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Centre Céramique : une fenêtre sur le Japon

Le 16 avril, l’équipe de WalloNihon, représentée par Jennifer, Frédéric et moi-même est partie à la découverte des collections du Centre Céramique ainsi que de la magnifique exposition de photos qui nous immergea dans l’univers des Geisha.

Notre visite commença par un voyage dans le temps, à une époque où le Japon exerçait une influence majeure dans les arts décoratifs, poussant les artistes et artisans européens à rivaliser d’ingéniosité pour imiter ou s’inspirer des créations de leurs homologues japonais dans un pays qui, isolé pendant près de deux siècles, s’ouvrait au monde. La restauration Meiji débutait…

Les plus grands producteurs de céramique de Maastricht œuvrèrent pendant près d’un siècle, de 1868 à 1965, à la fabrication de faïences puis de porcelaines marquées par ce Japonisme. Sous les enseignements de Monsieur Dijkman, conservateur du Centre Céramique, nous découvrîmes l’histoire de cette formidable aventure qui nous ramena également en Belgique…

En 1868, Petrus Regout (1801-1878) créa un service au nom évocateur, « JAPAN », ce qui traça la route qu’allait prendre la production de céramique à Maastricht. Ce service est très intéressant car je pense que l’on ressent bien l’influence japonaise au travers de la couleur rouge, une probable évocation du rouge kaki caractéristique de la porcelaine japonaise.

Nous poursuivîmes notre visite et nous pûmes mesurer l’étendue de cette collection. Ainsi, cette autre production de Petrus Regout porte le nom de « WAAYER », éventail. Ce dernier est très courant dans l’art japonais, qu’il soit utilisé comme motif décoratif ou pour sa forme. Ce n’était donc pas un hasard que celui-ci soit repris et réinterprété dans la production de Maastricht. D’autres motifs ont également été repris comme la grue, le pluvier ou encore le bambou.

Toutefois, dans l’art japonais, les motifs décoratifs sont rarement utilisés pour cette fonction propre. Ils possèdent une symbolique qui se voit renforcée par l’ajout de motifs à la symbolique identique. Néanmoins, la décoration de ces céramiques ignore cet aspect, se concentrant sur le côté esthétique.

La société de Petrus Regout fut rebaptisée « De Sphinx » en 1899, en référence à la marque apposée sur les pièces et figurant un sphinx couché. Toutefois, cette société ne fut pas la seule à explorer les décors japonais. D’autres se lancèrent également dans la production de faïences, de porcelaines et ce fut le cas de la Société Céramique, de Frederik Regout, de Mosa ou encore de la société De Sphinx/Société Céramique, résultat de la fusion entre ces deux fabricants en 1958.

Mais arrêtons-nous un instant sur le nom de la Société Céramique. Comme vous pouvez le constater, ce nom français n’est pas dû au hasard et témoigne du lien qui exista entre la Belgique et Maastricht durant les XIXe et XXe siècle. En effet, à l’origine, cette manufacture est l’héritière d’une autre fabrique fondée en 1851 par deux entrepreneurs belges : Nicolas Winand Clermont et Charles Chainaye sous le nom de « Clermont & Chainaye ».

D’autres liens virent le jour et au regard de la passion que je porte pour l’art et l’artisanat, je citerai la manufacture de Nimy dont le savoir-faire n’est plus à démontrer et qui fut rachetée par la Société Céramique en 1921.

Revenons à notre visite et bien que l’objectif ne soit pas de dresser un historique complet de cette production, progressons dans le temps pour observer ces pièces. Produites par la Société Céramique en 1914 et offrant un magnifique camaïeu bleu, ces pièces connues sous le nom de décor « NIPPON » offrent une décoration pour le moins incontournable dans la culture japonaise : la geisha. J’attire également votre attention sur les frises qui encadrent les différentes compositions. Celles-ci pourraient également être une inspiration de l’art japonais au travers des frises dites « Hanabishi » (花菱).

Terminons sur ces pièces produites à l’occasion des Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Vous les reconnaissez, n’est-ce pas ? Il s’agit bien du décor « NIPPON » repris sous le nom « SAYONARA » mais traité dans un camaïeu de brun. À l’image des athlètes qui firent leurs adieux à leurs hôtes japonais à la fin des Jeux Olympiques, ici s’achève cette première partie, témoignant d’une aventure qui dura près d’un siècle.

Mais il est encore trop tôt pour vous faire nos adieux. Entrons maintenant dans l’univers intimiste des Geisha au travers de l’exposition de Monsieur Paul van der Veer.

La dernière photo de l’exposition figure la Geiko Kikuyae qui, au terme de la cérémonie de l’Erikae (襟替え), passe du statut de maiko à celui de Geiko. Le terme « Erikae » peut être divisé en deux termes : Eri (襟), col et Kae, du verbe Kaeru (替える), changer. Il se traduit donc par le changement de col qui revêt une symbolique très forte dans laquelle la maiko délaisse le col rouge et prend le col blanc de Geiko. Aboutissement d’un long et difficile apprentissage, cette photo incarne cet accomplissement.

Source: Paul van der Veer

Ainsi, Paul Van der Veer nous plongea dans l’intimité de ces femmes qui évoluent dans l’Okiya (置屋) Hanafusa (花ふさ) de Miyagawachô (宮川町), l’un des cinq Hanamachi (花街) de Kyoto. Créé en 1751 en tant que lieu de rencontre pour les artistes locaux, Miyagawachô est situé près du théâtre Kabuki Minamiza et doit son nom à une coutume du festival de Gion consistant à laver les palanquins sacrés du sanctuaire de Yasaka dans la rivière Kamo.

C’est dans ce quartier qu’évoluent les Geisha de la maison Hanafusa. Le terme de Geisha (芸者) est lui aussi très intéressant et peut se décomposer de la façon suivante : Gei (芸), art et Sha (者), personne. En l’occurrence, il s’agit donc d’une personne liée à l’art, une artiste.

De ce fait, tout au long de l’exposition et sous les explications de Monsieur van der Veer, nous découvrîmes ces femmes versées dans la culture traditionnelle japonaise au travers de l’étude et de la maitrise de la danse, du chant, du shamisen, de la cérémonie du thé.

Cet article est également l’occasion d’insister sur un élément très important. Les Geisha ne sont en aucune manière des prostituées. Elles sont souvent confondues à tort avec les Oiran (花魁), les courtisanes de haut rang célèbres durant la période Edo. Cette confusion se rencontre encore très souvent dans la littérature ou l’image du XXe siècle, comme le prouve l’exemple ci-dessous.

Carte postale ancienne. Oiran, XXe siècle

La parcours d’une Geisha est strict et éprouvant. Pour devenir une maiko, la candidate doit quitter la maison familiale et s’installer dans l’Okiya où commence la préparation, Shikomi (仕込み) pendant un an. Durant cette période, elle doit obéir aux règles établies par l’Okiya, s’initier à la danse et apprendre le dialecte de Kyoto. Après cette période, elle devient une minarai (見習い) et durant cette phase d’environ un mois, elle assiste aux soirées avec ses ainées qu’elle observe et étudie. Vient ensuite le moment où elle devient une maiko et se lie officiellement à l’une de ses ainées qui l’accompagnera dans ce monde hors du commun.

Maiko Kikusana

Source: Paul van der Veer

Bien plus qu’une exposition, chaque photo dévoile sa part du quotidien d’un univers mystérieux qui suscite la fascination.

Mais sans entrer dans l’idéalisation, Paul Van der Veer capte la vie qui suit son cours dans les murs de l’Okiya Hanafusa et il nous la transmet telle qu’elle est, c’est-à-dire vivante, humaine. Tout au long de notre visite, nous avons ressenti la passion avec laquelle il a travaillé et cette passion transparaît également dans chacun de ses clichés.

Maiko Kikusana

Source: Paul van der Veer

Cet article touche à sa fin et pourrait encore faire couler beaucoup d’encre tant le contenu de cette visite était riche et intéressant mais nous vous invitons à découvrir par vous-même le Centre Céramique et cette exposition de photos.

Et bonne nouvelle, l’exposition a été prolongée jusqu’au 26 juin alors n’attendez plus. Toutes les informations se trouvent en fin d’article.

Nous tenons à remercier Monsieur Dijkman ainsi que Monsieur Paul van der Veer qui nous ont accompagnés lors de cette visite et sans lesquels cet article n’aurait pu voir le jour. Ils nous ont transmis des savoirs, des expériences d’une grande richesse que nous espérons, à notre tour, vous avoir transmis.

N’hésitez pas à consulter les liens ci-dessous pour de plus amples informations :

Le Doudou, ducasse rituelle de Mons

Durant le mois de février, je me suis rendue avec Sébastien et Frédéric à Mons. Nous avions rendez-vous pour rencontrer une gentille Japonaise qui nous avait contactés ainsi que son mari. Nous avons profité de cette occasion pour visiter la ville, prendre des photos et se faire un chouette restaurant entre nous (et ce fut vraiment délicieux).

Ayant grandi à Mons, j’ai voulu partager avec eux les lieux qui ont marqué mon enfance et mon adolescence. Ils m’ont alors accompagnée au beffroi, à mon ancienne école ainsi qu’au parc qui se trouve tout près où nous allions faire nos séances de sport en extérieur.

Nous avons également visité un monument très important pour la ville, la collégiale Sainte-Waudru. C’est dans cet édifice que je leur ai parlé du folklore montois auquel j’ai eu le bonheur de participer durant ma jeunesse lorsque je revêtais le costume de chanoinesse pour la procession annuelle des reliques de Sainte-Waudru.

Ils ne connaissaient pas du tout cet événement culturel qui est pourtant très ancré dans la vie montoise. C’est alors qu‘ils m’ont conseillée de vous en parler afin de partager cette coutume belge qui mérite d’être mieux connue. Dans le cadre de la mission de Wallonihon qui est de favoriser des échanges culturels entre Japonais et Belges, c’est effectivement très pertinent. Merci à eux pour la suggestion 😊

C’est devant ces œuvres que nous avons commencé à parler du doudou…

Photo personnelle

A l’avant-plan se trouve le « Car d’Or ». Il s’agit du char processionnel en bois sculpté, peint et doré qui a été réalisé à la fin du XVIIIe siècle dans le style Louis XVI. Notez qu’il est encore utilisé de nos jours ! Sa longévité étonnante s’explique par le fait qu’il a été restauré et renforcé.

A l’arrière-plan se trouve le tableau intitulé « Sainte-Waudru et ses filles rendant visite aux prisonniers » peint par Antoine Van Ysendyck (1801-1875). Sainte-Waudru y est représentée en abbesse, dans un costume de chœur du XVIe siècle, celui-là même dont s’inspirent les costumes de chanoinesses du XVIe siècle utilisé à l’heure actuelle lors de la procession.

Archives personnelles

Sur la photo, vous pouvez voir que j’ai eu la chance immense de porter ce costume, je l’ai même fait plusieurs années de suite. On y meurt de chaud sous la chaleur et le soleil de juin mais c’est un tel honneur que l’on supporte aisément l’inconfort 😉

Sainte-Waudru? Chanoinesses? De qui parlons-nous ?

La patronne de Mons, Waudru, naît en 612 d’une famille aristocratique près de Maubeuge. Elle épouse le comte Maldegaire et ensemble, ils ont 4 enfants. Une fois l’éducation des enfants menée à terme, les époux décident d’un commun accord de se séparer afin d’entrer dans la vie religieuse, chose qu’ils ont toujours tous deux désirée.

Waudru fonde alors une communauté religieuse féminine sur la colline de Castri Locus qui deviendra Mons dans les siècles suivants. Waudru est reconnue pour sa vie exemplaire et, après sa mort survenue en 688, la « vox populi » la déclare sainte, ce que l’Eglise confirmera en la canonisant en 1039.

A un moment imprécis de l’histoire, la communauté religieuse de Waudru se muera en monastère. La première mention écrite attestant ce fait « monasterium de Castri Locus » date de 833. Ce monastère était probablement soumis à la règle de Saint-Benoît mais il n’y a, là encore, aucune certitude.

Ce fait de vivre en respectant des règles religieuses, aussi appelées des « canons » donne le mot « chanoinesse » (canonicae). Les chanoinesses sont donc des femmes qui vivent selon des canons. La première mention connue de ce terme « chanoinesse » dans les textes a lieu en 1123.

A Mons, ces femmes nobles ont pour rôle, outre l’assiduité aux offices religieux, avant tout de veiller à la conservation des reliques de Sainte-Waudru et aider les pauvres dans le besoin. Les chanoinesses mènent une vie consacrée à Dieu mais ne prononcent cependant pas les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance que prononcent d’ordinaire tous les religieux et religieuses entrant dans un ordre. En effet, les chanoinesses restent libres de se marier et fonder une famille dès qu’elles ont atteint l’âge de 25 ans.

Vers 1450, c’est sous l’impulsion des chanoinesses qu’est érigée la fameuse collégiale Sainte-Waudru qui se dresse encore aujourd’hui dans la ville multiséculaire. C’est dans cet édifice qu’elles sont, depuis, ensevelies à leur trépas.

L’existence des chanoinesses a pris fin à la Révolution française qui a supprimé tous les chapitres ainsi que certaines congrégations religieuses. Les chapitres n’ont jamais été recréés ensuite mais les Montois gardent un certain attachement à leurs chanoinesses, spécialement celles des XVIe et XVIIIe siècle, toujours représentées lors de la procession du Car d’Or.

Mais tout ça ne nous explique pas ce qu’est le doudou, me direz-vous… J’y viens !

Origine:

La ducasse de Mons a lieu chaque année lors du week-end de la Trinité (57 jours après Pâques). On l’appelle également « doudou » en référence à un air musical abondamment joué durant ces festivités.

Cette fête a déjà une longue histoire vu que son origine remonte au Moyen Âge même si on ne connait pas avec exactitude la date de début. La première mention écrite connue qui atteste de son existence date de 1248.

Une croyance populaire veut que, frappée par la peste noire, la population s’est mise à prier Sainte-Waudru afin que la ville soit sauvée. Alors que la peste a effectivement disparu, il a été décidé de faire chaque année une procession en l’honneur de la Sainte. Cette croyance encore très répandue ne représente cependant pas la réalité historique.

En effet, la fameuse épidémie de peste noire a atteint l’Europe entre 1347 et 1352. On voit donc que les dates ne correspondent pas. Cela dit, et qu’importe ce qui a conduit à la naissance de cette tradition, les Montois y sont très attachés et y participent encore très massivement. Depuis 2005, la ducasse de Mons est reconnue comme chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Son nom officiel est dès lors « Le Doudou, ducasse rituelle de Mons. »

Déroulement:

La ducasse de Mons comporte 2 temps forts :

  • Le « jeu de Sainte-Waudru » qui commence le samedi de la Trinité et se poursuit le lendemain
  • Le « jeu de Saint-Georges qui combat le dragon », également appelé le « Lumeçon » qui se tient le dimanche
1. Le jeu de Sainte-Waudru :

Le samedi à 20h a lieu une cérémonie publique, en présence des femmes figurant les chanoinesses ainsi que des personnalités publiques de la Ville. On descend la châsse contenant les reliques de Sainte-Waudru qui se trouve habituellement suspendue au-dessus du chœur. Le doyen de la paroisse montoise prononce alors un discours remettant les reliques de Sainte-Waudru sous l’autorité du bourgmestre afin que celui-ci en assure la protection et la sécurité lors de la procession du lendemain.

(Crédit Photo : Grégory Mathelot – https://www.visitmons.be)
(Crédit Photo : Grégory Mathelot – https://www.visitmons.be)

Le dimanche à 9h30, un cortège historico-religieux se forme sur la place du chapitre afin de démarrer la procession. Ce cortège est composé d’environ 60 groupes, soit près de 1500 participants, représentant les personnages importants dans l’histoire de la ville! Vous pourrez trouver le détail de tous ces groupes via ce lien : https://www.processionducardor.be/group/

La châsse de Sainte-Waudru, posée sur le Car d’Or en queue de cortège est conduite à travers la ville et il y a alors une grande ferveur populaire. Notez que les Montois croient qu’un mouchoir frotté sur la châsse leur apportera la chance et la guérison des maladies.

Le périple à travers la ville s’achève avec la remontée du Car d’Or via la rampe Sainte-Waudru pour retourner à l’intérieur de la collégiale. La rampe Sainte-Waudru est une ruelle en pavés ayant une forte pente (20%) et le Car d’Or étant très lourd (estimé à 4 tonnes environ), il y a toujours un risque qu’il ne puisse pas la monter.

C’est pour cela, qu’en plus des 6 chevaux de trait, la foule s’amasse derrière pour l’aider à monter. La légende dit en effet que si le Car d’Or n’arrive pas en haut de la rampe Sainte-Waudru d’une seule traite, un grand malheur s’abattra sur la ville dans l’année. Le Car d’Or ne serait pas monté en 1914 et en 1940. Il n’est pas monté non plus en 2020 ni en 2021 (annulation causée par la pandémie du COVID-19).

2. Le jeu de Saint-Georges qui combat le dragon

Cette reconstitution du combat de saint Georges contre le dragon constitue l’apogée de la Ducasse de Mons. On l’appelle également « Lumeçon », mot qui désignait anciennement certains spectacles équestres en raison des mouvements circulaires des cavaliers.

Le lumeçon a lieu le dimanche de la Trinité sur la Grand-place de Mons. Le déroulé de ce combat ne doit rien au hasard, tous les éléments y sont très codifiés : les personnages représentés, les couleurs, les armes…

Point important : Saint-Georges n’évolue que dans le sens horlogique, symbolisant le chemin normal tandis que le dragon, porté par 11 hommes blancs et soutenu au niveau de la queue par 8 hommes de feuilles, ne tourne que dans le sens contraire. Avant de terrasser le dragon, Saint-Georges essaie d’abord, symboliquement, de le remettre dans le droit chemin en inversant sa course, sans succès. Autour de ces principaux protagonistes, 12 chinchins protègent Saint-Georges des 11 diables armés de vessies. Cybèle et Polyade aident également le héros et ses acolytes dans ce combat.

(Crédit image: http://www.orientalists.be)

D’un point de vue physique, les hommes blancs et les hommes de feuilles sont soumis à rude épreuve. De fait, outre le poids du dragon, ils doivent également récupérer régulièrement la queue de celui-ci, prise littéralement d’assaut par le public qui veut en arracher le crin. Le crin du dragon, noué tel un bracelet au poignet est en effet considéré comme un porte-bonheur.

(Crédit Photo : Grégory Mathelot – https://www.visitmons.be)
(Crédit photo : Belga et AFP – https://www.lalibre.be)

Les membres les plus prudents du public se contentent généralement d’inspecter le sable de l’arène après le combat à la recherche de ce fameux crin de dragon.

La fin des festivités…

Le dimanche suivant, la châsse de Sainte-Waudru est remontée au-dessus du chœur de la collégiale lors d’une cérémonie assez simple. Notons encore que depuis une vingtaine d’années, les enfants ont leur « petit lumeçon » ce même dimanche qui suit la ducasse.

Voilà chers amis, j’espère vous avoir appris quelque chose et surtout, j’espère vous avoir intéressés à ce folklore auquel je reste moi-même attachée bien que ne résidant plus à Mons. J’aurais pu fournir encore beaucoup plus de détails mais je craignais que cet article se transforme alors en véritable livre. Je vous invite cependant à poursuivre votre recherche d’informations si le cœur vous en dit…

Jennifer, pour Wallonihon

À la rencontre de Mizukawa Masashi

みずかわまさしさんに会う

Bonjour à toutes et tous, l’équipe de WalloNihon et moi-même sommes très fiers de vous présenter l’interview que Mizukawa Masashi, chanteur et compositeur nous a accordé.

皆さん、こんにちは。WalloNihonチームと私が、歌手であり作曲家であるみずかわまさしさんに行ったインタビューをご紹介します。

Plus qu’une interview, je vous invite à découvrir l’homme et l’artiste.

インタビューを通して、この人、このアーティストを発見してください。

W. Merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions. Nous aimerions que les membres de la communauté WalloNihon et plus largement le public belge vous découvre. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

W. 質問にお答えいただき、ありがとうございました。WalloNihonコミュニティのメンバー、そしてより広くベルギーの人々にあなたを発見してもらいたいと思います。一言で自己紹介をお願いします。

MM. Je suis Mizukawa Masashi, un chanteur/compositeur masculin du Japon. Je joue de la guitare, tantôt en la grattant, tantôt en la frottant, en tirant le meilleur parti du « son » que la guitare peut produire.

MM. 日本で活動してる男性シンガーソングライターのみずかわまさしと申します。時にはギターを叩いたり、さすったり、ギターから出せる「音」を最大限に駆使して弾き語ります。

W. Vous avez commencé la musique au lycée. Est-ce aussi à ce moment que vous avez commencé à écrire vos chansons ? Pourquoi avez-vous choisi la guitare ?

W. 高校時代から音楽を始めたそうですね。曲作りを始めたのもこの頃ですか?なぜギターを選んだのですか?

MM. J’ai commencé à écrire des chansons quand j’étais au lycée. À cette époque, la guitare acoustique était très populaire au Japon. J’ai été immédiatement fasciné par le son chaud et clair enveloppés dans une boîte en bois. Depuis lors, je suis obsédé par la coloration de ma musique à travers la guitare acoustique.

MM. 高校時代から曲作りを始めました。当時、日本ではアコースティックギターがとても流行していました。私も木の箱に包まれたアコースティックギターの、暖かみのある、透き通った音色にいち早く魅せられました。以来、今に至るまでアコースティックギターを通して私の音楽を彩ることにひたすらこだわり続けています。

W. Dans votre dernière chanson, vous parlez de l’histoire d’une Oiran. Pourquoi avez-vous choisi ce thème ? Plus largement, quelles sont vos sources d’inspirations ?

W. 最新の曲で、花魁の話をされていますね。なぜこのテーマを選んだのですか?インスピレーションの源は何ですか?

MM. L’inspiration pour cette chanson est venue d’un rêve que j’ai fait. Un jour, j’ai fait un rêve dans lequel le refrain de cette chanson était joué. Lorsque je me suis réveillé de mon rêve et que j’ai entendu la mélodie, j’ai eu le flash d’une courtisane dansant sur la scène. Plus tard, lorsque je me suis rendu dans une librairie d’occasion pour en savoir plus sur les courtisanes, je suis tombé sur une magnifique courtisane de la période Edo appelée « Komurasaki ». C’était ça ! J’étais convaincu que c’était la bonne et je n’ai pas hésité à en faire le personnage principal. J’ai écrit les paroles en me basant sur sa vie et son histoire d’amour. Cette chanson parle de son amour tragique et de la façon dont elle devient un démon.

MM. この曲のインスピレーションの源は、なんと私の見た「夢」なんです。ある日見た夢の中でこの曲のサビの部分が流れていました。私が夢から覚めて、このメロディを口ずさむと、舞台の上で踊る花魁がパッと閃いたのです。後日、古書店に出向き花魁について学んでいると「小紫」という江戸時代の美しい花魁に行き当たりました。私はこれだ!と確信し迷わず彼女を主人公にしました。そして彼女の半生と恋物語をモチーフに作詞作曲に至りました。この曲は悲恋に狂い、鬼と化す彼女を歌っています。

W. Vous avez donné de nombreux concerts au Japon. En 2016, j’ai lu que vous aviez organisé un mini-concert pour des enfants souffrant de troubles du développement. Qu’est-ce qui vous a poussé à mener ce projet ?

W. 日本では多くのコンサートを開催されていますね。2016年には、発達障害の子どもたちのためのミニコンサートを開催されたとのことですが、このプロジェクトを行うきっかけは何だったのでしょうか?

MM. Ce concert a été prévu non seulement pour les enfants souffrant de troubles du développement, mais aussi pour leurs parents. Le frère de ma femme est autiste et ma belle-mère m’avait dit combien il était difficile d’élever un enfant handicapé. Elle m’a dit qu’elle n’avait plus le temps d’apprécier la musique depuis longtemps, alors j’ai décidé d’organiser ce concert pour que les parents et leurs enfants puissent profiter de mes contes.

MM. このコンサートは、私の歌で発達障害のこども達のみでなく、その親の為に立案企画いたしました。実は妻の兄が自閉症で、私は義理の母から、障害のあるこどもの子育ての大変さを聴いていました。ずっと音楽を楽しむ余裕がなかったというエピソードを聴き、親子で私の弾き語りコンサートを楽しんでもらいたいと開催に至りました。

W. Comment imaginez-vous la suite de votre carrière ? Envisageriez-vous des concerts en Europe et en Belgique ?

W. ご自身のキャリアをどのように考えていらっしゃいますか?ヨーロッパ、ベルギーでのコンサートは考えていらっしゃいますか?

MM. Je crois, par expérience, que la musique peut transcender les frontières et toucher le cœur des gens, même si la langue est différente. Je crois aussi que les histoires en direct plaisent aux gens plus que toute autre forme de musique. C’est pourquoi j’aimerais me rendre dans le plus grand nombre d’endroits possible pour diffuser mes récits. En tant qu’artiste indépendant, je ne suis pas encore très connu au Japon. Je continuerai à faire de mon mieux pour faire connaître ma musique !

MM. 言語は違えど、音楽は国境を超えて、人の心に刺さると実体験より信じてます。また目の前で聴かせる生弾き語りがどの音楽より訴えると思います。そのため出来る限り、あらゆる場所に出向き、弾き語りを広げて行きたいと考えています。個人で活動している為、日本での知名度はまだまだです。これからも私の音楽を広めるべく頑張っていきます!

W. Y-a-t-il un message que vous aimeriez adresser à la Belgique ?

W. ベルギーに送りたいメッセージはありますか?

MM. La Belgique est une terre de gastronomie. Au Japon, elle est célèbre pour son chocolat, ses gaufres et sa bière. En particulier en ce qui concerne le chocolat, les produits belges sont désormais reconnus comme les « vrais » produits. J’aimerais beaucoup m’y rendre dans un avenir proche. La Belgique est un pays qui conserve les bonnes vieilles traditions et qui continue à se développer, je m’en sens donc proche. Personnellement, j’aimerais en savoir plus sur la Belgique, ses traditions et ses légendes qui ne figurent pas dans les guides. Enfin, j’espère que la musique de Mizukawa Masashi donnera aux Européens, notamment aux Belges, un avant-goût du Japon. Merci à tous pour votre soutien !

MM. 美食の国ベルギー。日本ではチョコレートやワッフル、ビールが有名です。特にチョコレートに関してはベルギー産が「本物」として認知されるに至ります。是非とも近い将来訪れてみたいです。ベルギーは古き良き伝統を守りつつ発展し続けている国で親近感があります。個人的にはガイドブックにはないレアなベルギーの新鮮な情報、また知られざるベルギーの伝統や伝説などを知りたいです。最後に、ヨーロッパ、特にベルギーの方にみずかわまさしの音楽から、少しでも日本を感じて頂けたらと思います。皆さん、応援よろしくお願いいたします!

L’équipe de WalloNihon vous remercie pour le temps que vous nous avez accordé. Nous remercions également Sanae san pour son aide et sans laquelle cet article n’aurait pas été possible.

WalloNihonチーム、お疲れ様でした。また、この記事はサナエさんの協力なしには成り立たなかったと感謝しています。

Si vous souhaitez en savoir plus sur Mizukawa Masashi, n’hésitez pas à suivre les liens ci-dessous / みずかわまさしさんのことをもっと知りたい方は、以下のリンクをご参照ください。

Vous pouvez également suivre Sanae san sur son compte Instagram : サナエさんのインスタグラムアカウントでもフォローできます : @shimashima9900

Atelier de fabrication de miso chez Nuu Miso

Bonjour à tous,

En octobre 2021, Ombline et moi avons eu la chance de participer au tout premier atelier de fabrication de miso organisé par Nuu Miso. Ce fut une très belle expérience gustative, l’accès à une multitude d’informations et surtout, une belle rencontre.

Nous avons été accueillies par Hiro san qui a eu à cœur de nous transmettre sa passion, ses connaissances et sa gentillesse.

Je vous présente Hiro san

Elle a commencé par nous expliquer comment est née l’aventure « Nuu Miso ».

Dans nos contrées, le seul miso qu’on peut trouver est importé du Japon, soit il est pasteurisé ou s’il ne l’est pas, il a subi un traitement ou un ajout d’additif qui stoppe la fermentation.

L’équipe de nuu miso a donc voulu retrouver le vrai bon miso traditionnel et vivant, d’abord par passion plus que pour le côté commercial. Ils souhaitent avant tout partager leur savoir-faire. Ils ont également fait le choix de n’utiliser que des ingrédients bio.

TOUT D’ABORD, QU’EST-CE QUE LE MISO ?

Le miso ( 味噌・みそ) est un aliment qui se présente sous forme de pâte fermentée, à haute teneur en protéines, de goût plus ou moins prononcé selon la fermentation et relativement salé.

Il y a trois grandes catégories de miso : le miso de riz (riz et soja), le miso d’orge (orge et soja) et le miso de soja (uniquement soja). Et il y a encore plusieurs sous catégories selon la région ou la durée de fermentation (blanc, rouge, jeune, mi-vieux, vieux, doux, brut, etc.). On peut également fabriquer du miso avec d’autres légumineuses telles que le pois chiche ou les lentilles.

La fabrication du Miso est un savoir-faire particulier : c’est une alimentation vivante, incluant des procédés qui évoluent selon les conditions de fabrication. Le miso est fermenté dans une pièce où il y a des fluctuations de température qui influencent le miso, lui-même étant composé de bactéries vivantes .

Anciennement au Japon, chaque foyer et chaque région avait sa propre recette de miso.

Particularité propre à nuu miso, les fûts de fermentation :

Traditionnellement, les fûts de Saké en bois étaient toujours recyclés par les ateliers de fabrication de shoyu ou miso. La vie du fût en bois durait environ 30 ans chez le fabriquant de saké, puis 100-150 ans dans les ateliers de miso ou de shoyu. Ainsi, les artisans pratiquaient le recyclage des fûts de bonne qualité.

Nuu miso fait renaître cette pratique traditionnelle avec des fûts de vin en bois : les fûts s’enrichiront de plus en plus de bonnes bactéries au fur et à mesure de leur utilisation, donnant un goût particulier au miso. Cela donne ainsi un miso unique, « travaillé » avec du vin européen !

PASSONS A LA FABRICATION…

PREMIERE ETAPE : LE KOJI

Préparer le miso n’est pas une mince affaire ! Il faut commencer par une étape très difficile mais importante : la préparation du koji. L’équipe de Nuu Miso doit le produire elle-même car on n’en trouve pas chez nous.

Le koji est du riz cuit à la vapeur puis ensemencé à l’aide du champignon microscopique Aspergillus oryzae qu’on ne trouve qu’au Japon. La fermentation du koji dure 3 jours et il faut respecter une procédure, une température et un niveau d’humidité précis.

Notons qu’il est possible de faire du koji avec d’autres plantes comme l’orge ou le soja…

Avant qu’on lui ajoute du sel pour stabiliser sa fermentation, le koji a un étonnant goût sucré qui m’a beaucoup plu personnellement.

Le koji est capital car il sert d’amorce à la fermentation du miso mais il a également beaucoup d’autres applications importantes telles que l’élaboration de l’amazaké (boisson de riz pas ou peu alcoolisée), le mirin, le shoyu (sauce soja) et bien sûr, le célèbre saké ! Il y a encore beaucoup d’autres possibilités gourmandes ! Le koji est donc vraiment fondamental dans la gastronomie japonaise.

Permettez-moi de faire une toute petite parenthèse sur le saké…   
Au Japon, le terme « Saké (酒) » désigne l’alcool au sens large. Ce que nous appelons « Saké » pour indiquer l’alcool issu de la fermentation du riz se nomme en réalité « Nihonshu (日本酒) » et il titre entre 14° et 17°.

Notons encore que le saké japonais (nihonshu) n’a absolument rien à voir avec le saké qui nous est proposé dans les restaurants chinois chez nous. Celui-ci est en réalité du « Baiju » (白酒 – alcool blanc), un alcool distillé qui titre entre 40° et 60°…
DEUXIEME ETAPE : LE SOJA

Maintenant que le koji est prêt, il faut préparer les fèves de soja… Après le trempage durant de longues heures vient le moment de les cuire. La durée de la cuisson est assez longue et dépend surtout des fèves utilisées, leur degré de déshydratation, etc. Le soja est cuit quand on peut l’écraser entre les doigts.

Après l’avoir égoutté et tant qu’il est chaud, il faut le réduire en purée. Pour nous aider, l’usage de mixers est vraiment bienvenue car la fève de soja, même correctement cuite est tout de même un peu résistante. On s’y met ensemble à tour de rôle…

TROISIEME ETAPE : L’ASSEMBLAGE

C’est maintenant l’heure de réunir les différents ingrédients. En plus du koji et du soja, il faut ajouter du sel dans des proportions très précises. La quantité de sel diffère en fonction du poids total du koji (et donc de son taux de sel déjà présent) et du soja (pesé à sec). Il faut également tenir compte de la durée de fermentation souhaitée, moyenne ou plus longue.

Ce sont vraiment des calculs savants pour déterminer le grammage exact de chaque ingrédient. Attention à ne pas oublier d’ajouter un peu de vieux miso pour faciliter et accélérer la fermentation.

Autre point important, chacun doit mettre la main à la pâte, littéralement. Ombline s’est prêtée à mon objectif pour la photo mais nous avons tous malaxé le mélange. Hiro san nous a expliqué que les bactéries présentes sur nos mains (lavées bien sûr) ont une influence notable sur le goût final du miso.

Ainsi, à recette rigoureusement identique, le goût final sera différent selon les personnes qui auront préparé le miso. Hiro san nous a encore dit que dans certains villages du Japon, traditionnellement, lors de la préparation annuelle du miso, il était très important que chacun des habitants participe à cette étape du processus.

Cette information culturelle ouvre sur une dimension communautaire du miso que je ne soupçonnais absolument pas. Cela m’a fait saisir encore plus l’importance du miso, pas seulement dans la cuisine, mais dans la culture japonaise en général et cela m’a beaucoup touchée.

Voici à quoi ressemble le miso à cette étape. Les grains de koji, parfaitement visibles à ce stade, disparaîtront pendant la fermentation
QUATRIEME ETAPE : LA FERMENTATION

Une fois que la préparation a bien été mélangée et malaxée par chaque personne, il faut mettre le tout nouveau miso dans un récipient pour qu’il puisse reposer et fermenter. Lorsque l’on goûte le miso à cette étape, il est extrêmement salé mais bien entendu, son goût va s’affiner avec le temps.

Hiro san nous met en garde au moment de mettre le miso dans le récipient (désinfecté au saké): le miso n’aime pas l’oxygène ! Il faut à tout prix faire en sorte de bien tasser des boulettes de miso progressivement avec le poing afin d’éviter toute bulle d’air à l’intérieur du pot.

Quand le récipient est bien rempli, on ajoute une bonne couverture de sel par-dessus le miso pour le protéger et on ferme avec le couvercle. Ensuite on le place dans un endroit à température ambiante et on n’y touche pas.

Après 4 mois, il faut enlever la couche de sel et retourner le miso dans sa boîte puis on le laisse à nouveau reposer pendant encore au moins 4 mois. A l’issue de ces longs mois d’affinage, le miso est prêt et peut offrir son goût délicieux et ses bienfaits. Pour stopper la fermentation quand il est « à point », il convient alors de le mettre au frigo.

A l’heure où j’écris ces lignes, mon miso n’a pas encore 4 mois et je ne peux donc pas vous montrer mais je ferai une mise à jour à ce moment-là. Rendez-vous en février 2022 😉

UPDATE: Nous voici en février 2022, mon miso a maintenant 4 mois et je l’ai retourné, comme prévu.

Voici ce que j’ai pu observer en retournant mon miso:

  • La couleur a évolué et il est devenu un peu plus « doré »
  • Le koji est encore visible mais est déjà plus discret par rapport au moment de la fabrication
  • La consistance fait penser à une crème très épaisse et compacte
  • Le miso a une bonne odeur
  • Il a déjà un bon goût même si on sent qu’il est encore trop jeune

Ce miso promet d’être fantastique et j’ai hâte qu’il arrive à maturité ! Je vous donne maintenant rendez-vous entre juin et août 2022 pour voir comment mon miso aura évolué.

Petit aparté :
Après une très longue fermentation, un liquide apparaîtra en plus du miso, ce liquide c’est le tamari. Ce tamari ressemble à s’y méprendre à la célèbre sauce soja (shoyu en japonais) mais quelle est la différence entre les deux ? 

Le shoyu, bien que largement utilisé au Japon, est d’origine chinoise et contient du blé pour adoucir son goût. Le tamari, lui, est un produit d’origine purement japonaise et possède un goût plus riche mais contient également plus de sel. Notons qu'il a l’avantage d’être sans gluten et donc, sans danger pour les intolérants.
CINQUIEME ET DERNIERE ETAPE : LA DEGUSTATION

Hiro san nous a préparé une délicieuse soupe miso avec du bouillon dashi, des haricots de soja, de la patate douce, des champignons et bien entendu… du miso ! Pour cette soupe, elle nous a fait découvrir le miso de pois chiche et c’était vraiment délicieux.

Pour accompagner, nous avions du riz avec du kurumi miso, un condiment à base de miso sucré aux noix, c’était d’une gourmandise incroyable, j’ai adoré !

Bien entendu, le miso de soja est lui aussi à tomber par terre ! J’en ai d’ailleurs acheté un peu pour pouvoir déjà en profiter en attendant que mon bébé miso s’épanouisse… Je ne me vois plus acheter du miso dans le commerce, tant le miso de chez Nuu Miso est sans comparaison. J’en bave rien que d’y penser hi hi hi

D’un point de vue cuisine, sachez que le miso peut remplacer avantageusement le sel ! Il apporte un goût plus complexe, plus riche. On peut par exemple donner du caractère à une sauce bolognaise en ajoutant du miso dedans. N’hésitez pas à faire des expériences !

POUR ALLER PLUS LOIN…

Le miso vivant a beaucoup de bienfaits pour la santé physique : il contient beaucoup d’acides aminés, vitamines, et minéraux. Par la richesse des bactéries qu’il contient, il renforce la flore intestinale.

Les études au Japon ont déjà montré que les personnes qui mangeaient du miso tous les jours avaient moins de chance d’être atteintes de maladies comme : cancer, hypertension, artériosclérose, ulcère gastro-duodénal, de l’estomac, etc. Il a un effet antioxydant, donc anti-vieillissement, qui va renforcer le système immunitaire.

Le miso de Nuu miso est bon pour le côté social et environnemental : « Nuu miso contribue aux circuits courts en privilégiant les matières premières locales et issues de l’agriculture biologique (notre soja bio est cultivé en Belgique). Nous sommes très sensibles à l’économie durable et à l’écologie, qui sont aussi à la base de notre projet : sensibiliser en proposant une solution concrète. En plus, dans la fabrication de miso, il n’y a (quasiment) aucun déchet ! »

Pour en découvrir plus, je vous invite à visiter…

Gochisousama deshita!

ACER JAPONICUM, une belle découverte

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je viens avec un livre que j’ai vraiment adoré. Je l’ai lu d’une seule traite tant il m’a captivée immédiatement, ce qui ne m’était plus arrivé depuis longtemps !

Ce livre, c’est « Acer Japonicum » d’Aurélien Gouttenoire. L’auteur a d’ailleurs eu la gentillesse de m’accorder une interview que vous retrouverez à la fin de l’article. Pour être transparente avec vous, j’ai reçu ce livre gratuitement de la part de Books On Demand, la solution d’autoédition qui a également imprimé cet ouvrage.

Venons-en au livre proprement dit et voici le résumé que vous trouverez sur la quatrième de couverture :

« Sous les feuilles rousses du Soleil-Levant, il y avait deux hommes. L’un, français, charmé par la société nipponne et son intimité ombreuse, condamné au sort de l’étranger à l’étranger. L’autre, japonais, prodige de l’ikebana aux amours interdites, prisonnier des mœurs de son pays. Cette histoire est celle d’une rencontre : celle de deux peuples que tout oppose ; celle de deux apatrides que tout unit. »

Ce résumé, pour ne pas me gâcher la surprise, j’avais décidé de ne pas le lire au préalable ! Je voulais découvrir le roman sans aucune idée de ce dont il parlait. Les seuls indices venaient donc du titre et de la photo de couverture, « Acer » étant le nom botanique de l’érable et « Japonicum » faisant référence au Japon de façon évidente.

Etant donné que j’aime les végétaux en général et donc, les érables du Japon, que je suis passionnée par le Japon (je suppose que vous l’aviez deviné), j’imaginais bien que ça pourrait me plaire. Mais, si le cadre de l’histoire se déroule bien au Japon lors de la magnifique saison de l’automne, j’étais à mille lieues de deviner ce que le protagoniste principal (qui n’est pas nommé mais que nous appellerons « Watashi ») allait raconter au fil des pages !

Notre personnage, « Watashi », est un expatrié français vivant au Japon dans une solitude pesante. C’est alors qu’il décide de trouver une activité qui lui permettrait de rencontrer des personnes. C’est de cette manière qu’il découvre l’ikebana, cet art japonais fondé sur la composition florale. Là, parmi les élèves, exclusivement féminines, il y a un seul autre homme, un Japonais aux abords peu amicaux et pourtant, véritable prodige dans cet art traditionnel. Voilà le point de départ du bouleversement qui va suivre…

Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus sur cette histoire, je ne voudrais pas vous gâcher la découverte. Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que j’ai d’abord été captivée par l’ambiance poétique dès la première page. Ensuite j’ai été retenue par la narration réaliste, ni idéalisant, ni diabolisant la culture japonaise mais étant empreinte d’une forme d’honnêteté et de clairvoyance à ce sujet.

Quand est arrivé le tournant de l’histoire, passée la surprise, d’autant plus grande que je n’avais rien vu venir me l’annonçant, je n’ai pas pu me détacher des pages tant je voulais connaître la suite. J’étais dans une forme de compassion pour les personnages, oscillant entre inquiétude et soulagement. J’ai été tenue en haleine de cette manière jusqu’à la toute dernière page qui a confirmé que j’aimais vraiment ce livre !

Qui est Aurélien Gouttenoire ?

Voici ce que nous pouvons découvrir de lui en lisant la quatrième de couverture :

« Aurélien Gouttenoire est un auteur français, né en 1996. Passionné de botanique et d’anthropologie, c’est d’abord adolescent, par la création de courts métrages d’animation, qu’il donne vie à son imagination. Puis, à vingt-et-un ans, l’envie de prendre la plume germe en secret. De ce travail naît « Acer japonicum », premier roman issu de sa fascination pour le Japon. Désormais, son souhait est de continuer à écrire, de confectionner un jardin littéraire dont chaque serre, chaque récit, s’enracinerait toujours plus profondément dans la nature humaine, se nourrirait de nos errances, de nos fantasmes, de nos désillusions pour croître vers un horizon qui nous échappe et nous dépasse. »

Souhaitant le connaître un peu plus et pour mieux comprendre son travail, ses inspirations et son parcours, j’ai rédigé une interview et monsieur Gouttenoire a gentiment pris le temps de me répondre.

Je vous retransmets cette interview, dans son intégralité :

(Attention, il y a un spoiler dans l’interview)

JEN : Bonjour, Tout d’abord félicitations pour ce très beau roman que j’ai lu d’une traite tant il m’a captivée ! Je voudrais vous poser quelques questions pour compléter l’article que j’écris concernant votre livre si vous le voulez bien…

Aurélien GOUTTENOIRE : (C’est surtout moi qui vous remercie d’avoir pris le temps de lire mon travail, et encore plus de vouloir écrire un article dessus ! Je suis vraiment heureux qu’il vous ait plu en tout cas, surtout que j’ai remarqué que vous étiez passionnée par le Japon. Je craignais un peu d’avoir mal retranscrit l’archipel ou de lui avoir donné une vision trop personnelle.)

JEN : Ecrire un roman, cela n’est pas donné à tout le monde… Comment cette idée vous est-elle venue ? Avez-vous rencontré des difficultés dans le parcours ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Depuis que je suis enfant, j’ai beaucoup d’histoires qui me viennent spontanément à l’esprit (comme tous les enfants, non ?). Alors, quand j’ai découvert, vers mes onze ans, un site internet qui permettait de créer ses propres dessins animés, ç’a été le Saint Graal. J’y ai passé le plus clair de mon temps, au point de délaisser les devoirs une fois rentré de l’école. On était très loin d’un Pixar, mais certains internautes parvenaient à réaliser de véritables bijoux. Ces courts et moyens-métrages ont été ma cour de récréation jusqu’à mes vingt-et-un ans. Puis, lorsque l’histoire derrière Acer japonicum a commencé à prendre forme, j’ai eu le sentiment que l’animation ne serait pas un support adapté. Elle appelait un regard et une voix différents, une manière de retranscrire les émotions contrastées du personnage principal, et surtout, ses réflexions sur la société nipponne. Je ne sais ni peindre, ni chanter, ni sculpter, ni danser, alors, faute de mieux, je me suis essayé à l’écriture.

Je ne vous cache pas que mes premiers essais ont été chaotiques. Je ne suis pas un homme de lettres ; lorsque j’ai commencé à écrire, je me suis dit : « bon, tu vas faire un travail littéraire, il va donc falloir utiliser des mots très très littéraires, pour que ça fasse très très intelligent ». Je rédigeais les phrases telles qu’elles me venaient, puis, avec un dictionnaire de synonymes, je remplaçais tous les mots un brin trop simples par des équivalents archi-soutenus. J’obtenais ainsi un texte illisible au possible, prêt à imploser, et dont je ne comprenais plus rien. Un jour, il m’a bien fallu admettre que je n’allais nulle part ainsi, et le manuscrit a fini à la poubelle. J’ai recommencé depuis zéro, rebalancé à la poubelle, re-recommencé, re-rebalancé… jusqu’à trouver ce qui me semblait être la juste note. Vous l’aurez compris, ce projet était loin d’être une entreprise facile et il m’a fallu trois ans pour aboutir à quelque chose d’un minimum convenable.

JEN : Où avez-vous trouvé l’inspiration pour votre livre ? Vous êtes-vous inspiré de faits réels ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Le déclic a été la projection au cinéma du film Call me by your name, tiré du roman d’André Aciman. J’ai été subjugué par la manière dont cette romance était imprégnée de culture méditerranéenne, avec cette chaleur estivale étouffante, l’ombre des oliviers et le chant des cigales. En rentrant chez moi, je me souviens m’être demandé « qu’est-ce que ça donnerait, une histoire comme celle-là, mais imprégnée de culture japonaise ? ». De cette interrogation, une intrigue a commencé à prendre forme, avant de devenir le roman qui nous occupe ici.

S’agissant de l’inspiration de faits réels, je répondrais non et oui. Non, car l’histoire constitue véritablement une fiction (qui flirte avec l’autofiction). Je tenais d’ailleurs à ce qu’elle soit déconnectée d’unités de lieu et de temps précises, afin de me focaliser le plus possible sur les personnages et extraire leur part d’universalité et d’intemporalité. C’est pour cela qu’ils évoluent au sein de villes fictives (comme Kumigawa ou Yugatari), afin qu’elles représentent le Japon sous une forme condensée, comme des boules à neige. Cela étant, je me suis tout de même inspiré de fragments de faits réels que j’ai vécus lors de mes quelques échappées là-bas. Certains lieux visités par les personnages existent bel et bien, même s’ils ne sont pas clairement identifiés. Ils sont des devinettes pour les lecteurs…

JEN : Un sujet tel que l’homosexualité n’est pas si banal en littérature, qu’est-ce qui vous a motivé à choisir d’en parler ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Même si le rapport à l’homosexualité tend à s’améliorer en Europe de l’Ouest, notamment au sein des nouvelles générations, il reste difficile de trouver des productions (livres, films, séries etc.) qui abordent le sujet dans toute sa complexité. J’ai le sentiment qu’elles se partagent en deux groupes. Il y a celles qui occultent très largement, voire complètement, le mal-être que peuvent ressentir les personnes non-hétérosexuelles lorsqu’elles subissent l’opprobre de la société. Je pense par exemple aux livres ou mangas écrits par le genre opposé pour le genre opposé, dans lesquels les personnages évoluent au sein d’univers où l’homosexualité est la norme. Bien que cela parte d’un bon sentiment, on sous-estime les dommages collatéraux qu’ils peuvent causer, notamment pour les plus jeunes.

De l’autre côté, il y a les œuvres où l’orientation sexuelle des personnages constitue une forme de malédiction qui ne pourra déboucher que sur des amours impossibles, des maladies incurables et, finalement, la mort. Je ne dis pas qu’il faut proscrire ces œuvres, loin de là : elles constituent pour beaucoup des témoignages précieux qui ne doivent jamais être oubliés. On ne pourrait pas traiter de l’épidémie du SIDA, par exemple, en prétextant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais en l’absence de récits plus optimistes pour contrebalancer, il me semble qu’on entretient une forme de cercle vicieux qui a nécessairement une incidence sur le regard qu’un individu porte sur lui-même et sur les relations affectives qu’il entretient. La culture et l’éducation ont un rôle primordial à jouer ici. J’ai donc voulu écrire un livre que j’aurais souhaité lire, en m’efforçant de lui attacher un message le plus équilibré possible : ni trop défaitiste, ni trop tendre. Enfin, je souhaitais que ce sujet constitue une porte d’entrée vers une réflexion plus large, à la fois sur notre rapport à l’imaginaire culturel, et sur notre condition humaine.

JEN : Parlons du cadre de l’histoire, le Japon… En vous lisant, on s’y croirait ! D’où vous viennent cet amour et cette connaissance de l’Archipel ? Y avez-vous vous-mêmes séjourné ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Tout d’abord, merci beaucoup ! Je suis ravi que le roman apporte un peu de dépaysement. Au même titre que le personnage principal, à l’origine, j’ai entrevu le Japon par le prisme des mangas et des anime, à commencer par Naruto. Je doutais néanmoins que les Japonais courent sur les toits et crachent des boules de feu (encore que…). A mesure que je me suis intéressé au pays qui se dissimulait derrière, j’y ai découvert toute une société fascinante, raffinée et terriblement complexe. Pour une personne qui, comme moi, a besoin d’analyser et comprendre l’être humain dans toute sa diversité, le Japon se présentait comme un vaste terrain de jeu. Je suis bien loin d’avoir appréhendé l’archipel entier, mais je m’efforce de le déconstruire pièce par pièce, afin d’en avoir une compréhension la plus fine possible.

J’ai eu la chance, il y a six ans, de pouvoir y trouver un boulot d’été et d’être hébergé par une famille d’accueil, ce qui m’a permis de côtoyer ce Japon authentique. Je n’y suis jamais allé à l’automne cependant ; vous aurez deviné, pour avoir lu Acer japonicum, que c’est l’un de mes rêves !

JEN : Avez-vous pratiqué vous-même l’Ikebana dont il est tant question ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Au risque de vous décevoir, je ne m’y suis essayé qu’une seule fois ! En réalité, dans sa toute première version, l’histoire n’avait pas l’ikebana comme cadre principal. Il n’intervenait que plus tard : à mesure que le personnage français s’intéressait à Ryûji, le protagoniste japonais, il apprenait que celui-ci était un compositeur chevronné. L’atelier d’ikebana devenait une sorte de jardin secret dans lequel s’introduisait le personnage principal, de la même manière qu’il s’immisçait dans l’intimité nipponne. Finalement, j’ai trouvé intéressant de me focaliser davantage sur cette discipline, comme un point de repère dans ce récit où l’espace et le temps se défilent.

C’est dans ce contexte que je me suis aventuré dans un atelier d’ikebana, non pas au Japon, mais en Italie, car j’y vivais à ce moment-là. Ma première composition a été un désastre (elle m’a d’ailleurs inspiré un passage du roman). J’étais motivé à persévérer, mais les frais d’inscription étaient complètement prohibitifs. Je rassure néanmoins les lecteurs : certains ateliers sont bien plus abordables. Du reste, pour l’écriture de l’histoire, je me suis inspiré de ressources et d’images publiées en ligne.

JEN : Concernant l’édition de votre livre, pourquoi avoir choisi l’autoédition ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Comme j’évoquais un peu avant, je ne suis pas un grand connaisseur du monde littéraire. J’imaginais qu’un roman devait nécessairement être retenu par une maison d’édition pour pouvoir exister. J’avais donc envoyé le manuscrit à quelques maisons dont la ligne éditoriale était susceptible de correspondre. Nous étions toutefois au sortir des périodes de confinement et les Français, calfeutrés chez eux, s’étaient mis à écrire en masse. Le raz-de-marée a été tel que certaines grandes maisons ont dû fermer leur service des manuscrits. Je ne me faisais pas d’illusion et, resté sans réponse durant plusieurs mois, j’ai cherché une alternative.

C’est à ce moment-là que j’ai découvert le monde de l’autoédition. Une fois encore, j’y voyais plutôt un lot de consolation pour espérer toucher deux ou trois lecteurs. Sur les conseils d’un proche, j’ai toutefois décidé de faire de la promotion sur les réseaux sociaux, ce qui m’a permis de gagner rapidement en notoriété. Bien utilisées, ces plateformes permettent de court-circuiter les intermédiaires habituels de l’écosystème littéraire. Je suis bien entendu loin d’avoir constitué un lectorat de trois cent mille personnes, mais je ne pensais pas toucher autant de monde en un mois et demi de publication. Je reste également titulaire des droits d’auteur sur mon roman, ce qui me permet de garder la main sur sa diffusion.

JEN : Prévoyez-vous d’écrire encore un autre livre ou même plusieurs ? Si oui, avez-vous déjà une idée de la trame principale ?

Aurélien GOUTTENOIRE : J’ai en effet de nombreuses histoires en tête qui ne demanderaient qu’à prendre vie ! Elles partageraient toutes deux points communs.

Sur la forme, elles auraient chacune un végétal en guise de symbole, au même titre que l’érable du Japon représente (littéralement) Acer japonicum. Mon intention est de constituer une sorte de jardin botanique où derrière chaque plante, chaque étiquette, s’épanouirait un récit.

Sur le fond, elles s’attacheraient à questionner notre imaginaire collectif. Il s’agit d’un thème qui me passionne et que j’aimerais appréhender sous toutes ses coutures.

Parmi toutes ces idées, il y en a une qui me tient particulièrement à cœur, car elle aborderait ce sujet de manière assez frontale. Je crains néanmoins que ce soit le genre de livre qu’on ne peut écrire qu’à soixante ou septante ans, avec le recul d’une vie. Mais, qui sait ?

JEN : Avez-vous envie d’ajouter quelque chose ?

Aurélien GOUTTENOIRE : Je souhaiterais vous remercier une fois encore pour l’intérêt que vous portez à Acer japonicum et pour l’article que vous vous apprêtez à écrire. La communauté Wallonihon a l’air très sympathique ; si je n’habitais pas aussi loin, je vous aurais rejoints avec plaisir !

Enfin, pour les personnes curieuses d’en savoir plus sur mon travail, je les invite à consulter mon site internet : www.aurelien-gouttenoire.com

Vous pourrez également retrouver Aurélien Gouttenoire sur

Facebook: Aurélien Gouttenoire

Instagram: Aurélien Gouttenoire

Fiche technique du livre :

Titre : Acer Japonicum

Auteur : Aurélien Gouttenoire

Editions : BoD, Books On Demand

Date de parution : Septembre 2021

ISBN : 9782322396931

Nombre de pages : 168

Démonstration de kimono au Japan Film Festival in Brussels

Konnichiwa,
Il est temps de vous parler de ce que nous avons découvert avec beaucoup de plaisir lors des activités culturelles organisées autour du Japan Film Festival in Brussels.


Il y a beaucoup de choses à dire et c’est pourquoi nous avons pris la décision, Sébastien et moi, pour ces articles à 4 mains, de vous présenter une activité à la fois.

Pour commencer, celle pour laquelle nous avons fait le déplacement : la démonstration de Kimono avec Madame Hiromi Fujiwara avec l’aide du CISM.be. Vous trouverez toutes les données de contact à la fin de l’article.

Une chose est sûre, on n’a pas du tout regretté d’être venus ! Cette démonstration de kimono était vraiment instructive et intéressante, sans parler de la beauté des tissus…


Je tiens à souligner que les Japonaises venues donner les explications, pendant que madame Hiromi s’affairait, ont fait l’effort de présenter à la fois en français et en néerlandais. Cela m’a beaucoup touché car cela démontrait une volonté de rendre l’art de porter le kimono accessible au plus grand nombre !


Sans plus attendre, voyons ensemble quelques informations générales si vous le voulez bien…


Tout d’abord, le mot « kimono » signifie « quelque chose que l’on porte [sur soi] » et désigne un vêtement en forme de T avec des manches tombantes que l’on noue à la taille au moyen d’une ceinture « Obi ».

Historiquement, l’étude du terme de « kimono » est très intéressante. En effet, Madame Nagasaki Iwao, dans l’Introduction du livre intitulé « Kimonos » et paru aux éditions « La bibliothèque des Arts » en 2015, nous dit ceci : « Le terme « kimono » apparait pour la première fois dans les sources documentaires du XIIIe siècle.

Il se réfère alors à l’habillement en général, plutôt qu’à un type particulier de vêtement. Pendant la période Momoyama, le mot figure dans les rapports des missionnaires portugais pour décrire la forme et l’apparence spécifique, suggérant qu’à ce moment-là, le kimono était devenu synonyme de « Kosode ».

Mais qu’est-ce qu’un « Kosode » (小袖) ? Il s’agit d’un terme générique qui désigne tous les vêtements longs fabriqués avant l’ère Meiji (1868-1912) et qui signifie littéralement « petites manches », renvoyant aux ouvertures relativement étroites pour le passage des mains et des bras. De ce fait, il ne fait pas référence à la longueur de celles-ci.

Son emploi remonte à la période Heian et était porté par l’aristocratie comme vêtement de dessous. La mode vestimentaire évolua au fil du temps et le « kosode » incarna le reflet des changements politiques d’une société en mouvement pour devenir petit à petit le principal vêtement extérieur utilisé dans toutes les couches de la société à partir du XVIe siècle.

Comme l’auteure de l’extrait le souligne, on assiste à un glissement de signification entre les termes de « Kosode » et de « Kimono ». Elle poursuit en précisant « Mais c’est véritablement au cours de la période Edo que l’emploi de ce dernier se généralisa ». Au vu de ces informations, il existe donc une filiation directe entre ces deux notions.

Autrefois vêtement quotidien des Japonais, il n’est plus porté, malheureusement, que pour les occasions, les fêtes, les moments solennels, etc. C’est pourquoi, c’est si important de le (re)découvrir !

Bon à savoir…

Précisons que, contrairement à notre habitude occidentale, le mot kimono ne doit pas être confondu avec le nom des vêtements utilisés pour les arts martiaux (judôgi, karategi,…).

Il est important de savoir qu’il faut impérativement mettre le pan de tissu gauche par-dessus le droit ! Le contraire est réservé aux personnes défuntes…

Kimono ou Yukata?

N’étant pas habitués, nous, Occidentaux, pourrions facilement confondre le kimono et le yukata qui sont pourtant bien différents !

Le kimono est fait dans un tissu précieux, généralement de la soie et richement décoré. Il se porte obligatoirement par-dessus un sous-vêtement nommé « nagajuban » qui a pour mission de protéger le kimono de la transpiration entre autres.

D’ailleurs, on l’aperçoit au niveau du col, c’est la doublure blanche sous le beau tissu du kimono.

Avec le kimono, on porte également des tabi blanches (chaussettes avec une séparation entre le gros orteil et les autres) et des geta (sandales en bois avec une lanière passant entre le gros orteil et les autres). Le kimono est porté pour des occasions formelles.

Le yukata, en revanche, est un vêtement décontracté, généralement en coton qui se porte sans « nagajuban » ; les tabi ne sont pas obligatoires.

Pour encore un peu corser l’histoire, sachez qu’il y a plusieurs sortes de kimono mais nous n’allons pas toutes les détailler ici. Retenons déjà celles-ci :

  • Kurotomesode : kimono noir avec des motifs uniquement sous la taille, réservé aux femmes mariées. Utilisé pour les occasions très formelles.
  • Tomesode : Kimono d’une autre couleur que le noir avec des motifs uniquement sous la taille, réservé aux femmes mariées. Utilisé pour les occasions formelles
  • Furisode : Kimono aux motifs plus colorés, ayant de plus longues manches, réservé aux femmes célibataires et jeunes (avant la trentaine). Utilisé pour les occasions formelles
A gauche : yukata – A droite : kimono furisode

Arrêtons-nous un instant sur les motifs décoratifs. Reconnaissez-vous la fleur ci-dessous ? Il s’agit de l’espèce considérée comme la reine des fleurs, la pivoine, « Botan » (牡丹).

Emblématique du printemps, ces pétales créent une impression de grande dignité et de prospérité.

C’est bien beau tout ça mais comment le porte-t-on, ce kimono ?

Grâce à Hiromi-san et ses amies du CISM.be, on a vu à quel point c’est technique et précis de revêtir un kimono. Voyez plutôt :

Notez le Kurotomesode porté par Hiromi-san

Elles nous ont expliqué que la silhouette idéale pour que le kimono tombe bien est une silhouette cylindrique.

Pour cette raison, on attache des essuies à la taille de cette jeune dame pour combler le creux naturel à ce niveau. On utilise des cordons pour bien les fixer, il ne faudrait pas qu’ils tombent !

A l’étape suivante, on ferme le nagajuban en prenant bien soin de croiser le pan gauche au-dessus du droit. On utilise de longues et fines bandes de tissu pour bien le fermer.

Il est temps de mettre le kimono proprement dit. Notons que le tissu est trop long et arrive au sol. C’est tout à fait normal, cela permet d’ajuster le vêtement à la hauteur de la personne qui le porte.

Pour se faire, on utilise de nouveau de longues bandes de tissus, deux pour être exact. Une par-dessous pour ajuster la hauteur et une par-dessus pour bien maintenir le tissu et que le tout ne s’ouvre pas.

Remarquons les très belles fleurs de cerisier qui ornent ce kimono.

Du fait de sa durée de vie éphémère, elle est souvent comparée aux samouraïs qui étaient prêts à mettre leur vie en péril pour leur maître, ce qui en fait donc un important symbole de loyauté.

Dans les représentations artistiques, les fleurs de sakura ressemblent à s’y méprendre aux fleurs de prunier mais la différence la plus facilement reconnaissable est que la fleur de cerisier présente un léger retrait au centre de chaque pétale, tandis que les pétales de la fleur de prunier sont parfaitement ronds. Maintenant, vous ne pourrez plus vous tromper 😉

Reprenons notre premier mannequin pour voir la dernière étape de l’habillage avec le kimono : la mise en place de la ceinture obi et de son noeud à l’arrière.

On utilise un obi-makura, petit coussin (ici en vert pâle) afin de donner du volume au noeud de l’obi et aider à le maintenir. On termine en nouant l’obijime (dans les mains de Hiromi-san), un cordon décoratif en soie. Il termine joliment la tenue et maintient en place l’obi.

Voici le noeud de l’obi terminé. C’est beau n’est-ce pas?

Pour aller plus loin…

Il faut beaucoup de savoir-faire pour réussir à bien mettre en place le kimono et nouer joliment l’obi.

Hiromi-san donne d’ailleurs des cours pour enseigner cela et se fait un plaisir de partager ainsi sa culture. Qui parmi vous voudrait assister à l’un de ces cours ?

Si vous êtes intéressé(e)s par le sujet des kimono, voici quelques liens pour pouvoir prendre contact avec Hiromi-San ou ses amies du CISM.be:

Instagram de Madame Himori: https://www.instagram.com/kimono_madamehiromi/?hl=fr

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Les livres japonais anciens

Bonjour tout le monde, je suis très heureux de vous retrouver pour cet article destiné aux livres anciens japonais.

Plusieurs d’entre vous m’ont fourni des observations très pertinentes mais un livre a tellement d’autres secrets à livrer… C’est ce que nous allons voir aujourd’hui. Néanmoins, je ne souhaite pas entrer dans une analyse approfondie mais bien de présenter les différents éléments auxquels vous devrez faire attention si vous souhaitez vous lancer dans l’acquisition de telles pièces.

Avant de commencer, je trouve intéressant de m’attarder un instant sur la manière de manipuler ces ouvrages. Pour ce faire, j’ai choisi deux méthodes. La première est d’utiliser des gants en coton ou en nitrile. L’avantage est que la matière constitue un rempart efficace entre vos doigts et le papier, protégeant ce dernier des bactéries et du sébum, une matière présente naturellement sur la peau mais qui fait le bonheur de ces organismes indésirables. Avantage majeur mais qui présente aussi deux inconvénients. Le premier est que vous devez exercer une pression plus importante sur le papier, ce qui augmente le risque de déchirure. Le second est le port de gants qui vous prive du toucher et des informations que vous pouvez en tirer.  La seconde méthode est de manipuler l’ouvrage avec vos doigts. Vous l’aurez compris, l’avantage de la première méthode est l’inconvénient majeur de celle-ci. Pour y remédier, lavez-vous minutieusement les mains et n’hésitez pas à le faire plusieurs fois durant toute la durée de votre étude, de vos observations. Bien entendu, des sites spécialisés dans la conservation des manuscrits vous fourniront d’autres méthodes ainsi que de précieux conseils.

Entrons maintenant dans le vif du sujet et intéressons-nous tout d’abord à l’état général. Comme Jennifer l’a souligné, la couverture du livre présente des manques sur les côtés et on peut observer des taches sur différentes pages sans que celles-ci en viennent à altérer leur lecture. Toutefois, on peut considérer que l’ouvrage est en bon état.

Photo personnelle

Un second élément à observer est la taille du livre. Le professeur Wataru Ichinohe, enseignant à l’université Keio et spécialiste de la bibliographie et de la littérature japonaise à la période Edo fournit une explication très importante : « Classiquement, la taille du livre dépend de celle du papier utilisé pour le fabriquer et en fonction de celle-ci, il est également possible d’en déterminer le contenu ». Les dimensions de ce dernier sont de 21.6 cm de longueur sur 14,7 cm de largeur. Au regard de ses dimensions, je classerais ce livre dans la catégorie des Hanshibon, les livres demi-format très généralistes et qui ont tendance à se concentrer sur un contenu éducatif, illustré ou lié aux haïku. Je reviendrai sur le contenu du livre dans un instant.

Concentrons-nous à présent sur la couverture du livre. Que nous apprend-t-elle ? Tout d’abord, la couleur bleue est obtenue par l’indigo, ai (藍) et provient de l’indigotier. Il est tout à fait possible de rencontrer des nuances différentes allant d’un bleu clair à un bleu profond, assombri par des teintures répétées. Ensuite, remarquons qu’il n’y a pas de décoration sur celle-ci et qu’elle réalisée en papier. En effet, plusieurs techniques peuvent être utilisées pour amener de la décoration et les couvertures n’étaient pas toutes réalisées en papier, il est tout à fait possible d’en rencontrer recouvertes de tissu.

Un second élément à observer est le titre et sa position. Le livre est intitulé « Onnayô kinmozui » (女用訓蒙図彙) et renvoie à une encyclopédie illustrée de vêtements féminins et d’objets utilitaires de la période Edo. Deuxième élément, la position du titre présent sur le côté gauche de la couverture. En règle générale, le titre de couverture, gedai (外題), se trouve soit à gauche, soit au centre de la couverture. En effet, Le professeur Takahiro Sasaki, spécialiste de la bibliographie et de la littérature japonaise à la période médiévale souligne que les livres présentant un titre à gauche contenaient des textes liés aux waka (recueils de poésie) alors que ceux dont le titre est au centre renseignaient un contenu lié aux contes (monogatari) et dont vous pouvez voir un exemple ci-dessous. Au cours de ma formation sur les livres rares japonais, il a été précisé que cette règle trouvait sa source dans un manuel de calligraphie de la période Kamakura.

Nara e-hon, hachikatsugi, auteur inconnu, période Edo (XVIIe siècle)

Photo personnelle

Cela n’explique toujours pas la raison d’être du titre à gauche ou au centre me direz-vous. J’y arrive… Le professeur Sasaki précise que les ouvrages liés aux waka pouvaient être transformés en rouleau. Cette méthode de reliure porte le nom de kansusô (巻子装) et constitue la méthode de reliure la plus prestigieuse. À l’inverse, les récits de fiction ne pouvaient bénéficier de ce changement de « statut » car ils étaient perçus comme moins prestigieux, sauf s’ils contenaient des images. De fait, lorsque vous observez la couverture d’un livre relié au format rouleau, vous verrez que le titre apparaît à gauche, exactement comme sur le livre que nous étudions.

Vous pouvez trouver un très bel exemple de livre au format rouleau sur le site du Musée National de Tokyo en suivant le lien ci-dessous :

Musée National de Tokyo : e国宝 – 漢書楊雄伝第五十七 (nich.go.jp)

Je me permets également une petite parenthèse car ce site est très enrichissant et les explications de chaque pièce sont très détaillées. À bon entendeur 😉

Mais en ce qui concerne celui qui nous intéresse, le titre est à gauche et ce n’est pas un recueil de poésie ni un conte illustré alors comment l’expliquer ? Ces règles ont été respectées jusqu’au XVIIe siècle. À cette époque, les livres imprimés entrèrent dans une phase exponentielle de développement suite au perfectionnement des méthodes d’impression et avec elles, de plus en plus d’exceptions à ces règles virent le jour. Ainsi, le livre que nous étudions aujourd’hui ne respecte pas cette convention.

Photo personnelle

Le troisième élément à observer est la reliure. Celle-ci est de type Fukurotoji (袋綴). Le professeur Sasaki résume brièvement l’histoire de ce type de ce procédé en ces termes : « Les livres les plus anciens reliés à l’aide de cette technique datent du XIIIe siècle et son usage s’est généralisé à partir du XVe siècle pour s’accroître encore davantage au XVIIe siècle afin de répondre à une demande de plus en plus importante, à tel point qu’aujourd’hui, lorsque l’on parle de livres anciens japonais, l’image qui apparaît en premier est celle de ce type de livre. »

Mais quelles sont les caractéristiques d’une reliure Fukurotoji ? Tout d’abord, les feuilles de papier sont pliées verticalement et empilées les unes sur les autres mais la particularité se trouve au niveau des bords du pli. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, le pli se trouve sur la partie externe du livre. Ainsi, c’est la partie libre du papier qui est cousue et lorsque que l’on observe le papier, celui-ci se présente sous la forme d’un tube, ce qui signifie qu’une seule face est utilisée. Durant le processus de fabrication, les pages sont provisoirement reliées à l’aide d’une ficelle de papier portant le nom de koyori (紙縒り). Enfin, une couverture est apposée et la couture est réalisée avec du fil.

Photo personnelle

Je profite de la photographie ci-dessus pour attirer votre attention sur un autre élément important et non des moindres, le type de papier utilisé. Celui-ci est blanc, très fin et doux au toucher. Je pense que vous voyez où je veux en venir 😉 Le papier n’est utilisé que sur une seule face, ce qui est à mettre en relation directe avec sa finesse qui n’aurait pas permis d’écrire sur chaque côté. Raison pour laquelle la plupart des livres de type Fukurotoji ont été réalisés avec un papier très fin.

Maintenant, de quel type de papier s’agit-il ? Vous avez déjà plusieurs de ses caractéristiques : blancheur, finesse et douceur. Lorsque l’on tourne les pages du livres, elles n’émettent pas un bruit spécifique. Allons plus loin et observons les fibres du papier. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez observer une page agrandie cent fois. Vous remarquerez qu’il y a des fibres plus larges, d’autres plus étroites et de manières générales, les fibres de ce papier sont longues. Ces différents éléments permettent de déterminer qu’il s’agit d’un papier fabriqué à partir du murier à papier et qui porte le nom de kôzogami (楮紙). C’est un papier couramment utilisé en raison de sa facilité de production. Toutefois, il existe une multitude de papiers différents et tous possèdent des spécificités qu’il convient de vérifier.

Photo personnelle

Vous pensez qu’on en a terminé !?! Vous êtes encore très loin de la vérité 😀

Observez la photo ci-dessous. Sur le côté, je pense que vous pouvez voir une multitude de lignes horizontales. De quoi s’agit-il ? Ces lignes portent le nom de sunome (簀の目) et sont les marques laissées par le tamis utilisé lors de la fabrication de la feuille de papier. Ces marques varient en fonction du tamis employé et leur étude permet, dans certains cas, de déterminer avec une certaine exactitude la période de fabrication.

Photo personnelle

Je terminerai cet article en parlant de l’impression et de l’écriture. Béatrice et Jacky m’ont interpellé concernant ces deux éléments et je les en remercie.

Concernant la technique d’impression, j’opterais pour une impression au bloc de bois dont je vais présenter le principe général. Concrètement, une plaque de bois, la matrice, est gravée en fonction des motifs à reporter sur le papier. Il peut s’agir de texte ou de dessins. Lorsque la matrice est prête, de l’encre est déposée sur celle-ci. Ensuite, on dépose le papier et on presse. Dans ce cas-ci, il n’y a qu’une seule couleur donc il n’y avait qu’une matrice pour chaque page mais pour amener de la couleur avec ce procédé, il faut autant de matrices qu’il y a de couleurs et c’est notamment avec l’apparition de l’Ukiyo-e que l’impression en couleur se développa considérablement durant la période Edo.

Il me reste à parler de l’écriture et là, soufflez un instant parce que notre histoire se complique. Attardons-nous un moment sur la langue japonaise.

Les kanji possèdent deux prononciations principales : la lecture « on », à la chinoise et la lecture « kun », à la japonaise. Le professeur Sasaki souligne que le Japon ne disposait pas de système d’écriture et qu’en conséquence, ils n’ont eu d’autre choix que d’utiliser l’écriture chinoise. Toutefois, le Japon ressentait le besoin de codifier la langue japonaise telle qu’elle était. Il ajoute que pour lire des textes écrits en kanji, ils devaient comprendre à la fois la signification et la prononciation de chaque caractère. Afin que la prononciation des kanji correspondent à la langue japonaise orale, ils inventèrent leur propre façon de prononcer les kanji, de sorte qu’un kanji correspondait à un son. Toutefois, plusieurs kanji pouvaient représenter le même son. De ce fait, le professeur Sasaki précise qu’ils utilisèrent les caractères chinois pour leur signification mais également pour représenter les sons de leur langue. Ce système a été utilisé dans une anthologie de poésie du VIIIe siècle, le Man’Yôshû qui a donné son nom à cette méthode de rattacher un kanji par son, le Man’yôgana. Toujours selon l’étude du professeur Sasaki, ce système présentait deux inconvénients. Le premier est qu’avec cette méthode, les phrases avaient tendance à devenir très longues. En outre, certains caractères étaient trop élaborés en tant que représentations de sons uniques, ce qui rendait leur lecture et surtout leur écriture, trop longue. C’est pourquoi les syllabaires hiragana et katakana ont été développés.

Sur l’extrait ci-dessous, j’ai mis en évidence deux exemples de hentaigana (変体仮名). Ceux-ci sont une forme d’hiragana découlant directement des kanji simplifiés des man’yôgana. Ils sont aujourd’hui obsolètes car le système d’écriture a été standardisé en 1900, de sorte que chaque syllabe corresponde à un son. Les deux hentaigana mis en évidence sur l’image ci-dessous pourraient correspondre aux hiragana actuels « no » et « zu » mais je tiens à préciser qu’il s’agit d’une hypothèse car je ne suis pas un spécialiste des hentaigana.

Photo personnelle

1 : No

2 : Zu

Notre exploration touche à sa fin et je vais conclure cet article par une phrase du professeur Sasaki qui m’a profondément touché lors de mes deux formations : « Les livres traditionnels se déclinent en une grande variété de reliures, de tailles, de formes et de styles de couverture, mais ils ont tous en commun la finesse de leur fabrication. Cela pourrait bien être une caractéristique de la culture japonaise dans son ensemble. » J’ajouterai que chaque pièce, que ce soit un livre, un objet laqué, une porcelaine s’inscrivent dans un contexte historique, économique, artistique. Respectons ces témoins du passé, apprenons à les connaître.

J’espère que cet article vous a plu 😊 N’hésitez pas à me faire part de vos interrogations, remarques en commentaires.

Je tiens à remercier Jennifer, Béatrice et Jacky pour leur contribution.

N’hésitez pas à suivre Jennifer sur son compte Instagram : 7jenn_japanista

Découvrez les magnifiques photos de Jacky sur sa page Facebook : Kyoto and Japan Discovery

À bientôt 😉

Guide illustré du Japon traditionnel – 1 – Architecture et objets du quotidien

Le Japon a beau être un pays moderne avec beaucoup de technologies, il n’en reste pas moins ancré dans ses traditions, héritage de sa culture ancestrale. Cette tradition, on la retrouve partout au Japon, non pas en contradiction avec la « modernité » mais, au contraire, mêlée à elle. Le tout formant un ensemble indissociable.

C’est avec un livre qui présente ces éléments traditionnels nippons que je reviens vers vous. Il s’agit du premier opus d’une série de trois ouvrages, ayant des thématiques différentes et indépendantes les unes des autres.

La particularité des ouvrages de cette collection est de fournir de nombreuses illustrations détaillées et attrayantes avec des explications très précises mais parfaitement compréhensibles. Chaque entrée de ce lexique est accompagnée de sa traduction en japonais ainsi que sa lecture en rômaji (caractères latins).

Que l’on soit néophyte ou déjà initié, chacun y trouvera son compte. Le premier pourra découvrir des explications culturelles et historiques importantes sur ce qu’il peut rencontrer en allant au Japon. Le second retrouvera rapidement des termes précis pour améliorer ses connaissances.

Ce premier volume, absolument passionnant, est scindé en deux parties. D’une part l’architecture des maisons, temples, sanctuaires, jardins, etc.  D’autre part, le matériel quotidien tels que les meubles, les objets pour offrir des cadeaux, les « trésors » pour la calligraphie, le culte religieux et bien d’autres…

Au fil des pages on apprend donc la composition extérieure et intérieure d’une machiya (maison traditionnelle de Kyôto), la fonction de ces cloisons en papier si emblématiques, ce que représente un jardin sec… On découvre ensuite le mobilier, les lampes, le washi (papier japonais fabriqué à la main), l’encens et les cadeaux sous formes d’enveloppes.

Pour les curieux qui veulent en apprendre toujours plus sur la culture et les traditions au Japon, je gage que cet ouvrage leur apportera une très grande satisfaction.

Pour ma part, je trouve qu’il est un bon guide de référence, permettant de retrouver facilement une information culturelle.

またね (= Matané : à bientôt)

Fiche technique du livre :

Titre : Guide illustré du Japon traditionnel

Direction éditoriale : Seichiro Yamamoto

Traduction depuis le Japonais : Marie Maurin

Editions : Sully – Le Prunier

Date de parution : juillet 2019

ISBN : 978-2-35432-321-9

Nombre de pages : 144

Direction Tokyo !

Vous êtes bien installés ?

Parce qu’il est enfin temps de rêver de voyage et ainsi de présenter la première destination touristique du Japon, sa célèbre capitale, Tokyo !

Après de longues heures de vol, vous êtes enfin dans la région de Kantō, sur l’île principale Honshū.

Japon Kanto Tokyo
Illustration par Tahysse Wanzoul

Oui , vous êtes à Tokyo ! Enfin, plus précisément, dans un des deux aéroports internationaux, soit Haneda ou Narita. 

Afin de commencer votre aventure dans la plus grande préfecture du Japon, vous allez devoir rejoindre le centre et là, vous avez l’embarras du choix entre les navettes, le bus, le train ou encore le monorail.

Une fois dans le centre, l’ancienne Edo de plus de 14 millions d’habitant va vous sembler vertigineuse et déconcertante. Mais rassurez-vous ça va bien se passer.

Tokyo, c’est le coeur du Japon, contenant les institutions les plus importantes. Mais c’est aussi son poumon économique avec une zone urbaine immense.

De plus, la capitale administrative du Japon se compose de 23 arrondissements, vous proposant ainsi un large choix pour découvrir ses multiples facettes.

Parce que oui, de nombreuses ambiances flirtant entre traditions et modernités vont s’offrir à vous lors de votre visite. Mais, ne prenez pas peur et organisez-vous en faisant quartier par quartier et de profiter de toutes ses ambiances.

Encore une fois, vous pouvez utiliser de nombreux transports pour vos déplacements, mais aussi de vos pieds et pourquoi pas à vélo !

Après de nombreuses visites, n’oubliez quand même pas de vous reposer, ainsi penser à bien choisir votre logement, son emplacement et surtout son style (qui sont aussi variés que ses quartiers).

Enfin, qu’importe les saisons et aussi bien de jour comme de nuit, la mégalopole est toujours en mouvement telle une fourmilière avec une sécurité rassurante.

Vous n’oublierez jamais ce séjour !

Après cette petite mise en bouche, de futurs articles vont compléter celui-ci, vous présentant  les arrondissements et quartiers avec ce qu’il faut faire, voir , … Dans cette belle capitale.

Carte : Tahysse Wanzoul

Texte : Morgane

Photo de couverture : Sébastien

Shuwa-Shuwa & 99 onomatopées japonaises illustrées

Deuxième livre : Shuwa-shuwa (1)

Miaou, paf, vroum, tchac, plouf, … Ces petits mots nommés « onomatopées » imitent des bruits de la vie courante et sont très utilisés dans toutes les langues.

Dans la langue japonaise, les onomatopées sont plus fréquentes encore que dans toutes les autres langues. On en dénombre plus de 4000 et elles ont la particularité, en plus de reproduire un son, d’exprimer également des états, des sentiments et des mouvements.

Hormis le dictionnaire, on les retrouve partout : mangas, films d’animation, conversations quotidiennes, etc.

Vous l’aurez compris, si on veut parler le japonais « pera-pera » (2), connaître les onomatopées est un grand atout. Justement, le livre shuwa-shuwa est l’aboutissement du travail d’écriture, de compilation et de sélection de la famille M&M&m&m.

Au départ, simple inventaire dressé par le papa et les enfants apprenant la langue de Mishima, il s’est étoffé au point de devenir ce recueil que nous connaissons aujourd’hui.

Il faut noter que les onomatopées et leurs exemples sont présentés en japonais et traduits en français et en anglais afin d’être accessibles pour le plus grand nombre. L’autre caractéristique originale de shuwa-shuwa est de contenir, pour chaque onomatopée, une illustration dont les enfants Maïté et Maceo sont à chaque fois les vedettes.

Ce sont au total 100 illustrateurs, professionnels ou amateurs, issus de 35 pays différents qui ont apporté leur contribution graphique à cet ouvrage collectif.

Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre et je leur dis « pachi-pachi » (3) !

Jennifer pour WalloNihon

  1. L’onomatopée shuwa-shuawa signifie « l’effervescence d’une boisson gazeuse »
  2. pera-pera signifie « parler couramment une langue étrangère »
  3. pachi-pachi signifie « applaudissements »

Fiche technique du livre :

Titre : Shuwa-shuwa

Auteur : M&M&m&m

Editions : M&M&m&m LAMRI-SHIGEMATSU

Année de parution : 2021

ISBN : 978-2-9576275-0-9

Nombre de pages : 208

Format : Broché