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À la rencontre de Mizukawa Masashi

みずかわまさしさんに会う

Bonjour à toutes et tous, l’équipe de WalloNihon et moi-même sommes très fiers de vous présenter l’interview que Mizukawa Masashi, chanteur et compositeur nous a accordé.

皆さん、こんにちは。WalloNihonチームと私が、歌手であり作曲家であるみずかわまさしさんに行ったインタビューをご紹介します。

Plus qu’une interview, je vous invite à découvrir l’homme et l’artiste.

インタビューを通して、この人、このアーティストを発見してください。

W. Merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions. Nous aimerions que les membres de la communauté WalloNihon et plus largement le public belge vous découvre. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

W. 質問にお答えいただき、ありがとうございました。WalloNihonコミュニティのメンバー、そしてより広くベルギーの人々にあなたを発見してもらいたいと思います。一言で自己紹介をお願いします。

MM. Je suis Mizukawa Masashi, un chanteur/compositeur masculin du Japon. Je joue de la guitare, tantôt en la grattant, tantôt en la frottant, en tirant le meilleur parti du « son » que la guitare peut produire.

MM. 日本で活動してる男性シンガーソングライターのみずかわまさしと申します。時にはギターを叩いたり、さすったり、ギターから出せる「音」を最大限に駆使して弾き語ります。

W. Vous avez commencé la musique au lycée. Est-ce aussi à ce moment que vous avez commencé à écrire vos chansons ? Pourquoi avez-vous choisi la guitare ?

W. 高校時代から音楽を始めたそうですね。曲作りを始めたのもこの頃ですか?なぜギターを選んだのですか?

MM. J’ai commencé à écrire des chansons quand j’étais au lycée. À cette époque, la guitare acoustique était très populaire au Japon. J’ai été immédiatement fasciné par le son chaud et clair enveloppés dans une boîte en bois. Depuis lors, je suis obsédé par la coloration de ma musique à travers la guitare acoustique.

MM. 高校時代から曲作りを始めました。当時、日本ではアコースティックギターがとても流行していました。私も木の箱に包まれたアコースティックギターの、暖かみのある、透き通った音色にいち早く魅せられました。以来、今に至るまでアコースティックギターを通して私の音楽を彩ることにひたすらこだわり続けています。

W. Dans votre dernière chanson, vous parlez de l’histoire d’une Oiran. Pourquoi avez-vous choisi ce thème ? Plus largement, quelles sont vos sources d’inspirations ?

W. 最新の曲で、花魁の話をされていますね。なぜこのテーマを選んだのですか?インスピレーションの源は何ですか?

MM. L’inspiration pour cette chanson est venue d’un rêve que j’ai fait. Un jour, j’ai fait un rêve dans lequel le refrain de cette chanson était joué. Lorsque je me suis réveillé de mon rêve et que j’ai entendu la mélodie, j’ai eu le flash d’une courtisane dansant sur la scène. Plus tard, lorsque je me suis rendu dans une librairie d’occasion pour en savoir plus sur les courtisanes, je suis tombé sur une magnifique courtisane de la période Edo appelée « Komurasaki ». C’était ça ! J’étais convaincu que c’était la bonne et je n’ai pas hésité à en faire le personnage principal. J’ai écrit les paroles en me basant sur sa vie et son histoire d’amour. Cette chanson parle de son amour tragique et de la façon dont elle devient un démon.

MM. この曲のインスピレーションの源は、なんと私の見た「夢」なんです。ある日見た夢の中でこの曲のサビの部分が流れていました。私が夢から覚めて、このメロディを口ずさむと、舞台の上で踊る花魁がパッと閃いたのです。後日、古書店に出向き花魁について学んでいると「小紫」という江戸時代の美しい花魁に行き当たりました。私はこれだ!と確信し迷わず彼女を主人公にしました。そして彼女の半生と恋物語をモチーフに作詞作曲に至りました。この曲は悲恋に狂い、鬼と化す彼女を歌っています。

W. Vous avez donné de nombreux concerts au Japon. En 2016, j’ai lu que vous aviez organisé un mini-concert pour des enfants souffrant de troubles du développement. Qu’est-ce qui vous a poussé à mener ce projet ?

W. 日本では多くのコンサートを開催されていますね。2016年には、発達障害の子どもたちのためのミニコンサートを開催されたとのことですが、このプロジェクトを行うきっかけは何だったのでしょうか?

MM. Ce concert a été prévu non seulement pour les enfants souffrant de troubles du développement, mais aussi pour leurs parents. Le frère de ma femme est autiste et ma belle-mère m’avait dit combien il était difficile d’élever un enfant handicapé. Elle m’a dit qu’elle n’avait plus le temps d’apprécier la musique depuis longtemps, alors j’ai décidé d’organiser ce concert pour que les parents et leurs enfants puissent profiter de mes contes.

MM. このコンサートは、私の歌で発達障害のこども達のみでなく、その親の為に立案企画いたしました。実は妻の兄が自閉症で、私は義理の母から、障害のあるこどもの子育ての大変さを聴いていました。ずっと音楽を楽しむ余裕がなかったというエピソードを聴き、親子で私の弾き語りコンサートを楽しんでもらいたいと開催に至りました。

W. Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ? Envisageriez-vous des concerts en Europe et en Belgique ?

W. ご自身のキャリアをどのように考えていらっしゃいますか?ヨーロッパ、ベルギーでのコンサートは考えていらっしゃいますか?

MM. Je crois, par expérience, que la musique peut transcender les frontières et toucher le cœur des gens, même si la langue est différente. Je crois aussi que les histoires en direct plaisent aux gens plus que toute autre forme de musique. C’est pourquoi j’aimerais me rendre dans le plus grand nombre d’endroits possible pour diffuser mes récits. En tant qu’artiste indépendant, je ne suis pas encore très connu au Japon. Je continuerai à faire de mon mieux pour faire connaître ma musique !

MM. 言語は違えど、音楽は国境を超えて、人の心に刺さると実体験より信じてます。また目の前で聴かせる生弾き語りがどの音楽より訴えると思います。そのため出来る限り、あらゆる場所に出向き、弾き語りを広げて行きたいと考えています。個人で活動している為、日本での知名度はまだまだです。これからも私の音楽を広めるべく頑張っていきます!

W. Y-a-t-il un message que vous aimeriez adresser à la Belgique ?

W. ベルギーに送りたいメッセージはありますか?

MM. La Belgique est une terre de gastronomie. Au Japon, elle est célèbre pour son chocolat, ses gaufres et sa bière. En particulier en ce qui concerne le chocolat, les produits belges sont désormais reconnus comme les « vrais » produits. J’aimerais beaucoup m’y rendre dans un avenir proche. La Belgique est un pays qui conserve les bonnes vieilles traditions et qui continue à se développer, je m’en sens donc proche. Personnellement, j’aimerais en savoir plus sur la Belgique, ses traditions et ses légendes qui ne figurent pas dans les guides. Enfin, j’espère que la musique de Mizukawa Masashi donnera aux Européens, notamment aux Belges, un avant-goût du Japon. Merci à tous pour votre soutien !

MM. 美食の国ベルギー。日本ではチョコレートやワッフル、ビールが有名です。特にチョコレートに関してはベルギー産が「本物」として認知されるに至ります。是非とも近い将来訪れてみたいです。ベルギーは古き良き伝統を守りつつ発展し続けている国で親近感があります。個人的にはガイドブックにはないレアなベルギーの新鮮な情報、また知られざるベルギーの伝統や伝説などを知りたいです。最後に、ヨーロッパ、特にベルギーの方にみずかわまさしの音楽から、少しでも日本を感じて頂けたらと思います。皆さん、応援よろしくお願いいたします!

L’équipe de WalloNihon vous remercie pour le temps que vous nous avez accordé. Nous remercions également Sanae san pour son aide et sans laquelle cet article n’aurait pas été possible.

WalloNihonチーム、お疲れ様でした。また、この記事はサナエさんの協力なしには成り立たなかったと感謝しています。

Si vous souhaitez en savoir plus sur Mizukawa Masashi, n’hésitez pas à suivre les liens ci-dessous / みずかわまさしさんのことをもっと知りたい方は、以下のリンクをご参照ください。

Vous pouvez également suivre Sanae san sur son compte Instagram : サナエさんのインスタグラムアカウントでもフォローできます : @shimashima9900

Concert du Trio Kanade: à la découverte du shamisen

Le 25 octobre dernier, l’équipe de WalloNihon et moi-même assistions à un sublime concert du Trio Kanade et diffusé sur la page TV de l’Arboretum Studio.

Tout au long de cet événement, les instruments entrèrent en communion et nous offrirent un moment magique. Toutefois, lorsqu’Aki Sato entama se performance solo au shamisen, le temps sembla se figer… Telle une fenêtre ouverte sur le passé, je n’assistais plus à un concert mais à la transmission d’un héritage culturel, musical qui prend naissance dans des temps reculés…

Source : photo personnelle.

Mais pour le moment, laissons de côté l’histoire et concentrons-nous un instant sur le présent. Je vous invite à découvrir l’extrait vidéo ci-dessous, témoin de la maitrise technique d’Aki Sato.

Crédit vidéo: Arboretum Studio

Le shamisen est un instrument surprenant, n’est-ce pas ? Comme vous avez pu le constater dans cet extrait, Aki Sato utilise un plectre afin de gratter les cordes.

Simple en apparence, il est capable de produire une grande variété de notes différentes. Mais qu’est-ce qu’un shamisen ?

Un peu de vocabulaire…

Il existe plusieurs types de shamisen mais tous répondent à la même structure de base. De ce fait, nous pourrions le définir simplement comme un corps creux traversé par un manche et muni de trois cordes.

Shamisen réalisé par Takechi Matsukawa, 1891

Source : Takechi Matsukawa | Shamisen | Japanese | The Metropolitan Museum of Art (metmuseum.org) (Domaine public)

Entamons notre découverte par le corps de l’instrument, dô (胴). Celui-ci est composé de quatre pièces de bois issues de différentes essences : bois de santal rouge/kôki (紅木), bois de rose/shitan (紫檀) ou encore padoauk/karin (花梨). Chaque essence possède des spécificités qui peuvent influencer le son produit par le shamisen.

Dans l’article sur le koto, j’avais mentionné la présence de motifs sculptés à l’intérieur du corps et connus sous le nom d’ayasugi (綾杉). Il est intéressant de souligner que ces motifs peuvent également se retrouver sur la face interne du corps des modèles de shamisen destinés aux concerts. Motifs qui, rappelons-le, améliorent considérablement la tonalité de l’instrument.

Traditionnellement, la partie externe du corps est recouverte d’une peau de chat ou de chien, kawa (皮). La peau de chat, plus fine, offrirait un son plus léger alors qu’à l’inverse, la peau de chien, plus épaisse, donnerait un son plus lourd.

À la lecture de ces dernières lignes, certains pourraient trouver cette pratique condamnable mais c’est un débat sur-lequel je ne m’étendrai pas car ce n’est pas mon but. Néanmoins, notons qu’il existe des peaux synthétiques même si celles-ci offrent une tonalité nettement inférieure à celle des peaux naturelles. Toutefois, ces dernières sont notamment conseillées aux amateurs ou aux personnes qui ne souhaitent pas entrer dans un apprentissage approfondi du shamisen.

Pour protéger la peau des coups du plectre, bachi (撥), une pièce de peau, bachigawa (撥皮) est ajoutée sur la partie supérieure du corps. Enfin, une pièce de tissu mais qui peut aussi prendre la forme d’une coque laquée, le doûkake (胴掛け) recouvre un côté du corps pour protéger la peau et supporter la main qui tient le plectre lorsque la personne joue.

Source : Takechi Matsukawa | Shamisen | Japanese | The Metropolitan Museum of Art (metmuseum.org) (Domaine public)

Passons maintenant au manche du shamisen, sao (棹). La composition de ce dernier peut varier. En effet, il peut être réalisé en une seule pièce ou constitué un assemblage de trois morceaux de bois qui peuvent être désassemblés pour en faciliter le transport, permettre des réparations locales et réduire la déformation du bois. Tout comme le corps de l’instrument, l’essence utilisée pour la fabrication du manche va avoir un impact sur le son produit.

Classiquement, les trois cordes utilisées sur le shamisen sont en soie bien que des cordes en nylon existent également. Celles-ci sont attachées à un cordier, neo (音緒) fixé à l’extrémité inférieure du corps à l’aide de chevilles en bois ou en ivoire. La sommet du manche prend une forme incurvée appelée ebio (海老尾). Dans celui-ci, on retrouve un espace ajouré qui contient le cheviller, l’itogura (糸蔵). Les trois cordes sont enroulées autour de ce dernier et sont tendues sur le haut du manche par le biais de chevilles qui traversent la pièce de bois. Celles-ci portent le nom de itomaki (糸巻). Exercer un mouvement de rotation sur ces dernières permet de régler la tension des cordes.

Source : photo personnelle.

Apporter une modification à ces différentes pièces va avoir un impact considérable sur le ton et le son du shamisen. En outre, il existe de multiples combinaisons de pièces, cordes et plectres qui vont également produire les mêmes changements.

De surcroît, vous l’avez sûrement remarqué dans l’extrait vidéo mais à la différence d’une guitare, le shamisen ne dispose pas de frettes, les ligatures permettant de changer les notes avec une plus grande précision. Ce détail témoigne du haut niveau d’habileté nécessaire afin d’obtenir la hauteur spécifique des notes.

Au regard de ces éléments, le shamisen est simple en apparence mais d’une grande complexité. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez retrouver les différents éléments que je viens de citer.

Légende :

  • 1 : Dô (胴)
  • 2 : Kawa (皮)
  • 3 : Bachi (撥)
  • 4 : Doûkake (胴掛け)
  • 5 : Sao (棹)
  • 6 : Neo (音緒)
  • 7 : Ebio (海老尾)
  • 8 : Itogura (糸蔵)
  • 9 : Itomaki (糸巻)

Retournons maintenant dans le passé et découvrons l’histoire de cet instrument dont les racines sont enfouies au-delà de l’archipel nippon.

Histoire

Bien que de nombreuses hypothèses entourent l’histoire du shamisen (三味線), son origine semble s’enraciner en Chine. Sous la dynastie Qin (221-206 aCn) apparut le Xiantao qui évolua progressivement vers ce que l’on appelle le Sanxian sous la dynastie Ming, entre les XIIIe et XIVe siècle. Cet dernier est très intéressant car il possède différentes similitudes avec le shamisen au travers notamment de sa forme générale et de la présence de trois cordes,  la caractéristique dont il tire son nom.

Sanxian, XIXe siècle

Source : Sanxian (三弦 ) | Chinese | Qing dynasty (1644-1911) | The Metropolitan Museum of Art (metmuseum.org) (Domaine public)

Il serait ensuite arrivé dans le Royaume de Ryûkyû, la région actuelle d’Okinawa, à la fin du XIVe siècle. À ce moment-là, l’instrument portait le nom de sanshin (三線), littéralement trois cordes ou encore jamisen (蛇味線), une référence à la peau de serpent qui recouvre le corps de l’instrument et que possède également son homologue chinois. Il arriva finalement dans le port de Sakai, près d’Osaka dans la seconde moitié du XVIe siècle avant d’évoluer progressivement et d’adopter, dans le courant du XVIIe siècle, la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Une évolution notable se produisit entre le jamisen et l’instrument que l’on connait aujourd’hui. Celle-ci concerne la matière qui recouvre le corps de l’instrument. Comme je l’ai mentionné précédemment, le corps du shamisen est recouvert d’une peau de chat ou de chien mais il n’en fut pas toujours le cas puisque son ancêtre était recouvert d’une peau de serpent. L’explication est due à deux facteurs. Le premier fut la difficulté d’approvisionnement. Le second est en lien avec cette première explication car pour répondre à cette difficulté et dans une volonté d’amélioration, les japonais découvrirent que les peaux de chats et de chiens répondaient à cet objectif.

Sur la carte ci-dessous, vous pouvez voir le trajet parcouru par ce formidable instrument.

Source : monprof carte chine japon | patricia m | Flickr (Domaine public)

Mais son parcours ne s’arrêta pas là… Au fil du temps, il accompagna différents styles musicaux. C’est ainsi qu’il fut le partenaire idéal des chansons populaires mais il accompagna également le théâtre Kabuki, le bunraku et fut l’un des trois instruments composant le sankyoku : la réunion du shamisen, du koto et du kokyû, ce dernier étant un autre instrument à cordes et archet.

Il est temps de plonger à nouveau dans la musique d’Aki Sato et de découvrir ce qu’elle dissimule…

Tanuki

Elle nous emmena à la découverte d’une chanson intitulée Tanuki et qui est très représentative d’un autre style musical, le sakumono (作物). Mais de quoi s’agit-il ? Regardez la vidéo ci-dessous et vous pourrez en voir un aperçu.

Crédit vidéo: Arboretum Studio

Comme vous l’avez remarqué, Aki Sato accompagne son jeu avec un côté narratif qui est très présent dans ce style. Caractérisé par un contenu comique, ce genre musical n’en reste pas moins extrêmement difficile car il nécessite une diversité technique extrêmement riche.

En outre, le sakumono fait partie de ce que l’on appelle le jiuta (地歌) qui est un morceau de musique joué au shamisen et qui a vu le jour dans les régions de Kyôto et d’Osaka à la fin du XVIe siècle.

Notre aventure touche doucement à sa fin mais terminons sur une dernière note. Lors du concert, nous avons eu l’occasion de voir le parcours musical de chaque artiste et je n’ai pu m’empêcher de m’intéresser au parcours d’Aki Sato, Maitre de shamisen de l’École Nogawa (野川流). Cette dernière a été fondée par Nogawa Kenkô (… – 1717) entre les XVIIe et XVIIIe siècle. Durant sa vie, il édita 32 chansons et les transmit en tant que style Nogawa. Actuellement, il n’existe que deux écoles de jiuta dont l’école Nogawa qui perpétue la transmission de son fondateur.

À la lumière de ces informations, je pense qu’il n’est pas exagéré de dire qu’Aki Sato nous a offert bien plus qu’une performance, elle nous a permis d’entrer dans l’essence même de sa pratique musicale et nous a plongé au cœur même d’un héritage d’une valeur inestimable.

N’étant pas spécialiste de la musique traditionnelle japonaise, ce n’est pas un avis d’expert que je vous livre ici mais celui d’un passionné. Ainsi s’achève notre histoire qui, je l’espère, vous aura plu.

Je tiens à remercier le Trio Kanade et plus particulièrement Aki Sato ainsi que l’Arboretum Studio pour m’avoir permis de donner vie à cet article.

Je souhaite également remercier l’équipe de WalloNihon qui m’a soutenu dans son écriture, non sans peine.

Si vous souhaitez suivre ces artistes talentueuses, suivez les liens suivants :

Pour revoir le concert et découvrir le programme qui était proposé, une seule adresse, celle indiquée ci-dessous :

Concerts au Japan Film Festival de Bruxelles

« Par une sereine nuit de lune, sans un nuage, la vue de la surface calme de la mer éveilla chez le Prince le souvenir des étangs familiers de son ancienne demeure, et une indicible nostalgie l’envahit pour tout ce qu’il avait laissé, mais seule l’île d’Awaji s’offrait à son regard. Évoquant le poème :

de l’île d’Awaji

à l’écume pareille

la poignante beauté

dévoile et mon émotion la nuit de lune limpide

Il tira de son étui la cithare que depuis longtemps il n’avait touchée, et le voyant effleurer les cordes d’un air absent, ses compagnons furent saisis d’une tristesse inquiète. Et quand il interpréta, en entier et de toute son âme, le morceau intitulé Kôryo, cette musique qui parvenait à la maison de l’orée des collines, mêlée au froissement des pins et au bruit des vagues, dut pénétrer jusqu’au cœur la sensible jeune personne. » [1]

Dans cet extrait issu du chapitre XIII du « Genji Monogatari » et intitulé « Akashi », le Prince Genji se remémore les souvenirs, la musique de la cour à Kyoto et se console en jouant de ce magnifique instrument qu’est le koto (琴).

Akashi (Akashi) from Tale of Genji (Genji Monogatari)

Source : Chester Beatty, Akashi (Akashi) from Tale of Genji (Genji Monogatari), [En ligne] https://viewer.cbl.ie/viewer/image/J_1038_13/54/ (Page consultée le 17 octobre 2021).

C’est par cette brève introduction que Jennifer et moi-même souhaitions vous immerger dans un univers musical qui nous incite à la rêverie. Lors du « Japan Film Festival » de Bruxelles, nous avons eu la chance d’assister à deux concerts. Le premier mit en scène deux musiciennes de koto dont Aki Sato tandis que le second nous offrit de belles sonorités supplémentaires de par la présence de deux autres artistes : Yuina Takamizo au saxophone et Tokuko Kakiuchi au piano. Toutes les informations supplémentaires concernant ces trois artistes sont présentes en fin d’article.

Au fait, le koto, de quoi s’agit-il ?

L’origine du koto est sujet à différentes hypothèses mais la plus courante précise que cet instrument aurait été introduit de Chine au Japon durant l’époque de Nara (710-794). Initialement joué dans la vie de la cour à Kyôto, celui-ci disparut dans les turbulences de la période de Kamakura (1185-1333). Bien qu’il soit très difficile voire impossible de redécouvrir la musique originelle de la cour de Kyôto, la littérature classique nous offre divers témoignages éblouissants de cet instrument. Il fallut alors attendre la période Edo et plus précisément la seconde moitié du XVIIe siècle pour que celui-ci puisse connaître une véritable renaissance.

Il se compose de deux pièces de bois assemblées. La première est le corps creux, faisant office de caisse de résonance. La seconde est une planche qui va couvrir le fond. Ces deux parties sont taillées dans du bois de paulownia et l’assemblage final mesure entre 125 et 180 cm de longueur. C’est un bois très intéressant qui a souvent été utilisé dans l’art japonais. En effet, il varie très peu, que ce soit au niveau de son expansion, de sa contraction ou de sa fissuration. En outre, il est léger et peut être facilement travaillé.

À cela s’ajoutent deux particularités qui vont déterminer la qualité du koto. Comme je viens de le préciser, l’instrument est taillé dans le bois. Toutefois, un instrument de qualité présentera toujours à sa surface des motifs circulaires provenant des anneaux de l’arbre. Moins visible mais tout aussi important, des motifs spéciaux sont sculptés à l’intérieur du koto pour en améliorer la tonalité. Ceux-ci portent le nom d’ayasugi (綾杉). Il existe différentes sortes de motifs allant du plus rare et du plus prestigieux au plus courant. Ces différents motifs déterminent également la valeur du koto.

Le koto est accompagné d’un vocabulaire spécifique dont voici quelques exemples :

1. Iso (磯) : le côté du corps du koto.

2. Ryûkaku (竜角): Pièce située à l’extrémité du corps et qui supporte les cordes.

3. Ryûzetsu (竜舌) : Élément situé à l’extrémité droite de l’instrument et qui présente une forme de langue. Cette pièce peut être réalisée dans différentes matières et décorée.

4. Ji (柱) : Sortes de chevalets mobiles dont les rôles sont de maintenir les cordes mais également de régler la longueur de la vibration de ces dernières en les déplaçant sur le corps. 5. Gen (弦): Terme qui désigne tout simplement les cordes en soie ou plus couramment en nylon désormais.

6. Unkaku (雲角) : Désigne la partie du koto la plus éloignée de la zone où les cordes sont jouées.

7. Ryûbi (竜尾) : Extrémité arrière du corps.

Ce ne sont là que quelques que quelques exemples liés aux différentes parties d’un koto. Toutefois, vous aurez peut-être remarqué un détail intéressant, la répétition du kanji Ryû (竜), dragon et qui souligne certaines parties. Cela fait référence à une légende selon laquelle la forme de l’instrument provient de celle d’un dragon accroupi.

Le koto moderne compte 13 cordes mais initialement, celui-ci était composé de 5 cordes. Cela dit, il est possible d’en rencontrer munis de 17, 20, ou 25 cordes. Michio Miyagi (1894-1956), l’un des plus célèbres compositeurs pour cet instrument, est l’inventeur du koto à 17 cordes et en a même créé un comportant 80 cordes mais cet unique exemplaire n’est plus utilisé depuis.

Pour jouer, le musicien pince les cordes avec 3 plectres enfilés à sa main droite (pouce-index-majeur) et les doigts nus de sa main gauche. Il peut aussi gratter les cordes, les frapper ou les frotter. La table elle-même peut produire des sons de percussion. Cet instrument aux allures simples mais avec un maniement complexe offre décidément beaucoup de possibilités.

Notre ressenti

Le mariage du koto, du saxophone et du piano fut enchanteur. Chaque artiste apporta son talent au service d’un concert de toute beauté. Pour les amoureux de la musique japonaise que nous sommes, ce fut une très belle découverte ! Elles ont ainsi réussi à enchanter ce dimanche après-midi avec leur délicieuse musique.

Néanmoins, nous regrettons le manque de respect de certains spectateurs qui étaient véritablement incapables de garder le silence pour profiter de ces belles mélodies. De plus, le lieu étant un endroit de passage très fréquenté, les conditions n’étaient pas optimales pour savourer pleinement la musique en raison du flot continu de passants.

Malgré cela, les prestations de ces musiciennes furent remarquables, quel professionnalisme ! Nous imaginons aisément que ce contexte dut leur demander un effort considérable de concentration afin de fournir, malgré tout, un travail musical de qualité !

Les voir jouer dans des conditions habituelles de concert doit être une expérience magnifique qu’on attend de pouvoir vivre avec impatience ! Toutefois, réjouissons-nous car ce lundi 25 octobre à 20h, ce trio sera à nouveau réuni pour nous offrir un concert en ligne ! Vous trouverez tous les détails de ce concert ci-dessous.

Vous pouvez suivre les différentes artistes via leur page personnelle :

Aki Sato :

  • Facebook : @Koto&Shamisen AKI SATO

Yuina Takamizo :

  • Facebook : @yuinatakamizosaxophoniste
  • Instagram: yuinatakamizosaxophone

Le trio réuni via la page Facebook : @triokanade

Lien vers le concert prévu le 25 octobre 2021 : (1) Trio KANADE *** Live Concert Streaming @ArboretumStudio | Facebook

[1] SIEFFERT R. (2008). Le Dit du Genji illustré par la peinture traditionnelle japonaise du XIIe au XVIIe siècle. Paris : Diane De Seilliers,  p. 351.