de publication. Je reste également titulaire des droits d’auteur sur mon roman, ce qui me permet de garder la main sur sa diffusion.

JEN : Prévoyez-vous d’écrire encore un autre livre ou même plusieurs ? Si oui, avez-vous déjà une idée de la trame principale ?

Aurélien GOUTTENOIRE : J’ai en effet de nombreuses histoires en tête qui ne demanderaient qu’à prendre vie ! Elles partageraient toutes deux points communs.

Sur la forme, elles auraient chacune un végétal en guise de symbole, au même titre que l’érable du Japon représente (littéralement) Acer japonicum. Mon intention est de constituer une sorte de jardin botanique où derrière chaque plante, chaque étiquette, s’épanouirait un récit.

Sur le fond, elles s’attacheraient à questionner notre imaginaire collectif. Il s’agit d’un thème qui me passionne et que j’aimerais appréhender sous toutes ses coutures.

Parmi toutes ces idées, il y en a une qui me tient particulièrement à cœur, car elle aborderait ce sujet de manière assez frontale. Je crains néanmoins que ce soit le genre de livre qu’on ne peut écrire qu’à soixante ou septante ans, avec le recul d’une vie. Mais, qui sait ?

JEN : Avez-vous envie d’ajouter quelque chose ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Je souhaiterais vous remercier une fois encore pour l’intérêt que vous portez à Acer japonicum et pour l’article que vous vous apprêtez à écrire. La communauté Wallonihon a l’air très sympathique ; si je n’habitais pas aussi loin, je vous aurais rejoints avec plaisir !

Enfin, pour les personnes curieuses d’en savoir plus sur mon travail, je les invite à consulter mon site internet : www.aurelien-gouttenoire.com

Vous pourrez également retrouver Aurélien Gouttenoire sur

Facebook: Aurélien Gouttenoire

Instagram: Aurélien Gouttenoire

Fiche technique du livre :

Titre : Acer Japonicum

Auteur : Aurélien Gouttenoire

Editions : BoD, Books On Demand

Date de parution : Septembre 2021

ISBN : 9782322396931

Nombre de pages : 168

Immersion dans l’univers du Furoshiki

La fin d’année approche et tout doucement, un air de fête imprégnera l’air tandis que les vitrines se pareront de leurs plus belles décorations. Viendra ensuite le moment des cadeaux et à ce moment-là, nous aurons le choix de rivaliser d’ingéniosité afin de proposer des emballages originaux ou au contraire, d’opter pour la facilité et de nous reposer sur le savoir-faire des employés des différents magasins.

Si comme moi vous avez deux mains gauches, la solution de facilité est sans aucun doute celle que vous choisirez d’emblée.

Toutefois, j’ai eu la chance de découvrir une méthode originale, élégante et très écologique : le Furoshiki (風呂敷) qui n’est rien de moins qu’une technique traditionnelle de pliage et de nouage du tissu. D’ailleurs, ce terme désigne à la fois la technique que le tissu utilisé.

L’atelier

Après l’accueil chaleureux que nous a réservé Jacklyne, la fondatrice de Degrève’s Workshops, nous avons pu faire connaissance avec les autres membres du groupe tout en savourant de délicieux mochi accompagnés d’un thé excellent.

S’en est suivie une présentation très intéressante de l’histoire du Furoshiki avant d’entrer véritablement dans le vif du sujet. Nous avons pu nous essayer à différentes techniques et j’ai été agréablement surpris par Jacklyne qui n’a pas hésité à prendre le temps avec chacun, dépassant même la durée initialement prévue.

Sous ses enseignements, nous avons pu réaliser différents types de Furoshiki. De l’emballage simple en passant par celui à un nœud puis deux et en terminant par différents types de sacs. Il est intéressant de souligner qu’un syllabus nous a rapidement été envoyé par mail et contenant, entre autre, des mini-tutoriel.

L’apprentissage a-t-il fait ses preuves ? Comme tout apprentissage, il faut de la pratique. C’est ainsi que je me suis de nouveau exercer à plier, nouer le tissu mais un peu tardivement, je l’admets. Toutefois, voici le résultat. Alors, qu’en pensez-vous ?

Hirazutsumi (平包み)
Otsukaizutsumi (お使い包み)
Yottsumusubi (四つ結び)

Un peu d’histoire…

L’histoire du Furoshiki présente des zones d’ombre et il existe différentes hypothèses. Parmi les plus courantes,  son utilisation remonterait à l’époque de Nara, au VIIIe siècle. Il était alors employé pour protéger et transporter les objets de valeur comme les robes des prêtres, stockées encore aujourd’hui au Shôsôin (正倉院), le bâtiment utilisé pour conserver les trésors du temple Tôdai-ji (東大寺) de Nara. À ce moment-là, il portait le nom de Kesazutsumi (袈裟包み), Koromozutsumi (衣包み) ou encore Oozutsumi (大包み) et fonction du type d’objet à emballer.

C’est véritablement au cours de la période Edo, au XVIIIe siècle, qu’il prit le nom que nous lui connaissons actuellement. En effet, les kanji composant le mot Furoshiki peuvent être décomposés de la façon suivante : Furo (風呂), le bain et Shiki, du verbe Shiku (敷く), étendre. C’est ainsi que sous l’essor des bains publics, les japonais l’utilisait pour transporter leur nécessaire de toilette, leurs vêtements et s’en servait aussi comme tapis de bain.

J’espère que ce petit article vous aura plu.

Pour toute information complémentaire, je vous invite à suivre les liens ci-dessous.

Vous pouvez suivre Jacklyne via :

  • Instagram : @Degrevesworkshops

Vous pouvez également consulter son site Internet pour vous tenir informé de l’agenda des ateliers à l’adresse suivante : Degrève’s Workshops | Ateliers créatifs | (wixsite.com)

Interview de Francesco Serafini: Japan Film Festival de Bruxelles

Le rideau est sur le point de se fermer sur cette première édition du Japan Film Festival de Bruxelles… Toutefois, nous ne pouvions pas vous laissez partir sans vous proposez l’interview que nous a accordé Francesco Serafini, l’un des organisateurs de cet événement.

Sans plus attendre, voici le résultat de cette entrevue très conviviale et surtout très riche !

W : Quel est votre parcours ? Comment est né l’intérêt que vous portez au cinéma japonais ou, plus largement, à la culture japonaise ?

F : Je suis photographe de formation et de profession. J’ai eu l’occasion de collaborer comme photographe avec l’Institut de culture du Japon pour les 150 ans de l’amitié belgo-japonaise. Toujours avec ce même Institut, j’ai eu le plaisir de présenter mon travail lors d’un vernissage. En outre, il y a 5 ou 6 ans, l’Institut proposa des rétrospectives gratuitement. Grâce à cela, j’ai découvert de vrais bijoux, notamment une trilogie « Always – sunset on third street » qui est elle-même basée sur un manga.

F : Étant marié avec une citoyenne japonaise, j’ai eu l’occasion d’effectuer de nombreux voyages. Je suis également un cinéphile et sans fausse modestie, j’ai une grande connaissance du cinéma. Dans mon parcours, je me suis retrouvé au Bifff où j’ai fait la connaissance de Freddy et je lui ai exposé mon point de vue. En effet, on parle de cinéma coréen, chinois mais il n’y avait rien sur le cinéma japonais. Grâce au Bifff, j’ai pu rencontrer plusieurs metteurs en scène japonais et je me suis rendu compte qu’en Europe on ne connaissait que les grands maitres du cinéma japonais : Kurozawa, Mizoguchi, etc. mais qui peut me citer un grand nom du cinéma contemporain ?

W : Quels étaient les objectifs que vous poursuiviez au travers de ce festival ?

F : L’objectif principal était de faire de ce festival un événement familial et donc de montrer un énorme éventail des capacités cinématographiques japonaises.

F : Un second objectif était de mettre en avant de nouveaux metteurs en scène car le cinéma japonais continue d’évoluer même si près de 99% du cinéma japonais est basé sur des animés, des manga, comme l’exemple que je citais tout à l’heure. Le lien entre le cinéma et les manga est encore très présent.

F : Outre le cinéma, un troisième objectif était de montrer que la culture japonaise n’est pas que réservée aux citoyens japonais mais qu’il y un échange avec notre culture belge et que nous pouvons également l’intégrer.

W : Comment avez-vous mis en œuvre votre projet ?

F : Cela a été très difficile pour plusieurs raisons. Au début, tout se mettait en place progressivement, les sponsors étaient très réceptifs puis le Covid est arrivé et ils se sont retirés petit à petit. L’abandon progressif des sociétés qui souhaitaient nous soutenir m’a choqué. Ce qui nous a sauvé, ça été le soutien de Tour & Taxi qui nous a permis de raviver un sursaut d’intérêt mais le festival était déjà bien avancé. Bien que la Japan Fondation et la ville de Bruxelles nous aient subsidiés, nous avons dû investir des liquidités personnelles. F : La seconde difficulté fut le fait qu’il s’agissait d’une première édition et que cela suscitait une certaine méfiance.

W : Tout au long de votre projet, quels sont les aspects positifs que vous en avez retiré ?

F : Personnellement, j’ai beaucoup appris grâce à Freddy sur la mise en place d’un festival, les pièges à éviter.

F : Un autre point positif tient dans cette première édition. Il y a eu des erreurs et c’est donc l’occasion de les corriger pour la prochaine édition. En outre, j’ai beaucoup apprécié certaines collaborations que j’ai envie de maintenir pour le futur. Par exemple, l’équipe en charge de la gestion de Tour & Taxi car il faut le dire, le site est magnifique et pouvoir entendre les réactions du public lorsqu’ils entraient dans la salle en disant « Wouahh », ce fut gratifiant. F : J’ai eu la chance de voir énormément de films et l’ambassade du Japon en Belgique a été très satisfait de la programmation proposée lors de ce festival.

W : D’un point de vue organisationnel, quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

F : Le fait que ce soit une première édition. C’était une nouveauté, cela n’existait pas avant. À cela est venu s’ajouter le Covid. Maintenant, nous avons ouvert une porte avec ce festival et la refermer maintenant serait un gâchis phénoménal.

F : Un autre point est que nous étions deux organisateurs et avec le recul, cela fut une difficulté hors norme.

W : Nous avons assisté aux activités mais par moment, nous avons été choqués par le manque de respect de certaines personnes.

F : Le cyclisme, c’est très bien mais certains cyclistes n’ont pas du tout été respectueux, c’est vrai. Tour & Taxi et moi-même en avons discuté et avons décidé de bien corriger cette erreur pour la prochaine édition.

W : Si c’était à refaire, quels changements apporteriez-vous changeriez-vous ?

F : J’aimerais raccourcir la prochaine édition et la ramener à une durée de 5 jours incluant un week-end. J’aimerais également inclure une thématique pour canaliser toute l’énergie japonaise et pour répondre à cette volonté d’échange entre le Japon et la Belgique/l’Europe. Ainsi, j’ambitionne de développer la cuisine l’année prochaine. À première vue, cela pourrait passer pour un sujet passe-partout mais que connaissons-nous en Europe de la cuisine japonaise ? Les sushi, les sashimi… Je pense que l’on ne connait que 10% de la cuisine japonaise.

F : Le festival mettra en parallèle films récents et vieux films et ces derniers seront consacrés à la cuisine. Par exemple, il y a « Tampopo » de Itami Juzo qui est un magnifique film et dans lequel on peut découvrir plusieurs acteurs qui ont connu un grand succès par la suite ! 

F : Mon fils de 7 ans m’a également soufflé une idée que j’ai envie de réaliser : une compétition de mangeur de sushi. En Europe, cela n’existe pas alors que ça pourrait être génial ! Il y a énormément de possibilités !

W : Voudriez-vous vous exprimer sur un autre sujet ?

F : Je pense qu’il faut connaitre ses pairs, connaître les grands maitres du cinéma japonais mais il ne faut pas oublier ses contemporains.

F : À côté de la seconde édition de ce festival, j’ai l’intention de créer un Pokemon Day en février 2022. Cela n’existe pas non plus ! Cela se fera à Tour & Taxi avec projection de films Pokemon, échange de cartes, etc…

F : La seconde édition est déjà en route et j’ai plusieurs idées. J’aimerais monter deux autres sections : les court-métrages et les documentaires en mettant en parallèle la vision japonaise et européenne. Par exemple, une heure de court-métrage européen ou belge sur la vision du Japon et inversement. Je pense que cela serait très parlant pour mettre en avant les échanges entre nos deux cultures.

F : Mon but maintenant est de réunir une équipe de passionnés, de personnes qui ont envie de faire un festival tout en liant la culture et le marketing qui, je le pense, sont tout à fait conciliables.

W : Merci pour le temps que vous nous avez accordé. L’équipe de WalloNihon ne manquera pas de suivre avec la plus grande attention la prochaine édition.

Si le cinéma japonais vous passionne et que vous souhaitez vous investir dans cette seconde édition, n’hésitez pas à prendre contact avec notre équipe qui ne manquera pas de relayer vos souhaits !

Vous pouvez également trouver plus d’informations sur la page Facebook du festival et son compte Instagram.

Facebook: Japan Film Festival Brussels | Facebook

Instagram: japanfilmfestivalbrussels

Si vous souhaitez découvrir les trailers des œuvres cinématographiques citées lors de cette interview, n’hésitez pas à consulter les liens ci-dessous.

Découverte du film « Hokusai » au Japan Film Festival in Brussels

Cher Lecteur,

Nous n’arrêtons pas de te parler du Japan Film Festival à Bruxelles et des activités culturelles autour de celui-ci mais on ne t’a pas encore présenté de film ! Voici donc le film que j’ai eu le bonheur de découvrir pour sa première diffusion en Europe : Hokusai.

Et pour commencer, voici un bref rappel de qui est Hokusai en quelques périodes-clé…

Autoportrait de Hokusai sous les traits d’un vieillard (1840-1849)
Encre de chine et sanguine sur papier • RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Katsushika Hokusai (葛飾 北斎), qui se surnomme lui-même « Vieux Fou de dessin » est un peintre, dessinateur et graveur. Il est né dans la province Edo (qui deviendra Tokyo) en 1760 de parents qui nous sont inconnus. Il fut adopté très jeune par un oncle, fabricant de miroirs en bronze. Dès l’enfance, le petit Tokitarô Kawamura de son vrai nom, montra des aptitudes certaines pour le dessin.

Il commence sa formation artistique vers 16 ans dans un atelier de xylographie. Dès 1778, il se forme auprès de Katsukawa Shunshô, peintre d’estampes ukiyo-e et portraitiste d’acteurs de kabuki. En hommage à celui-ci, le futur Hokusai adopte son premier pseudonyme d’artiste « Katsukawa Shunrô ».

A la mort de son maître (1792) et suite à un désaccord avec son successeur, Hokusai quitte l’atelier Katsukawa. S’ensuit une période de sa vie où il vit pauvrement et illustre notamment des romans bon marché pour assurer sa survie.

En 1794, il continue sa formation grâce à une école plus classique ayant pour maître Tawaraya Sôri. Au décès de celui-ci, il utilisera ce nom pour créer un autre de ses pseudonymes les plus connus « Sôri »

A partir de 1796, il forge son style personnel bien qu’influencé par l’art de la Chine et de l’Occident de par les Hollandais (seuls autorisés à commercer avec le Japon à cette époque). Fidèle de la secte bouddhique « Nichiren », il adopte le fameux nom qu’on lui connaît le mieux : « Hokusai » (ce nom signifie : Atelier du nord) en hommage à Bodhisattva Myôken, l’incarnation de l’étoile polaire.

En 1814, le premier tome de ses Hokusai Manga est publié, il y en aura 15 au total. Notons qu’il est l’inventeur de ce mot « manga » que l’on peut traduire par « dessin libre ». Les Hokusai Manga sont un recueil de ses croquis concernant divers sujets (plantes, animaux, personnages, scènes de vie, etc.). Ces ouvrages donnent une idée intéressante de la vie à cette époque.

L’artiste atteint l’apogée de son art à partir des années 1830 et suivantes. C’est à cette époque qu’il engendre ses estampes parmi les plus connues : « Les 36 vues du Mont Fuji », « Les remarquables vues des ponts de différentes provinces » ou encore « Les cascades des différentes provinces ».

Hokusai meurt en 1849 après une carrière impressionnante où il réalisa une quantité vraiment considérable de dessins et peintures (environ 30.000 !). Ses dernières paroles sur terre furent : « Si le ciel m’avait accordé encore dix ans de vie, ou même cinq, j’aurais pu devenir un véritable peintre. ».

Différentes identités…

Faisons une parenthèse sur les principaux pseudonymes d’artistes qu’il utilisa au cours de sa carrière (il en aurait utilisé plus d’une centaine au total !) :

  • Katsukawa Shunrô (1778-1794),
  • Sôri (1794-1798),
  • Katsushika Hokusai (1798-1810),
  • Taito (1811-1819),
  • Iitsu (1820-1834),
  • Gakyô Rojin Manji (1834-1849)

Postérité…

Hokusai influença de nombreux artistes européens, en particulier Gauguin, Vincent van Gogh, Claude Monet et plus largement le mouvement artistique appelé japonisme.

Il inspira également beaucoup de créations artistiques tournées sur sa personne telles des mangas, des films, une quantité immense de livres dédiés, etc.

Quelques œuvres :

Illustrations de livres, collection du MET Museum
Transmettre l’esprit, révéler la forme des choses: Hokusai Manga, volume 5
collection du MET Museum
Transmettre l’esprit, révéler la forme des choses: Hokusai Manga, volume 11, collection du MET Museum
La grande vague de Kanagawa (神奈川沖浪裏) souvent appelé simplement « La vague » est issue de la série « Les 36 vues du Mont Fuji » et est sans doute l’œuvre la plus connue en Occident (image dans le domaine public)
Le Fuji par temps clair, aussi appelé « Fuji rouge » ( 凱風快晴) est également une œuvre issue de la série « Les 36 vues du Mont Fuji » (image dans le domaine public)
Pont Yahagi à Okazaki sur le Tokaido (諸國名橋奇覧 東海道岡崎矢はぎのはし), œuvre issue des « Remarquables vues des ponts de différentes provinces »
(image dans le domaine public)
La cascade de Kirifuri sur le Mont Kurokami dans la province de Shimotsuke
(image dans le domaine public)

Et maintenant que nous avons grossièrement brossé le portrait du génialissime Hokusai, revenons à ce film qui lui est consacré

Affiche du film

Détails :

Réalisation : HASHIMOTO Hajime

Scénario : KAWAHARA Len

Casting : YAGIRA Yûya (Hokusai jeune), TANAKA Min (Hokusai vieux), ABE Hiroshi (Tsutaya Juzaburo), KAWAHARA Len (Oi, Fille de Hokusai) NAGAYAMA Eita (Tanehoko Ryutei), entre autres

Production : Len Kawahara (Stardust Pictures / SDP Inc)

Distribution: Free Stone Productions Co., Ltd.

Découvrez le trailer sous-titré en français ici :

Il y a même un site internet officiel où vous trouverez beaucoup d’information concernant ce film. Pas de problème de compréhension car, en plus de la langue japonaise, ce site est traduit en français, anglais et chinois. Cliquez ICI.

Synopsis sur le site officiel du Japan Film Festival:

18ème siècle, ère Edo : un jeune artiste impécunieux dans le centre-ville. Il est minable et vit au jour le jour avec l’argent qu’il gagne en vendant ses tableaux dans les rues. Un jour, un éditeur populaire le découvre et l’amène à libérer son potentiel … Mais le shogunat d’Edo interdit bientôt les divertissements et son talent risque de le mener à l’échafaud …

Petit résumé personnel :

Le personnage, jeune, semble plutôt imbu de lui-même et peu agréable à fréquenter. Bien que très productif, il éprouve des difficultés à vivre de son art mais il persévère.

L’éditeur d’estampes populaires Tsutaya Juzaburo chez qui Hokusai cherche à vendre ses estampes le met à l’épreuve. Il pousse le jeune artiste dans ses retranchements pour lui faire prendre conscience de la raison pour laquelle il peint.

Il faudra attendre un événement tragique où Hokusai a failli perdre la vie pour que celui-ci comprenne enfin l’essence de son art.

Hokusai se lie d’amitié avec Tanehoko Ryutei dont il illustre les livres. Cet homme, bravant l’interdit du shogunat, écrivait des romans malgré son statut de samouraï. Il le paiera d’ailleurs de sa vie.

Malgré la perte de son ami et malgré l’attaque d’apoplexie dont il a survécu avec quelques séquelles, Hokusai continuera coûte que coûte à peindre…

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce film que j’ai trouvé très intéressant et instructif quant à cette période de l’histoire du Japon. On y apprend les rigueurs imposées par le shogunat sur la production artistique et les sanctions infligées, jusqu’à la condamnation à mort ! Il en fallait du courage pour rester un artiste entier, ne rabotant pas son inspiration pour convenir à la loi !

Concernant le personnage principal, on y découvre un Hokusai comme un être humain avec ses défauts et ses doutes et non pas seulement comme le génie qu’il est devenu ensuite. Cela le rend plus proche du spectateur même s’il paraît imbuvable dans sa jeunesse…

On y voit le cheminement d’un homme qui se cherche lui-même et qui ne se lasse pas de travailler encore et encore afin de s’améliorer et atteindre le sommet de son talent. Cette persévérance est touchante et aussi, très encourageante.

Sincèrement, ce film biographique est vraiment très inspirant et je vous conseille de le regarder au cinéma dès que l’occasion se (re)présentera. C’est pour des perles comme ce film que je suis si heureuse que le Japan film festival à Bruxelles ait vu le jour. Quelle belle initiative !

Merci pour cette découverte culturelle !

Pour visiter le site du Japan Film Festival in Brussels, c’est par ici : https://www.jffb.org/

Et pour la page Facebook, c’est ici: https://www.facebook.com/Japanfilmfestivalbrussels

Jennifer pour Wallonihon