Recette des karaage (prononcez ka-la-a-gué)

Les karaage, ce sont de tendres bouchées de poulet frit à la japonaise et c’est une tuerie ! C’est devenu rien de moins que ma recette de poulet préférée, si si !

Comme j’aime partager les bons plans et surtout, les bons plats, je vous en fournis la recette pas à pas pour que vous puissiez, vous aussi, en profiter chez vous.

Point sur la liste des ingrédients :

  • Les cuisses de poulet (500grammes):

Le supermarché près de chez moi vend directement des filets de cuisses de poulet, je cède à la facilité pour ne pas devoir désosser moi-même. Il est tout à fait possible d’utiliser des blancs de poulets mais le résultat sera moins tendre, plus sec.

  • La sauce soja
  • Le mirin :

Il s’agit d’un alcool doux, très utilisé dans la cuisine japonaise. On trouve deux sorte en magasin : le Hon-mirin (entre 12% et 14% d’alcool) et le mirin-fu (sans alcool). Privilégiez le premier.

  • Le saké de cuisine
  • L’ail et du gingembre émincés :

Ici aussi, je me facilite la vie en achetant en magasin asiatique ces bocaux d’ail et de gingembre émincés. J’en utilise très souvent et donc, dans mon cas, ça vaut le coup.

  • La fécule de pomme de terre :

Parce que j’aime bien faire des tests, j’ai essayé aussi avec de la chapelure et même du panko (chapelure japonaise) mais croyez-moi, vous n’obtiendrez pas un si bon résultat qu’avec la fécule de pomme de terre.

  • De l’huile de friture (tournesol par exemple)

Question de matériel :

Personnellement, j’ai adopté une friteuse asiatique. Il s’agit d’une casserole munie d’un thermomètre et d’un couvercle anti-projection et comportant une petite grille qui permet un premier égouttage. Bien sûr, on peut utiliser une friteuse électrique conventionnelle selon ce qu’on a à sa disposition et ses préférences.

Je me suis aperçu à la première utilisation que le thermomètre de ma friteuse asiatique ne fonctionne pas mais, heureusement, j’ai un thermomètre de cuisine électronique que j’ai pu utiliser à la place.

Sinon, petite astuce quand on n’a pas du tout de thermomètre:

Quand l’huile est suffisamment chaude : on voit des petites bulles se former autour d’une baguette en bambou quand on la plonge dans l’huile.

Et maintenant… Place à la recette !

Première étape, la marinade :

Découper le poulet en bouchées (songez qu’en général on les mange en utilisant des baguettes) et mettez les morceaux dans un grand bol ou un saladier.

Ajoutez 4 cuillères à soupe de sauce soja, une de saké, une de mirin. Selon votre goût ajoutez l’ail et le gingembre émincés. A titre d’exemple, je mets une cuillère à café d’ail et deux de gingembre. Laissez reposer au frigo au minimum 30 minutes et idéalement la nuit précédente pour laisser la viande s’imprégner des saveurs.

Deuxième étape, l’enrobage :

Ici, rien de compliqué, il faut égoutter les morceaux de poulet pour évacuer l’excédent de liquide et les enrober dans la fécule de pomme de terre jusqu’à ce qu’ils deviennent tous blancs.

J’ai déjà vu des recettes qui proposent de passer les morceaux dans de l’œuf battu au préalable mais honnêtement, ce n’est pas vraiment nécessaire.

Troisième étape, la cuisson :

Le mieux est de cuire en deux fois. Une première fois autour de 160° pendant une à deux minutes pour dorer très légèrement l’enrobage. Laisser reposer les karaage quelques minutes avant la seconde cuisson pour que la chaleur atteigne bien le cœur.

Quand le bain de friture atteint 180°, procéder à la seconde cuisson jusqu’à obtenir un doré profond. Cela prend également une à 2 minutes.

Déposez les morceaux de préférence dans un plat muni d’une grille. Cela permet que cela continue de s’égoutter et que l’enrobage reste bien croustillant !

Il est l’heure de passer à table… Itadakimasu !

J’espère que vous vous régalerez avec cette recette…

Démonstration de kimono au Japan Film Festival in Brussels

Konnichiwa,
Il est temps de vous parler de ce que nous avons découvert avec beaucoup de plaisir lors des activités culturelles organisées autour du Japan Film Festival in Brussels.


Il y a beaucoup de choses à dire et c’est pourquoi nous avons pris la décision, Sébastien et moi, pour ces articles à 4 mains, de vous présenter une activité à la fois.

Pour commencer, celle pour laquelle nous avons fait le déplacement : la démonstration de Kimono avec Madame Hiromi Fujiwara avec l’aide du CISM.be. Vous trouverez toutes les données de contact à la fin de l’article.

Une chose est sûre, on n’a pas du tout regretté d’être venus ! Cette démonstration de kimono était vraiment instructive et intéressante, sans parler de la beauté des tissus…


Je tiens à souligner que les Japonaises venues donner les explications, pendant que madame Hiromi s’affairait, ont fait l’effort de présenter à la fois en français et en néerlandais. Cela m’a beaucoup touché car cela démontrait une volonté de rendre l’art de porter le kimono accessible au plus grand nombre !


Sans plus attendre, voyons ensemble quelques informations générales si vous le voulez bien…


Tout d’abord, le mot « kimono » signifie « quelque chose que l’on porte [sur soi] » et désigne un vêtement en forme de T avec des manches tombantes que l’on noue à la taille au moyen d’une ceinture « Obi ».

Historiquement, l’étude du terme de « kimono » est très intéressante. En effet, Madame Nagasaki Iwao, dans l’Introduction du livre intitulé « Kimonos » et paru aux éditions « La bibliothèque des Arts » en 2015, nous dit ceci : « Le terme « kimono » apparait pour la première fois dans les sources documentaires du XIIIe siècle.

Il se réfère alors à l’habillement en général, plutôt qu’à un type particulier de vêtement. Pendant la période Momoyama, le mot figure dans les rapports des missionnaires portugais pour décrire la forme et l’apparence spécifique, suggérant qu’à ce moment-là, le kimono était devenu synonyme de « Kosode ».

Mais qu’est-ce qu’un « Kosode » (小袖) ? Il s’agit d’un terme générique qui désigne tous les vêtements longs fabriqués avant l’ère Meiji (1868-1912) et qui signifie littéralement « petites manches », renvoyant aux ouvertures relativement étroites pour le passage des mains et des bras. De ce fait, il ne fait pas référence à la longueur de celles-ci.

Son emploi remonte à la période Heian et était porté par l’aristocratie comme vêtement de dessous. La mode vestimentaire évolua au fil du temps et le « kosode » incarna le reflet des changements politiques d’une société en mouvement pour devenir petit à petit le principal vêtement extérieur utilisé dans toutes les couches de la société à partir du XVIe siècle.

Comme l’auteure de l’extrait le souligne, on assiste à un glissement de signification entre les termes de « Kosode » et de « Kimono ». Elle poursuit en précisant « Mais c’est véritablement au cours de la période Edo que l’emploi de ce dernier se généralisa ». Au vu de ces informations, il existe donc une filiation directe entre ces deux notions.

Autrefois vêtement quotidien des Japonais, il n’est plus porté, malheureusement, que pour les occasions, les fêtes, les moments solennels, etc. C’est pourquoi, c’est si important de le (re)découvrir !

Bon à savoir…

Précisons que, contrairement à notre habitude occidentale, le mot kimono ne doit pas être confondu avec le nom des vêtements utilisés pour les arts martiaux (judôgi, karategi,…).

Il est important de savoir qu’il faut impérativement mettre le pan de tissu gauche par-dessus le droit ! Le contraire est réservé aux personnes défuntes…

Kimono ou Yukata?

N’étant pas habitués, nous, Occidentaux, pourrions facilement confondre le kimono et le yukata qui sont pourtant bien différents !

Le kimono est fait dans un tissu précieux, généralement de la soie et richement décoré. Il se porte obligatoirement par-dessus un sous-vêtement nommé « nagajuban » qui a pour mission de protéger le kimono de la transpiration entre autres.

D’ailleurs, on l’aperçoit au niveau du col, c’est la doublure blanche sous le beau tissu du kimono.

Avec le kimono, on porte également des tabi blanches (chaussettes avec une séparation entre le gros orteil et les autres) et des geta (sandales en bois avec une lanière passant entre le gros orteil et les autres). Le kimono est porté pour des occasions formelles.

Le yukata, en revanche, est un vêtement décontracté, généralement en coton qui se porte sans « nagajuban » ; les tabi ne sont pas obligatoires.

Pour encore un peu corser l’histoire, sachez qu’il y a plusieurs sortes de kimono mais nous n’allons pas toutes les détailler ici. Retenons déjà celles-ci :

  • Kurotomesode : kimono noir avec des motifs uniquement sous la taille, réservé aux femmes mariées. Utilisé pour les occasions très formelles.
  • Tomesode : Kimono d’une autre couleur que le noir avec des motifs uniquement sous la taille, réservé aux femmes mariées. Utilisé pour les occasions formelles
  • Furisode : Kimono aux motifs plus colorés, ayant de plus longues manches, réservé aux femmes célibataires et jeunes (avant la trentaine). Utilisé pour les occasions formelles
A gauche : yukata – A droite : kimono furisode

Arrêtons-nous un instant sur les motifs décoratifs. Reconnaissez-vous la fleur ci-dessous ? Il s’agit de l’espèce considérée comme la reine des fleurs, la pivoine, « Botan » (牡丹).

Emblématique du printemps, ces pétales créent une impression de grande dignité et de prospérité.

C’est bien beau tout ça mais comment le porte-t-on, ce kimono ?

Grâce à Hiromi-san et ses amies du CISM.be, on a vu à quel point c’est technique et précis de revêtir un kimono. Voyez plutôt :

Notez le Kurotomesode porté par Hiromi-san

Elles nous ont expliqué que la silhouette idéale pour que le kimono tombe bien est une silhouette cylindrique.

Pour cette raison, on attache des essuies à la taille de cette jeune dame pour combler le creux naturel à ce niveau. On utilise des cordons pour bien les fixer, il ne faudrait pas qu’ils tombent !

A l’étape suivante, on ferme le nagajuban en prenant bien soin de croiser le pan gauche au-dessus du droit. On utilise de longues et fines bandes de tissu pour bien le fermer.

Il est temps de mettre le kimono proprement dit. Notons que le tissu est trop long et arrive au sol. C’est tout à fait normal, cela permet d’ajuster le vêtement à la hauteur de la personne qui le porte.

Pour se faire, on utilise de nouveau de longues bandes de tissus, deux pour être exact. Une par-dessous pour ajuster la hauteur et une par-dessus pour bien maintenir le tissu et que le tout ne s’ouvre pas.

Remarquons les très belles fleurs de cerisier qui ornent ce kimono.

Du fait de sa durée de vie éphémère, elle est souvent comparée aux samouraïs qui étaient prêts à mettre leur vie en péril pour leur maître, ce qui en fait donc un important symbole de loyauté.

Dans les représentations artistiques, les fleurs de sakura ressemblent à s’y méprendre aux fleurs de prunier mais la différence la plus facilement reconnaissable est que la fleur de cerisier présente un léger retrait au centre de chaque pétale, tandis que les pétales de la fleur de prunier sont parfaitement ronds. Maintenant, vous ne pourrez plus vous tromper 😉

Reprenons notre premier mannequin pour voir la dernière étape de l’habillage avec le kimono : la mise en place de la ceinture obi et de son noeud à l’arrière.

On utilise un obi-makura, petit coussin (ici en vert pâle) afin de donner du volume au noeud de l’obi et aider à le maintenir. On termine en nouant l’obijime (dans les mains de Hiromi-san), un cordon décoratif en soie. Il termine joliment la tenue et maintient en place l’obi.

Voici le noeud de l’obi terminé. C’est beau n’est-ce pas?

Pour aller plus loin…

Il faut beaucoup de savoir-faire pour réussir à bien mettre en place le kimono et nouer joliment l’obi.

Hiromi-san donne d’ailleurs des cours pour enseigner cela et se fait un plaisir de partager ainsi sa culture. Qui parmi vous voudrait assister à l’un de ces cours ?

Si vous êtes intéressé(e)s par le sujet des kimono, voici quelques liens pour pouvoir prendre contact avec Hiromi-San ou ses amies du CISM.be:

Instagram de Madame Himori: https://www.instagram.com/kimono_madamehiromi/?hl=fr

Boutique de Madame Himori sur Instagram: https://www.instagram.com/lartdukimono/?hl=fr

Compte Facebook de Madame Himori: https://www.facebook.com/hiromi.fujiwara.902

Boutique de Madame Himori sur Facebook: https://www.facebook.com/search/top?q=l%27art%20du%20kimono

Page Facebook du CISM.be:

https://www.facebook.com/cism.be

Itchiku Tsujigahana : From shadow to light

“Fabric of Light. Itchiku Tsujigahana”, here is the title of the book that caught my eye in the middle of a myriad of bookshelves. It was sitting right there, in a former bookshop of Namur. I went through my precious find quickly and slowly at the same time. That growing feeling of curiosity has been quickly replaced by awe and amazement. A sophisticated, colourful and unexplored world was slowly but surely revealing itself in front of my overwhelmed eyes. This is how I began to discover what was hiding behind this title. The story of a man promoted to the rank of master, along with a method whose name is of obscure significance that will ironically allow him to come out of the shadow and step into the light all the way through Europe.

Let’s start our journey with the master Kubota Itchiku (久保田一竹, 1917-2003). His artistic path began very early in 1931 with the master Kobayashi Kiyoshi (小林清師) via the study of Yûzen (友禅) and Rôkechi (﨟纈) processes. Those two dyeing methods have direct filiation. The first one is characterised by the making of paste resist on the decorative patterns to protect these during the dye baths immersion. It is thus named by the one who modernized it in 1700, the Kyoto fan painter Miyazaki Yûzen (宮崎友禅, active from 1684 to 1703). The second one is older, its usage dating back to the days of Nara and is, for its part, a wax-resist.

Then, in 1934, he increases his artistic knowledge by studying figurative painting under the guidance and instructions of Ohashi Gekko (大橋月皎). Besides, in 1936, he began to study landscape painting, sansuiga (山水画) and suibokuga (水墨画), under the teaching of Kitagawa Shunko (北川春耕). Although at the end of the 18th century, Japanese landscape painting is influenced by Western realism, this movement is usually characterised by the idealized representation of reality with the use of specific shapes such as mountains, clouds, streams, etc. The same applies to the suibokuga painting in which landscapes are made with Chinese ink by playing on gradients to bring light and dark within the composition.

After discovery of his background and amazing career, I cannot help but think of other great names of the Japanese art like Ogata Kôrin (尾形光琳, 1658-1716) or Shibata Zeshin (柴田 是真, 1807-1891). The first one gave origin to the Rinpa school of painting and created lacquers of exquisite quality. The second one, man of many talents, definitely marked the 19th century. I’m neither an art historian nor an expert but, in my opinion, they do have a commonality : their study of painting leaving a mark in their work. Indeed, Louis Gonse (1846-1921) in his book “the Japanese art” described decorative arts as follows: “Any artist is a painter before being carver, lacquerer or ceramicist”. He adds: “Japan has such an amazing quality in the selection of its artists that it led to universality of abilities not often encountered with us”. Those were the words written by the author in 1883, which I believe continue to resonate this day seeing the career of Kubota Itchiku.

His discovery of the Tsujigahana process took place in 1937 at the Tokyo National Museum. There, in a display case, he saw a fragment of fabric whose brilliance sparked a great fascination within himself. The magic happened and never left his mind once. Not while he was doing his military service in 1938, neither during his mobilisation in 1944, or even throughout his detention in Siberia in 1948 after World War II.

Upon his return, and for about twenty years, he devoted himself to bring that lost in time process back to life. However, he didn’t want to meticulously use the original method step by step. His goal was the rebirth of its beauty via modern dyeing techniques, which gave rise to the Itchiku Tsujigahana. By combining tradition and modernity, the master paid tribute to this forgotten know-how.

Let’s continue our discovery with the original Tsujigahana (辻が花). It made its début at the beginning of the Edo period (1615-1868) and enhances the Yûzen process. Shrouded by an aura of light and mystery, the origin of the name itself is unclear.  The author Helen Benton Minnich, in her book “Japanese Costume and the Makers of Its Elegant Tradition” published in 1963 put forward two main hypotheses. The first one refers to an intertwined flowers pattern which finds its meaning in the kanji « 辻 » and the flower « 花 ». The second one, for its part, is related to “Tsutsujigahana” (つつじが花) which refers to objects dyed in red, similar to azalea flowers.

From a technical perspective, this one is based on the tie and dye method which consists of coloured patterns being produced in the fabric by gathering together many small portions of material and tying them tightly with string before immersing the cloth in the dyebath. However, the Tsujigahana pushed the method to the pinnacle of its aesthetic outcome by adding additional techniques to bring more nuances and details. The use of golden and silver leaves or ink, drawings and embroideries for a better rendition can also be noticed.

Let us now return to the master’s creation: the Itchiku Tsujigahana. There are different production methods and the following explanations are a short summary of the different steps explained in the book presented in the introduction of this article. The preparation of the silk kimono and its homemade background pattern mark the beginning of the process. Then, different parts of the fabric are assembled and tied with yarns to form small bumps. The next step may vary depending on the desired aesthetic goal, but generally, colours are placed on the small bumps before being covered with yarns. Thus, the colour is protected from the dye bath.

After the dye bath, the kimono is steamed, aiming to stabilize the colour. Then ensues a series of rinses followed by drying periods. The purpose of this sequence of operations is twofold. Firstly, draining the silk will allow it to absorb other colours. Indeed, silk can only absorb a certain amount of dye. For an Itchiku Tsujigahana, the author specifies that the silk is rinsed about fifteen times.

However, to achieve the desired effect, the colour is applied thirty times, which means that the material is rinsed nearly four hundred times. Secondly, stretch drying will prevent the silk from shrinking. At last, the yarns are carefully removed to avoid damages on the fabric. Then, embroideries and gilding are added as the final touch. As you will have gathered, creating a kimono takes a lot of time.

The final pieces definitely are unique items. A kimono isn’t simply a piece of clothing anymore but rather a true masterpiece. A striking and disconcerting beauty in which all aspects of nature are unveiled before our eyes in a poetry of colours. Plunge into the heart of Japanese aesthetics and feel the connection between nature, its beauty and Japanese society while admiring one of those kimonos.

The Master passed away in 2003 and could not achieve what seems to be the greatest project of his life: the “Symphony of Light”. It would be easy for me to explain his purpose but I urge you to explore the world of Itchiku Tsujigahana on your own. Imagine the different aspects of nature as an inseparable whole because when you look at a landscape, it is impossible to have an overview of everything that is taking place before your eyes. Take a look at the picture below and it will probably lead you to an awakening moment.

Our journey draws to a close, but the Tsujigahana Itchiku, for its part, travelled the world through multiple exhibitions that allowed the Western world to discover this extraordinary art. Thus, our beautiful country welcomed this unique collection several times. Firstly, in 1985, a first exhibition took place in Brussels at the INNO store. Secondly, in 1989, as part of the international exhibition Europalia. Finally, in 2016, at the Antwerp Fashion Museum.

This adventure of a lifetime was full of successes along with difficulties and while the work of the Master almost sadly vanished like its creator, Patokh Chodiev acquired the collection in 2010 and saved the Kubota Museum to promote and protect this unique art of the Japanese culture.

Nowadays, the Itchiku Kubota Art Museum, located near Lake Kawaguchi in the Yamanashi prefecture, opens its doors to visitors and allows everyone to enter the world of Itchiku Tsujigahana.

I would like to express my warmest thanks to Mr. Mudretsov Victor, a member of the International Chodiev Foundation, for all the photographs that illustrate this article and for sharing his knowledge.

Author: Sébastien Bourgeois

Translator: Flore Wiame

You can find further information on the collection and the International Chodiev Foundation via the following links:

Photo credits: The Kubota Collection

Itchiku Tsujigahana: de l’ombre à la lumière

« Tissus de Lumière. Itchiku Tsujigahana », tel est le titre du livre qui attira mon regard alors qu’il trônait sur l’une des nombreuses étagères d’une ancienne librairie de la ville de Namur… Tel un trésor, je le parcourus lentement et bien vite, la curiosité fit place à l’émerveillement car se dévoilait sous mes yeux un monde insoupçonné, raffiné, coloré qui me submergea totalement…  Ainsi, point de départ de cette fabuleuse découverte, cet ouvrage au titre bien mystérieux cache l’histoire d’un homme élevé au rang de Maitre et d’un procédé au nom obscur mais dont la rencontre permit à ce dernier de sortir de l’ombre et de rayonner jusqu’en Europe…

Commençons ce voyage par le Maitre, Kubota Itchiku (久保田一竹, 1917-2003). Son parcours artistique commença très tôt, en 1931, par l’étude des procédés Yûzen (友禅) et Rôkechi (﨟纈) auprès du Maitre Kobayashi Kiyoshi (小林清師). Ces deux techniques de teinture possèdent une filiation directe. En effet, la première est caractérisée par la réalisation de réserves en pâte sur les motifs décoratifs afin de protéger ceux-ci durant l’immersion dans les bains de teinture et ainsi nommée par celui qui la modernisa en 1700, le peintre d’éventail de Kyôto, Miyazaki Yûzen (宮崎友禅, actif entre 1684 et 1703). La seconde est plus ancienne, son emploi remontant à l’époque de Nara et constitue aussi une technique de réserve, à la cire.

Ensuite, en 1934, il enrichit son savoir artistique par l’étude de la peinture figurative sous les enseignements de Ohashi Gekko (大橋月皎). Puis, en 1936, il entama l’étude de la peinture de paysage, sansuiga (山水画) et suibokuga (水墨画), sous la direction de Kitagawa Shunko (北川春耕). Bien qu’à la fin du XVIIIe siècle, la peinture japonaise de paysage sansuiga subit l’influence du réalisme occidental,  ce courant se caractérise traditionnellement par la représentation d’une nature idéalisée en recourant principalement aux formes des montagnes, des nuages, des cours d’eau etc. Il en va de même pour la peinture suibokuga dans laquelle les paysages sont réalisés à l’encre de Chine en jouant sur les dégradés pour apporter ombre et lumière à la composition.

À la lueur des premières étapes de son formidable parcours, je ne peux m’empêcher de penser à d’autres grands noms de l’art japonais comme Ogata Kôrin (尾形光琳, 1658-1716), Shibata Zeshin (柴田 是真, 1807-1891)… Le premier donna naissance à l’école de peinture Rinpa et fut l’auteur de laques d’une qualité exceptionnelle. Le second, personnalité aux multiples talents, marqua le XIXe siècle dans différents domaines. Je ne suis pas historien de l’art ni un expert mais je pense qu’il est possible de leur dégager un point commun, leur étude de la peinture qui imprima sa marque dans leur œuvre. En effet, Louis Gonse (1846-1921), dans son ouvrage intitulé « L’art japonais » qualifiait les arts décoratifs en ces termes : « Tout artiste est d’abord peintre avant d’être ciseleur, laqueur ou céramiste ». Il poursuit en ajoutant : « La qualité d’artistes entrainait au Japon une sorte d’universalité d’aptitudes que l’on ne rencontre chez nous qu’à l’état d’exception ». Tels furent les mots que l’auteur écrivit en 1883 mais qui, je le pense, font encore écho aujourd’hui au regard du parcours de Kubota Itchiku.

Sa rencontre avec le procédé Tsujigahana eut lieu en 1937 au Musée National de Tokyo. Là, dans une vitrine, il découvrit un fragment de tissu dont l’éclat exerça sur lui une véritable et totale fascination. La magie opéra et occupa son esprit pendant plusieurs années, de son service militaire en 1938, en passant par sa mobilisation en 1944 et jusqu’à la fin de sa détention en Sibérie en 1948, après la Seconde Guerre mondiale.

À son retour au Japon et pendant près de vingt ans, il se consacra à faire revivre ce procédé oublié. Toutefois, le but qu’il poursuivit ne fut pas la réintroduction de la technique originelle mais bien la renaissance de la beauté de celle-ci par le biais des techniques de teintures modernes, ce qui donna naissance à l’Itchiku Tsujigahana. Véritable hommage à ce savoir-faire perdu dans le temps, le Maitre allia tradition et modernité.

Poursuivons notre voyage et découvrons le Tsujigahana (辻が花) originel qui se développa aux XVe et XVIe siècle avant de disparaître au début de la période Edo (1615-1868) au profit du procédé Yûzen. Entouré d’un véritable halo de mystère, l’origine même du nom est incertaine. L’auteure Helen Benton Minnich, dans son livre « Japanese Costume and the Makers of Its Elegant Tradition » et paru en 1963, nous livre deux hypothèses principales. La première renverrait à un motif de fleurs entrecroisées qui trouve sa signification dans les kanji « 辻 », croisement et « 花 », fleur. La seconde serait à mettre en relation avec le terme de « Tsutsujigahana » (つつじが花) et ferait référence à des objets teints en couleur rouge, semblable à la couleur des azalées.

D’un point de vue technique, celle-ci se base sur la teinture de type tiedye qui consiste à nouer des portions de tissu à l’aide de ficelles avant de les immerger dans le bain de teinture. Les portions nouées sont ainsi protégées des colorants, ce qui permet de créer des jeux de nuances dans les motifs décoratifs. Toutefois, le Tsujigahana poussa ce procédé au summum de son aboutissement esthétique de par l’ajout de techniques annexes pour apporter davantage de nuances, de détails, de rendu comme l’emploi de feuilles d’or, d’argent, l’ajout de broderies, de dessins à l’encre.

Revenons maintenant à la création du Maitre, l’Itchiku Tsujigahana. Il existe différentes méthodes de fabrication et celle qui suit est un bref résumé des différentes étapes expliquées dans le livre qui servit d’introduction à cet article.

Le point de départ est la préparation du kimono en soie sur-lequel un motif de fond est réalisé. Ensuite, différentes parties du tissu sont rassemblées et nouées à l’aide de fils de manière à former de petites bosses. L’étape suivante peut varier en fonction du but esthétique recherché mais des couleurs sont posées sur ces petites excroissances avant d’être elles-mêmes recouvertes de fils qui protégeront la couleur du bain de teinture. Après ce bain, le kimono est alors passé à la vapeur, ce qui a pour effet de stabiliser la couleur. S’ensuit alors une succession de rinçages suivis de périodes de séchage. Le but de cette succession d’opérations est double. Premièrement, dégorger la soie va lui permettre d’absorber d’autres couleurs car du fait de ses caractéristiques, elle ne peut absorber qu’une certaine quantité de teinture. Pour la confection d’un Itchiku Tsujigahana, la soie est rincée environ quinze fois. Toutefois, pour obtenir les effets désirés, la couleur est appliquée trente fois, ce qui signifie que la matière est rincée près de quatre cent fois. Vous l’aurez compris, la réalisation d’un tel kimono demande beaucoup de temps. Deuxièmement, le séchage par étirement va empêcher à la soie de rétrécir. Enfin, le fil est retiré avec précaution pour éviter d’abimer la matière et des finitions sont apportées avec de la broderie, de la dorure par exemple.

Il en résulte des pièces d’une beauté saisissante et déroutante, transformant le kimono en véritable tableau de maitre dans-lequel les aspects de la nature se dévoilent sous nos yeux dans une véritable poésie de couleurs. Admirer l’un de ces kimono, c’est plonger au cœur de l’esthétique japonaise, ressentir le lien étroit qui subsiste entre la nature, sa beauté et la société japonaise. Le Maitre quitta ce monde en 2003 et il ne put mener à son terme ce qui semble être le plus grand projet de sa vie, la « Symphonie de lumière ». Il me serait facile de vous exposer son dessein mais immergez-vous dans le monde d’Itchiku Tsujigahana, imaginez les différents aspects de la nature comme un tout indissociable car lorsque vous regardez un paysage, il est impossible d’avoir une vue d’ensemble de tout ce qui se déroule sous vos yeux… Posez votre regard sur la photo ci-dessous et vous comprendrez…

Notre voyage touche bientôt à sa fin mais l’Itchiku Tsujigahana, lui, voyagea dans le monde entier par le biais de multiples expositions qui permirent au monde occidental de découvrir cet art hors du commun. Ainsi, notre beau pays accueillit à plusieurs reprises cette collection. Tout d’abord, en 1985, une première exposition se déroula à Bruxelles au magasin INNO. Puis, en 1989, dans le cadre de l’exposition internationale Europalia. Enfin, plus récemment, celle-ci fut visible en 2016 au Musée de la Mode d’Anvers.

Cette aventure fut jalonnée de réussites et de difficultés et bien que l’œuvre du Maitre faillit sombrer à son tour, Monsieur Patokh Chodiev acquit la collection en 2010 et sauva le musée Kubota dans un souci de préservation et de promotion de cet art unique et de la culture japonaise. Aujourd’hui, le musée d’art Itchiku Kubota, situé près du lac Kawaguchi dans la préfecture de Yamanashi continue d’ouvrir ses portes aux visiteurs et permet à tout un chacun d’entrer dans l’univers d’Itchiku Tsujigahana.

Je tiens à remercier Monsieur Mudretsov Victor, membre de la Fondation Internationale Chodiev, pour l’ensemble des photographies qui illustrent le présent article ainsi que pour le temps qu’il m’a accordé.

Auteur : Sébastien Bourgeois

Vous retrouverez plus d’informations sur la collection et la Fondation Chodiev en consultant les liens ci-dessous.

Crédits des photos: The Kubota Collection

NIHONGO – Apprenez vos Kana comme un Japonais

Bonjour tout le monde, ou こんにちは みなさん, comme diraient nos amis Japonais.

Pour ceux qui ne connaissent pas (encore) les kana, cela se lit : konnichiwa minasan.

L’écriture du japonais, certes complexe mais oh combien indispensable pour pouvoir comprendre la langue de Mishima a de quoi nous effrayer, nous Occidentaux ne connaissant que 26 lettres dans notre alphabet.

Alors quand on décide de s’y mettre, on ne sait pas toujours par où commencer. Pour s’entraîner à écrire, on peut utiliser une simple feuille de papier voire même une application (j’en parlerai dans un autre article si vous le souhaitez).

Cela dit, pour nous aider à apprendre les kana et les kanji, il y a sur le marché une multitude de cahiers d’écriture, d’exercices comme quand nous étions à l’école au fond. Ces ouvrages sont plus ou moins ludiques, plus ou moins « kawaii », plus ou moins « mettez-le-qualificatif-souhaité » il y en a vraiment pour tous les goûts.

Le problème est là, quand on a trop de choix, eh bien, il devient difficile de choisir… J’ai tout de même deux petits livres à vous conseiller en la matière si vous me permettez. Notez que je ne suis ni prof de Japonais ni professionnelle de l’édition, juste une passionnée comme vous, il s’agit ici de mon avis personnel qui n’engage que moi.  J’ai essayé beaucoup de choses avant de vous en parler…

Il s’agit des deux ouvrages de la série « Nihongo – Apprenez vos kana/kanji comme un Japonais » édités par Omaké Books. Je possède celui sur les kana depuis un moment, le numéro sur les kanji vient tout juste de paraître et il s’annonce aussi chouette que son grand frère.

Pourquoi je les aime ? Précisément parce que, comme le titre l’indique, on apprend à écrire comme les Japonais. La méthode est basée sur celle de l’école primaire au Japon et on y apprend des subtilités de l’écriture qui nous échappent complètement d’habitude.

Un exemple ?

Prenons le son « O » que l’on écrit comme ceci en hiragana :

Nous avons l’habitude de l’écrire tout en belles courbes arrondies et c’est là que l’on se trompe… En réalité, la boucle présente des angles cassés comme ceci :

C’est du chipotage ?

Peut-être mais tant qu’à apprendre, pourquoi ne pas apprendre la « vraie » manière ? En tout cas, c’est un des points qui me séduisent dans ces ouvrages. A tel point que, connaissant déjà les kana, je les réétudie avec cette méthode. Alors évidemment, j’ai sauté sur le tome kanji dès que je l’ai vu. Je vous en reparle plus tard, là ce sera un peu plus ardu je pense…

Que trouve-t-on d’autre d’intéressant dans ces ouvrages ?

KANA : la prononciation (heureusement hi hi hi), de nombreuses explications sur l’écriture japonais en général, du vocabulaire illustrant les kana appris, des exercices et des conseils d’écriture.

KANJI : comme les kana avec, en plus, le sens ainsi que les lectures les plus courantes.

Les deux ouvrages présentent des QR Codes qui permettent voir des vidéos montrant précisément l’ordre du tracé.

Si vous n’avez pas envie de vous contenter d’une simple feuille de papier et que vous souhaitez investir dans ce genre de cahiers d’exercices, je vous les recommande chaudement ! Autre conseil : pour en profiter longtemps, photocopiez les pages pour pouvoir prolonger l’entraînement ou utilisez un crayon léger facile à effacer.

Voilà, à bientôt pour d’autres reviews 😉

Jennifer pour Wallonihon

Fiche technique des livres :

Titre : NIHONGO – Apprenez vos Kana comme un Japonais

Auteurs : Mizuki SAKAI et Florent GORGES

Editions : Omaké Books

Date de parution : Août 2020

ISBN : 978-2-37989-033-8

Nombre de pages : 146

Titre : NIHONGO – Apprenez vos Kanji comme un Japonais

Auteurs : Mizuki SAKAI et Florent GORGES

Editions : Omaké Books

Date de parution : Juillet 2021

ISBN : 978-2-37989-034-5

Nombre de pages : 142

Les livres japonais anciens

Bonjour tout le monde, je suis très heureux de vous retrouver pour cet article destiné aux livres anciens japonais.

Plusieurs d’entre vous m’ont fourni des observations très pertinentes mais un livre a tellement d’autres secrets à livrer… C’est ce que nous allons voir aujourd’hui. Néanmoins, je ne souhaite pas entrer dans une analyse approfondie mais bien de présenter les différents éléments auxquels vous devrez faire attention si vous souhaitez vous lancer dans l’acquisition de telles pièces.

Avant de commencer, je trouve intéressant de m’attarder un instant sur la manière de manipuler ces ouvrages. Pour ce faire, j’ai choisi deux méthodes. La première est d’utiliser des gants en coton ou en nitrile. L’avantage est que la matière constitue un rempart efficace entre vos doigts et le papier, protégeant ce dernier des bactéries et du sébum, une matière présente naturellement sur la peau mais qui fait le bonheur de ces organismes indésirables. Avantage majeur mais qui présente aussi deux inconvénients. Le premier est que vous devez exercer une pression plus importante sur le papier, ce qui augmente le risque de déchirure. Le second est le port de gants qui vous prive du toucher et des informations que vous pouvez en tirer.  La seconde méthode est de manipuler l’ouvrage avec vos doigts. Vous l’aurez compris, l’avantage de la première méthode est l’inconvénient majeur de celle-ci. Pour y remédier, lavez-vous minutieusement les mains et n’hésitez pas à le faire plusieurs fois durant toute la durée de votre étude, de vos observations. Bien entendu, des sites spécialisés dans la conservation des manuscrits vous fourniront d’autres méthodes ainsi que de précieux conseils.

Entrons maintenant dans le vif du sujet et intéressons-nous tout d’abord à l’état général. Comme Jennifer l’a souligné, la couverture du livre présente des manques sur les côtés et on peut observer des taches sur différentes pages sans que celles-ci en viennent à altérer leur lecture. Toutefois, on peut considérer que l’ouvrage est en bon état.

Photo personnelle

Un second élément à observer est la taille du livre. Le professeur Wataru Ichinohe, enseignant à l’université Keio et spécialiste de la bibliographie et de la littérature japonaise à la période Edo fournit une explication très importante : « Classiquement, la taille du livre dépend de celle du papier utilisé pour le fabriquer et en fonction de celle-ci, il est également possible d’en déterminer le contenu ». Les dimensions de ce dernier sont de 21.6 cm de longueur sur 14,7 cm de largeur. Au regard de ses dimensions, je classerais ce livre dans la catégorie des Hanshibon, les livres demi-format très généralistes et qui ont tendance à se concentrer sur un contenu éducatif, illustré ou lié aux haïku. Je reviendrai sur le contenu du livre dans un instant.

Concentrons-nous à présent sur la couverture du livre. Que nous apprend-t-elle ? Tout d’abord, la couleur bleue est obtenue par l’indigo, ai (藍) et provient de l’indigotier. Il est tout à fait possible de rencontrer des nuances différentes allant d’un bleu clair à un bleu profond, assombri par des teintures répétées. Ensuite, remarquons qu’il n’y a pas de décoration sur celle-ci et qu’elle réalisée en papier. En effet, plusieurs techniques peuvent être utilisées pour amener de la décoration et les couvertures n’étaient pas toutes réalisées en papier, il est tout à fait possible d’en rencontrer recouvertes de tissu.

Un second élément à observer est le titre et sa position. Le livre est intitulé « Onnayô kinmozui » (女用訓蒙図彙) et renvoie à une encyclopédie illustrée de vêtements féminins et d’objets utilitaires de la période Edo. Deuxième élément, la position du titre présent sur le côté gauche de la couverture. En règle générale, le titre de couverture, gedai (外題), se trouve soit à gauche, soit au centre de la couverture. En effet, Le professeur Takahiro Sasaki, spécialiste de la bibliographie et de la littérature japonaise à la période médiévale souligne que les livres présentant un titre à gauche contenaient des textes liés aux waka (recueils de poésie) alors que ceux dont le titre est au centre renseignaient un contenu lié aux contes (monogatari) et dont vous pouvez voir un exemple ci-dessous. Au cours de ma formation sur les livres rares japonais, il a été précisé que cette règle trouvait sa source dans un manuel de calligraphie de la période Kamakura.

Nara e-hon, hachikatsugi, auteur inconnu, période Edo (XVIIe siècle)

Photo personnelle

Cela n’explique toujours pas la raison d’être du titre à gauche ou au centre me direz-vous. J’y arrive… Le professeur Sasaki précise que les ouvrages liés aux waka pouvaient être transformés en rouleau. Cette méthode de reliure porte le nom de kansusô (巻子装) et constitue la méthode de reliure la plus prestigieuse. À l’inverse, les récits de fiction ne pouvaient bénéficier de ce changement de « statut » car ils étaient perçus comme moins prestigieux, sauf s’ils contenaient des images. De fait, lorsque vous observez la couverture d’un livre relié au format rouleau, vous verrez que le titre apparaît à gauche, exactement comme sur le livre que nous étudions.

Vous pouvez trouver un très bel exemple de livre au format rouleau sur le site du Musée National de Tokyo en suivant le lien ci-dessous :

Musée National de Tokyo : e国宝 – 漢書楊雄伝第五十七 (nich.go.jp)

Je me permets également une petite parenthèse car ce site est très enrichissant et les explications de chaque pièce sont très détaillées. À bon entendeur 😉

Mais en ce qui concerne celui qui nous intéresse, le titre est à gauche et ce n’est pas un recueil de poésie ni un conte illustré alors comment l’expliquer ? Ces règles ont été respectées jusqu’au XVIIe siècle. À cette époque, les livres imprimés entrèrent dans une phase exponentielle de développement suite au perfectionnement des méthodes d’impression et avec elles, de plus en plus d’exceptions à ces règles virent le jour. Ainsi, le livre que nous étudions aujourd’hui ne respecte pas cette convention.

Photo personnelle

Le troisième élément à observer est la reliure. Celle-ci est de type Fukurotoji (袋綴). Le professeur Sasaki résume brièvement l’histoire de ce type de ce procédé en ces termes : « Les livres les plus anciens reliés à l’aide de cette technique datent du XIIIe siècle et son usage s’est généralisé à partir du XVe siècle pour s’accroître encore davantage au XVIIe siècle afin de répondre à une demande de plus en plus importante, à tel point qu’aujourd’hui, lorsque l’on parle de livres anciens japonais, l’image qui apparaît en premier est celle de ce type de livre. »

Mais quelles sont les caractéristiques d’une reliure Fukurotoji ? Tout d’abord, les feuilles de papier sont pliées verticalement et empilées les unes sur les autres mais la particularité se trouve au niveau des bords du pli. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, le pli se trouve sur la partie externe du livre. Ainsi, c’est la partie libre du papier qui est cousue et lorsque que l’on observe le papier, celui-ci se présente sous la forme d’un tube, ce qui signifie qu’une seule face est utilisée. Durant le processus de fabrication, les pages sont provisoirement reliées à l’aide d’une ficelle de papier portant le nom de koyori (紙縒り). Enfin, une couverture est apposée et la couture est réalisée avec du fil.

Photo personnelle

Je profite de la photographie ci-dessus pour attirer votre attention sur un autre élément important et non des moindres, le type de papier utilisé. Celui-ci est blanc, très fin et doux au toucher. Je pense que vous voyez où je veux en venir 😉 Le papier n’est utilisé que sur une seule face, ce qui est à mettre en relation directe avec sa finesse qui n’aurait pas permis d’écrire sur chaque côté. Raison pour laquelle la plupart des livres de type Fukurotoji ont été réalisés avec un papier très fin.

Maintenant, de quel type de papier s’agit-il ? Vous avez déjà plusieurs de ses caractéristiques : blancheur, finesse et douceur. Lorsque l’on tourne les pages du livres, elles n’émettent pas un bruit spécifique. Allons plus loin et observons les fibres du papier. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez observer une page agrandie cent fois. Vous remarquerez qu’il y a des fibres plus larges, d’autres plus étroites et de manières générales, les fibres de ce papier sont longues. Ces différents éléments permettent de déterminer qu’il s’agit d’un papier fabriqué à partir du murier à papier et qui porte le nom de kôzogami (楮紙). C’est un papier couramment utilisé en raison de sa facilité de production. Toutefois, il existe une multitude de papiers différents et tous possèdent des spécificités qu’il convient de vérifier.

Photo personnelle

Vous pensez qu’on en a terminé !?! Vous êtes encore très loin de la vérité 😀

Observez la photo ci-dessous. Sur le côté, je pense que vous pouvez voir une multitude de lignes horizontales. De quoi s’agit-il ? Ces lignes portent le nom de sunome (簀の目) et sont les marques laissées par le tamis utilisé lors de la fabrication de la feuille de papier. Ces marques varient en fonction du tamis employé et leur étude permet, dans certains cas, de déterminer avec une certaine exactitude la période de fabrication.

Photo personnelle

Je terminerai cet article en parlant de l’impression et de l’écriture. Béatrice et Jacky m’ont interpellé concernant ces deux éléments et je les en remercie.

Concernant la technique d’impression, j’opterais pour une impression au bloc de bois dont je vais présenter le principe général. Concrètement, une plaque de bois, la matrice, est gravée en fonction des motifs à reporter sur le papier. Il peut s’agir de texte ou de dessins. Lorsque la matrice est prête, de l’encre est déposée sur celle-ci. Ensuite, on dépose le papier et on presse. Dans ce cas-ci, il n’y a qu’une seule couleur donc il n’y avait qu’une matrice pour chaque page mais pour amener de la couleur avec ce procédé, il faut autant de matrices qu’il y a de couleurs et c’est notamment avec l’apparition de l’Ukiyo-e que l’impression en couleur se développa considérablement durant la période Edo.

Il me reste à parler de l’écriture et là, soufflez un instant parce que notre histoire se complique. Attardons-nous un moment sur la langue japonaise.

Les kanji possèdent deux prononciations principales : la lecture « on », à la chinoise et la lecture « kun », à la japonaise. Le professeur Sasaki souligne que le Japon ne disposait pas de système d’écriture et qu’en conséquence, ils n’ont eu d’autre choix que d’utiliser l’écriture chinoise. Toutefois, le Japon ressentait le besoin de codifier la langue japonaise telle qu’elle était. Il ajoute que pour lire des textes écrits en kanji, ils devaient comprendre à la fois la signification et la prononciation de chaque caractère. Afin que la prononciation des kanji correspondent à la langue japonaise orale, ils inventèrent leur propre façon de prononcer les kanji, de sorte qu’un kanji correspondait à un son. Toutefois, plusieurs kanji pouvaient représenter le même son. De ce fait, le professeur Sasaki précise qu’ils utilisèrent les caractères chinois pour leur signification mais également pour représenter les sons de leur langue. Ce système a été utilisé dans une anthologie de poésie du VIIIe siècle, le Man’Yôshû qui a donné son nom à cette méthode de rattacher un kanji par son, le Man’yôgana. Toujours selon l’étude du professeur Sasaki, ce système présentait deux inconvénients. Le premier est qu’avec cette méthode, les phrases avaient tendance à devenir très longues. En outre, certains caractères étaient trop élaborés en tant que représentations de sons uniques, ce qui rendait leur lecture et surtout leur écriture, trop longue. C’est pourquoi les syllabaires hiragana et katakana ont été développés.

Sur l’extrait ci-dessous, j’ai mis en évidence deux exemples de hentaigana (変体仮名). Ceux-ci sont une forme d’hiragana découlant directement des kanji simplifiés des man’yôgana. Ils sont aujourd’hui obsolètes car le système d’écriture a été standardisé en 1900, de sorte que chaque syllabe corresponde à un son. Les deux hentaigana mis en évidence sur l’image ci-dessous pourraient correspondre aux hiragana actuels « no » et « zu » mais je tiens à préciser qu’il s’agit d’une hypothèse car je ne suis pas un spécialiste des hentaigana.

Photo personnelle

1 : No

2 : Zu

Notre exploration touche à sa fin et je vais conclure cet article par une phrase du professeur Sasaki qui m’a profondément touché lors de mes deux formations : « Les livres traditionnels se déclinent en une grande variété de reliures, de tailles, de formes et de styles de couverture, mais ils ont tous en commun la finesse de leur fabrication. Cela pourrait bien être une caractéristique de la culture japonaise dans son ensemble. » J’ajouterai que chaque pièce, que ce soit un livre, un objet laqué, une porcelaine s’inscrivent dans un contexte historique, économique, artistique. Respectons ces témoins du passé, apprenons à les connaître.

J’espère que cet article vous a plu 😊 N’hésitez pas à me faire part de vos interrogations, remarques en commentaires.

Je tiens à remercier Jennifer, Béatrice et Jacky pour leur contribution.

N’hésitez pas à suivre Jennifer sur son compte Instagram : 7jenn_japanista

Découvrez les magnifiques photos de Jacky sur sa page Facebook : Kyoto and Japan Discovery

À bientôt 😉

Guide illustré du Japon traditionnel – 1 – Architecture et objets du quotidien

Le Japon a beau être un pays moderne avec beaucoup de technologies, il n’en reste pas moins ancré dans ses traditions, héritage de sa culture ancestrale. Cette tradition, on la retrouve partout au Japon, non pas en contradiction avec la « modernité » mais, au contraire, mêlée à elle. Le tout formant un ensemble indissociable.

C’est avec un livre qui présente ces éléments traditionnels nippons que je reviens vers vous. Il s’agit du premier opus d’une série de trois ouvrages, ayant des thématiques différentes et indépendantes les unes des autres.

La particularité des ouvrages de cette collection est de fournir de nombreuses illustrations détaillées et attrayantes avec des explications très précises mais parfaitement compréhensibles. Chaque entrée de ce lexique est accompagnée de sa traduction en japonais ainsi que sa lecture en rômaji (caractères latins).

Que l’on soit néophyte ou déjà initié, chacun y trouvera son compte. Le premier pourra découvrir des explications culturelles et historiques importantes sur ce qu’il peut rencontrer en allant au Japon. Le second retrouvera rapidement des termes précis pour améliorer ses connaissances.

Ce premier volume, absolument passionnant, est scindé en deux parties. D’une part l’architecture des maisons, temples, sanctuaires, jardins, etc.  D’autre part, le matériel quotidien tels que les meubles, les objets pour offrir des cadeaux, les « trésors » pour la calligraphie, le culte religieux et bien d’autres…

Au fil des pages on apprend donc la composition extérieure et intérieure d’une machiya (maison traditionnelle de Kyôto), la fonction de ces cloisons en papier si emblématiques, ce que représente un jardin sec… On découvre ensuite le mobilier, les lampes, le washi (papier japonais fabriqué à la main), l’encens et les cadeaux sous formes d’enveloppes.

Pour les curieux qui veulent en apprendre toujours plus sur la culture et les traditions au Japon, je gage que cet ouvrage leur apportera une très grande satisfaction.

Pour ma part, je trouve qu’il est un bon guide de référence, permettant de retrouver facilement une information culturelle.

またね (= Matané : à bientôt)

Fiche technique du livre :

Titre : Guide illustré du Japon traditionnel

Direction éditoriale : Seichiro Yamamoto

Traduction depuis le Japonais : Marie Maurin

Editions : Sully – Le Prunier

Date de parution : juillet 2019

ISBN : 978-2-35432-321-9

Nombre de pages : 144

Direction Tokyo !

Vous êtes bien installés ?

Parce qu’il est enfin temps de rêver de voyage et ainsi de présenter la première destination touristique du Japon, sa célèbre capitale, Tokyo !

Après de longues heures de vol, vous êtes enfin dans la région de Kantō, sur l’île principale Honshū.

Japon Kanto Tokyo
Illustration par Tahysse Wanzoul

Oui , vous êtes à Tokyo ! Enfin, plus précisément, dans un des deux aéroports internationaux, soit Haneda ou Narita. 

Afin de commencer votre aventure dans la plus grande préfecture du Japon, vous allez devoir rejoindre le centre et là, vous avez l’embarras du choix entre les navettes, le bus, le train ou encore le monorail.

Une fois dans le centre, l’ancienne Edo de plus de 14 millions d’habitant va vous sembler vertigineuse et déconcertante. Mais rassurez-vous ça va bien se passer.

Tokyo, c’est le coeur du Japon, contenant les institutions les plus importantes. Mais c’est aussi son poumon économique avec une zone urbaine immense.

De plus, la capitale administrative du Japon se compose de 23 arrondissements, vous proposant ainsi un large choix pour découvrir ses multiples facettes.

Parce que oui, de nombreuses ambiances flirtant entre traditions et modernités vont s’offrir à vous lors de votre visite. Mais, ne prenez pas peur et organisez-vous en faisant quartier par quartier et de profiter de toutes ses ambiances.

Encore une fois, vous pouvez utiliser de nombreux transports pour vos déplacements, mais aussi de vos pieds et pourquoi pas à vélo !

Après de nombreuses visites, n’oubliez quand même pas de vous reposer, ainsi penser à bien choisir votre logement, son emplacement et surtout son style (qui sont aussi variés que ses quartiers).

Enfin, qu’importe les saisons et aussi bien de jour comme de nuit, la mégalopole est toujours en mouvement telle une fourmilière avec une sécurité rassurante.

Vous n’oublierez jamais ce séjour !

Après cette petite mise en bouche, de futurs articles vont compléter celui-ci, vous présentant  les arrondissements et quartiers avec ce qu’il faut faire, voir , … Dans cette belle capitale.

Carte : Tahysse Wanzoul

Texte : Morgane

Photo de couverture : Sébastien

Les Netsuke

Bonjour à tous !

Avant de poursuivre notre voyage dans le monde des laques, je souhaitais m’arrêter un moment sur des objets que vous connaissez sûrement : les netsuke (根付).

Les deux kanji utilisés pour construire ce mot peuvent être décomposés de la façon suivante : Ne (根) qui signifie « racine » et Tsuku (付く) qui signifie « attacher ».

Un mot bien mystérieux mais qui trouve tout son sens dans la raison d’être d’un netsuke. Il s’agit de petits objets utilitaires de quelques centimètres de hauteur et liés au monde des kimono (着物).

Dépourvus de poches, les japonais trouvèrent une solution ingénieuse pour suspendre différents objets comme des pochettes à tabac, des récipients à sake ou encore des boites compartimentées contenant les médicaments, les inrô (印籠). Ces différents objets sont regroupés sous le terme de sagemono (提物).

Concrètement, comment sont fixés ces sagemono ?

Dans les kimono féminins, la ceinture (obi – 帯) utilisée pour maintenir le kimono se porte en taille haute. Chez les hommes, la ceinture se porte au niveau des hanches. Lorsque l’on parle d’une ceinture, il faut voir une large bande de tissu étroitement enroulée autour du corps et qui constitue donc un endroit logique pour ranger des effets personnels. Ainsi, ces objets étaient enfilés sur un cordon qui passait par une perle coulissante (ojime – 緒締め) qui servait de tendeur.

Ensuite, la corde était passée dans le netsuke qui constitue ainsi une sorte de bascule. Enfin, le cordon était passé sous l’obi par le bas, de sorte que le netsuke était posé sur le haut de la ceinture, tandis que le sagemono pendait solidement quelques centimètres en dessous.

L’illustration ci-dessous vous donne un très bel exemple de ce que pouvait donner cet ensemble sagemono – ojime – netsuke.

Pipe, blague à tabac et netsuke. Impression sur bloc de bois, encre et couleur sur papier, 1813. Kubo Shunman (1757-1820)

Pour en revenir aux netsuke, la plupart que vous pourrez admirer dans les musées ou dans les salles de vente remontent aux XVIIIe et XIXe siècle, période durant laquelle il atteignit son apogée.

Véritables sculptures miniatures, celles-ci ont été réalisées dans divers matériaux comme l’ivoire et le bois au travers de thèmes divers et variés : la vie quotidienne, les créatures fantastiques, les animaux, les instruments de musique, etc. Toutefois, il existe différents types de netsuke dont les plus courants sont les netsuke katabori (型彫根付) qui renvoient à la figuration sculptée.

Si vous deviez décrire les deux netsuke ci-dessous, quels sont les termes que vous utiliseriez ?

Un netsuke tel que ceux-ci est caractérisé par différents critères qui vont lui donner de la valeur. Il doit être léger et lisse car il était posé contre une matière luxueuse qu’il ne fallait pas accrocher.

En outre, on retrouve beaucoup de spontanéité dans l’expression, beaucoup de détails apportés par la sculpture, la gravure.

De surcroît, il n’était pas rare de trouver des matières annexes comme des pierres en incrustation pour les yeux par exemple. Un dernier élément que vous ne pouvez voir sur cette photo est bien entendu la présence de deux trous permettant de passer le cordon et qui portent le nom d’himotoshi (紐通し).

Je tiens à nuancer cette caractéristique car des artistes de grand talent ont parfois utilisé le motif décoratif lui-même comme himotoshi au travers du creux formé par un bras, une jambe ou une patte, ce qui révèle une maitrise technique extrême et que vous pouvez observer sur la pièce ci-dessous.

Cette dernière particularité est très intéressante car la position de l’himotoshi ne se fait pas au hasard et répond à une véritable étude afin que le netsuke reste parfaitement droit lorsqu’il est fixé à l’obi. À mon sens, cette spécificité est un excellent moyen de déterminer la qualité du netsuke.

Je terminerai cet article très synthétique par l’ouverture du Japon sur l’Occident au début de l’ère Meiji. Cet événement marqua la société japonaise et le monde de l’art fut fortement impacté. Les netsuke n’y échappèrent pas et une production de faible qualité, à destination de l’Occident, vit le jour.

L’image ci-dessous représente deux netsuke probablement issus de de cette production ou postérieurs à celle-ci.

Pour la petite histoire, j’ai acheté ces deux pièces alors que j’effleurais à peine l’art japonais. Ils n’ont quasiment aucune valeur mais à mes yeux, ils sont importants car ils marquent le début d’une aventure qui m’apporte chaque jour son lot de surprises.

Si vous souhaitez que j’approfondisse le sujet, n’hésitez pas à réagir en commentaires 😉

Crédit photos 1 à 5 : Metropolitan Museum of Art, New-York. Domaine public.

Le tour du monde de Shuwa-Shuwa book

Bonjour à tous,

Aujourd’hui nous allons nous promener un peu, qu’en dites-vous ? Cela vous rend « uki-uki[1] » ?

A l’occasion du défi « #shuwashuwabooktravels » que l’on peut retrouver sur Instagram, je suis partie avec mon chéri faire une virée à Bruxelles pour emmener mon exemplaire du désormais bien connu livre d’onomatopées « shuwa-shuwa[2] ».

Ce n’était donc pas une promenade « bura-bura[3] »

Tout d’abord, quel est ce défi ?

Le défi est de faire voyager le livre autour du monde et de le prendre en photo pour attester de ses escales. Il y a beaucoup de beaux endroits en Belgique mais j’ai trouvé que la fontaine du Manneken Pis était certainement un des endroits les plus emblématiques et, en tout cas, l’un des plus connus au niveau international.

En me renseignant sur le Maneken Pis pour pouvoir vous en parler un peu, je suis restée « anguri[4] » devant ma propre ignorance concernant ce monument national !

Pour commencer, la statue que nous pouvons admirer à Bruxelles, est en réalité une copie !

La vraie statue, datée de 1619-1620, se trouve dans le Musée de la ville de Bruxelles. Et cette statue est elle-même une deuxième version de la toute première dont on retrouve des mentions dans les textes administratifs dès 1451-1452.

Avec le temps, le Manneken Pis devint un symbole fort et il fut victime de son aura.

Au cours de son histoire, il a été volé et même cassé plusieurs fois. C’est pourquoi, après avoir été soigneusement restauré, décision a été prise de le mettre à l’abri dans le musée bruxellois.

De quoi se sentir à nouveau « nonbiri[5] » concernant sa longévité…

Du point de vue de sa fonction, on ne s’en doute plus aujourd’hui mais, initialement, il s’agissait d’une fontaine assurant la distribution d’eau potable. Ce n’est qu’en 1851 que la grille, toujours présente, en ferma l’accès et rendit la célèbre fontaine, uniquement décorative.

A propos de son apparence originale, la légende la plus répandue raconte que la fontaine représente un petit garçon qui aurait sauvé Bruxelles.

Comment ? Il aurait uriné sur la mèche d’une bombe posée par les ennemis. Ce faisant, il l’aurait éteinte et empêché l’incendie.

Quoi qu’il en soit, son aspect souligne un trait d’humour certain et qui a beaucoup plu, dès les origines.

Les Bruxellois y voient aussi un enfant irrévérencieux rempli d’un sentiment de liberté. La preuve qu’il plaît : on retrouve des copies de lui partout dans le monde !

D’ailleurs, saviez-vous qu’il existe plusieurs copies inspirées du Manneken Pis au rien qu’au Japon ?

En effet on retrouve le petit garçon satisfaisant son besoin pressant à Achinohe, Kobe, Kurume, Moriya, Nagoya, Odawara, Osaka et Tokyo.

Il existe aussi une version à se sentir « kura-kura[6] » dans la vallée d’Iya, dans la préfecture de Tokushima.

En effet cette statue se trouve à 200 mètres en surplomb de la falaise !

Ici, pas d’histoire de bombe éteinte, mais une représentation des enfants qui testaient leur courage en urinant au-dessus du précipice.  Il est vrai que ça doit être très impressionnant…

Pour terminer cet article, je voulais vous faire part d’une petite réflexion. Je me suis procuré le livre shuwa-shuwa car je suis passionnée par le Japon et sa langue, entre autres.

Il m’a d’ailleurs beaucoup plu et je suis ravie de vous le faire connaître. Je dois ajouter que grâce à lui et au défi « #shuwashuwabooktravels », j’en ai appris un peu plus sur ma propre culture et je trouve ça géant.

Comme quoi, ce livre est intéressant à plus d’un titre et il ne se limite pas à nous apprendre des onomatopées japonaises!

Et vous, vous connaissiez toutes ces anecdotes?

Jennifer pour WalloNihon


[1] Très heureux, d’excellente humeur

[2] Pétillant

[3] Se promener sans but précis

[4] Rester bouche bée / abasourdi sous le choc, la surprise

[5] Insouciant, décontracté

[6] Se sentir étourdi, avoir le vertige

Quand la Wallonie rencontre le Japon