Itchiku Tsujigahana: de l’ombre à la lumière

« Tissus de Lumière. Itchiku Tsujigahana », tel est le titre du livre qui attira mon regard alors qu’il trônait sur l’une des nombreuses étagères d’une ancienne librairie de la ville de Namur… Tel un trésor, je le parcourus lentement et bien vite, la curiosité fit place à l’émerveillement car se dévoilait sous mes yeux un monde insoupçonné, raffiné, coloré qui me submergea totalement…  Ainsi, point de départ de cette fabuleuse découverte, cet ouvrage au titre bien mystérieux cache l’histoire d’un homme élevé au rang de Maitre et d’un procédé au nom obscur mais dont la rencontre permit à ce dernier de sortir de l’ombre et de rayonner jusqu’en Europe…

Commençons ce voyage par le Maitre, Kubota Itchiku (久保田一竹, 1917-2003). Son parcours artistique commença très tôt, en 1931, par l’étude des procédés Yûzen (友禅) et Rôkechi (﨟纈) auprès du Maitre Kobayashi Kiyoshi (小林清師). Ces deux techniques de teinture possèdent une filiation directe. En effet, la première est caractérisée par la réalisation de réserves en pâte sur les motifs décoratifs afin de protéger ceux-ci durant l’immersion dans les bains de teinture et ainsi nommée par celui qui la modernisa en 1700, le peintre d’éventail de Kyôto, Miyazaki Yûzen (宮崎友禅, actif entre 1684 et 1703). La seconde est plus ancienne, son emploi remontant à l’époque de Nara et constitue aussi une technique de réserve, à la cire.

Ensuite, en 1934, il enrichit son savoir artistique par l’étude de la peinture figurative sous les enseignements de Ohashi Gekko (大橋月皎). Puis, en 1936, il entama l’étude de la peinture de paysage, sansuiga (山水画) et suibokuga (水墨画), sous la direction de Kitagawa Shunko (北川春耕). Bien qu’à la fin du XVIIIe siècle, la peinture japonaise de paysage sansuiga subit l’influence du réalisme occidental,  ce courant se caractérise traditionnellement par la représentation d’une nature idéalisée en recourant principalement aux formes des montagnes, des nuages, des cours d’eau etc. Il en va de même pour la peinture suibokuga dans laquelle les paysages sont réalisés à l’encre de Chine en jouant sur les dégradés pour apporter ombre et lumière à la composition.

À la lueur des premières étapes de son formidable parcours, je ne peux m’empêcher de penser à d’autres grands noms de l’art japonais comme Ogata Kôrin (尾形光琳, 1658-1716), Shibata Zeshin (柴田 是真, 1807-1891)… Le premier donna naissance à l’école de peinture Rinpa et fut l’auteur de laques d’une qualité exceptionnelle. Le second, personnalité aux multiples talents, marqua le XIXe siècle dans différents domaines. Je ne suis pas historien de l’art ni un expert mais je pense qu’il est possible de leur dégager un point commun, leur étude de la peinture qui imprima sa marque dans leur œuvre. En effet, Louis Gonse (1846-1921), dans son ouvrage intitulé « L’art japonais » qualifiait les arts décoratifs en ces termes : « Tout artiste est d’abord peintre avant d’être ciseleur, laqueur ou céramiste ». Il poursuit en ajoutant : « La qualité d’artistes entrainait au Japon une sorte d’universalité d’aptitudes que l’on ne rencontre chez nous qu’à l’état d’exception ». Tels furent les mots que l’auteur écrivit en 1883 mais qui, je le pense, font encore écho aujourd’hui au regard du parcours de Kubota Itchiku.

Sa rencontre avec le procédé Tsujigahana eut lieu en 1937 au Musée National de Tokyo. Là, dans une vitrine, il découvrit un fragment de tissu dont l’éclat exerça sur lui une véritable et totale fascination. La magie opéra et occupa son esprit pendant plusieurs années, de son service militaire en 1938, en passant par sa mobilisation en 1944 et jusqu’à la fin de sa détention en Sibérie en 1948, après la Seconde Guerre mondiale.

À son retour au Japon et pendant près de vingt ans, il se consacra à faire revivre ce procédé oublié. Toutefois, le but qu’il poursuivit ne fut pas la réintroduction de la technique originelle mais bien la renaissance de la beauté de celle-ci par le biais des techniques de teintures modernes, ce qui donna naissance à l’Itchiku Tsujigahana. Véritable hommage à ce savoir-faire perdu dans le temps, le Maitre allia tradition et modernité.

Poursuivons notre voyage et découvrons le Tsujigahana (辻が花) originel qui se développa aux XVe et XVIe siècle avant de disparaître au début de la période Edo (1615-1868) au profit du procédé Yûzen. Entouré d’un véritable halo de mystère, l’origine même du nom est incertaine. L’auteure Helen Benton Minnich, dans son livre « Japanese Costume and the Makers of Its Elegant Tradition » et paru en 1963, nous livre deux hypothèses principales. La première renverrait à un motif de fleurs entrecroisées qui trouve sa signification dans les kanji « 辻 », croisement et « 花 », fleur. La seconde serait à mettre en relation avec le terme de « Tsutsujigahana » (つつじが花) et ferait référence à des objets teints en couleur rouge, semblable à la couleur des azalées.

D’un point de vue technique, celle-ci se base sur la teinture de type tiedye qui consiste à nouer des portions de tissu à l’aide de ficelles avant de les immerger dans le bain de teinture. Les portions nouées sont ainsi protégées des colorants, ce qui permet de créer des jeux de nuances dans les motifs décoratifs. Toutefois, le Tsujigahana poussa ce procédé au summum de son aboutissement esthétique de par l’ajout de techniques annexes pour apporter davantage de nuances, de détails, de rendu comme l’emploi de feuilles d’or, d’argent, l’ajout de broderies, de dessins à l’encre.

Revenons maintenant à la création du Maitre, l’Itchiku Tsujigahana. Il existe différentes méthodes de fabrication et celle qui suit est un bref résumé des différentes étapes expliquées dans le livre qui servit d’introduction à cet article.

Le point de départ est la préparation du kimono en soie sur-lequel un motif de fond est réalisé. Ensuite, différentes parties du tissu sont rassemblées et nouées à l’aide de fils de manière à former de petites bosses. L’étape suivante peut varier en fonction du but esthétique recherché mais des couleurs sont posées sur ces petites excroissances avant d’être elles-mêmes recouvertes de fils qui protégeront la couleur du bain de teinture. Après ce bain, le kimono est alors passé à la vapeur, ce qui a pour effet de stabiliser la couleur. S’ensuit alors une succession de rinçages suivis de périodes de séchage. Le but de cette succession d’opérations est double. Premièrement, dégorger la soie va lui permettre d’absorber d’autres couleurs car du fait de ses caractéristiques, elle ne peut absorber qu’une certaine quantité de teinture. Pour la confection d’un Itchiku Tsujigahana, la soie est rincée environ quinze fois. Toutefois, pour obtenir les effets désirés, la couleur est appliquée trente fois, ce qui signifie que la matière est rincée près de quatre cent fois. Vous l’aurez compris, la réalisation d’un tel kimono demande beaucoup de temps. Deuxièmement, le séchage par étirement va empêcher à la soie de rétrécir. Enfin, le fil est retiré avec précaution pour éviter d’abimer la matière et des finitions sont apportées avec de la broderie, de la dorure par exemple.

Il en résulte des pièces d’une beauté saisissante et déroutante, transformant le kimono en véritable tableau de maitre dans-lequel les aspects de la nature se dévoilent sous nos yeux dans une véritable poésie de couleurs. Admirer l’un de ces kimono, c’est plonger au cœur de l’esthétique japonaise, ressentir le lien étroit qui subsiste entre la nature, sa beauté et la société japonaise. Le Maitre quitta ce monde en 2003 et il ne put mener à son terme ce qui semble être le plus grand projet de sa vie, la « Symphonie de lumière ». Il me serait facile de vous exposer son dessein mais immergez-vous dans le monde d’Itchiku Tsujigahana, imaginez les différents aspects de la nature comme un tout indissociable car lorsque vous regardez un paysage, il est impossible d’avoir une vue d’ensemble de tout ce qui se déroule sous vos yeux… Posez votre regard sur la photo ci-dessous et vous comprendrez…

Notre voyage touche bientôt à sa fin mais l’Itchiku Tsujigahana, lui, voyagea dans le monde entier par le biais de multiples expositions qui permirent au monde occidental de découvrir cet art hors du commun. Ainsi, notre beau pays accueillit à plusieurs reprises cette collection. Tout d’abord, en 1985, une première exposition se déroula à Bruxelles au magasin INNO. Puis, en 1989, dans le cadre de l’exposition internationale Europalia. Enfin, plus récemment, celle-ci fut visible en 2016 au Musée de la Mode d’Anvers.

Cette aventure fut jalonnée de réussites et de difficultés et bien que l’œuvre du Maitre faillit sombrer à son tour, Monsieur Patokh Chodiev acquit la collection en 2010 et sauva le musée Kubota dans un souci de préservation et de promotion de cet art unique et de la culture japonaise. Aujourd’hui, le musée d’art Itchiku Kubota, situé près du lac Kawaguchi dans la préfecture de Yamanashi continue d’ouvrir ses portes aux visiteurs et permet à tout un chacun d’entrer dans l’univers d’Itchiku Tsujigahana.

Je tiens à remercier Monsieur Mudretsov Victor, membre de la Fondation Internationale Chodiev, pour l’ensemble des photographies qui illustrent le présent article ainsi que pour le temps qu’il m’a accordé.

Auteur : Sébastien Bourgeois

Vous retrouverez plus d’informations sur la collection et la Fondation Chodiev en consultant les liens ci-dessous.

Crédits des photos: The Kubota Collection

NIHONGO – Apprenez vos Kana comme un Japonais

Bonjour tout le monde, ou こんにちは みなさん, comme diraient nos amis Japonais.

Pour ceux qui ne connaissent pas (encore) les kana, cela se lit : konnichiwa minasan.

L’écriture du japonais, certes complexe mais oh combien indispensable pour pouvoir comprendre la langue de Mishima a de quoi nous effrayer, nous Occidentaux ne connaissant que 26 lettres dans notre alphabet.

Alors quand on décide de s’y mettre, on ne sait pas toujours par où commencer. Pour s’entraîner à écrire, on peut utiliser une simple feuille de papier voire même une application (j’en parlerai dans un autre article si vous le souhaitez).

Cela dit, pour nous aider à apprendre les kana et les kanji, il y a sur le marché une multitude de cahiers d’écriture, d’exercices comme quand nous étions à l’école au fond. Ces ouvrages sont plus ou moins ludiques, plus ou moins « kawaii », plus ou moins « mettez-le-qualificatif-souhaité » il y en a vraiment pour tous les goûts.

Le problème est là, quand on a trop de choix, eh bien, il devient difficile de choisir… J’ai tout de même deux petits livres à vous conseiller en la matière si vous me permettez. Notez que je ne suis ni prof de Japonais ni professionnelle de l’édition, juste une passionnée comme vous, il s’agit ici de mon avis personnel qui n’engage que moi.  J’ai essayé beaucoup de choses avant de vous en parler…

Il s’agit des deux ouvrages de la série « Nihongo – Apprenez vos kana/kanji comme un Japonais » édités par Omaké Books. Je possède celui sur les kana depuis un moment, le numéro sur les kanji vient tout juste de paraître et il s’annonce aussi chouette que son grand frère.

Pourquoi je les aime ? Précisément parce que, comme le titre l’indique, on apprend à écrire comme les Japonais. La méthode est basée sur celle de l’école primaire au Japon et on y apprend des subtilités de l’écriture qui nous échappent complètement d’habitude.

Un exemple ?

Prenons le son « O » que l’on écrit comme ceci en hiragana :

Nous avons l’habitude de l’écrire tout en belles courbes arrondies et c’est là que l’on se trompe… En réalité, la boucle présente des angles cassés comme ceci :

C’est du chipotage ?

Peut-être mais tant qu’à apprendre, pourquoi ne pas apprendre la « vraie » manière ? En tout cas, c’est un des points qui me séduisent dans ces ouvrages. A tel point que, connaissant déjà les kana, je les réétudie avec cette méthode. Alors évidemment, j’ai sauté sur le tome kanji dès que je l’ai vu. Je vous en reparle plus tard, là ce sera un peu plus ardu je pense…

Que trouve-t-on d’autre d’intéressant dans ces ouvrages ?

KANA : la prononciation (heureusement hi hi hi), de nombreuses explications sur l’écriture japonais en général, du vocabulaire illustrant les kana appris, des exercices et des conseils d’écriture.

KANJI : comme les kana avec, en plus, le sens ainsi que les lectures les plus courantes.

Les deux ouvrages présentent des QR Codes qui permettent voir des vidéos montrant précisément l’ordre du tracé.

Si vous n’avez pas envie de vous contenter d’une simple feuille de papier et que vous souhaitez investir dans ce genre de cahiers d’exercices, je vous les recommande chaudement ! Autre conseil : pour en profiter longtemps, photocopiez les pages pour pouvoir prolonger l’entraînement ou utilisez un crayon léger facile à effacer.

Voilà, à bientôt pour d’autres reviews 😉

Jennifer pour Wallonihon

Fiche technique des livres :

Titre : NIHONGO – Apprenez vos Kana comme un Japonais

Auteurs : Mizuki SAKAI et Florent GORGES

Editions : Omaké Books

Date de parution : Août 2020

ISBN : 978-2-37989-033-8

Nombre de pages : 146

Titre : NIHONGO – Apprenez vos Kanji comme un Japonais

Auteurs : Mizuki SAKAI et Florent GORGES

Editions : Omaké Books

Date de parution : Juillet 2021

ISBN : 978-2-37989-034-5

Nombre de pages : 142

Les livres japonais anciens

Bonjour tout le monde, je suis très heureux de vous retrouver pour cet article destiné aux livres anciens japonais.

Plusieurs d’entre vous m’ont fourni des observations très pertinentes mais un livre a tellement d’autres secrets à livrer… C’est ce que nous allons voir aujourd’hui. Néanmoins, je ne souhaite pas entrer dans une analyse approfondie mais bien de présenter les différents éléments auxquels vous devrez faire attention si vous souhaitez vous lancer dans l’acquisition de telles pièces.

Avant de commencer, je trouve intéressant de m’attarder un instant sur la manière de manipuler ces ouvrages. Pour ce faire, j’ai choisi deux méthodes. La première est d’utiliser des gants en coton ou en nitrile. L’avantage est que la matière constitue un rempart efficace entre vos doigts et le papier, protégeant ce dernier des bactéries et du sébum, une matière présente naturellement sur la peau mais qui fait le bonheur de ces organismes indésirables. Avantage majeur mais qui présente aussi deux inconvénients. Le premier est que vous devez exercer une pression plus importante sur le papier, ce qui augmente le risque de déchirure. Le second est le port de gants qui vous prive du toucher et des informations que vous pouvez en tirer.  La seconde méthode est de manipuler l’ouvrage avec vos doigts. Vous l’aurez compris, l’avantage de la première méthode est l’inconvénient majeur de celle-ci. Pour y remédier, lavez-vous minutieusement les mains et n’hésitez pas à le faire plusieurs fois durant toute la durée de votre étude, de vos observations. Bien entendu, des sites spécialisés dans la conservation des manuscrits vous fourniront d’autres méthodes ainsi que de précieux conseils.

Entrons maintenant dans le vif du sujet et intéressons-nous tout d’abord à l’état général. Comme Jennifer l’a souligné, la couverture du livre présente des manques sur les côtés et on peut observer des taches sur différentes pages sans que celles-ci en viennent à altérer leur lecture. Toutefois, on peut considérer que l’ouvrage est en bon état.

Photo personnelle

Un second élément à observer est la taille du livre. Le professeur Wataru Ichinohe, enseignant à l’université Keio et spécialiste de la bibliographie et de la littérature japonaise à la période Edo fournit une explication très importante : « Classiquement, la taille du livre dépend de celle du papier utilisé pour le fabriquer et en fonction de celle-ci, il est également possible d’en déterminer le contenu ». Les dimensions de ce dernier sont de 21.6 cm de longueur sur 14,7 cm de largeur. Au regard de ses dimensions, je classerais ce livre dans la catégorie des Hanshibon, les livres demi-format très généralistes et qui ont tendance à se concentrer sur un contenu éducatif, illustré ou lié aux haïku. Je reviendrai sur le contenu du livre dans un instant.

Concentrons-nous à présent sur la couverture du livre. Que nous apprend-t-elle ? Tout d’abord, la couleur bleue est obtenue par l’indigo, ai (藍) et provient de l’indigotier. Il est tout à fait possible de rencontrer des nuances différentes allant d’un bleu clair à un bleu profond, assombri par des teintures répétées. Ensuite, remarquons qu’il n’y a pas de décoration sur celle-ci et qu’elle réalisée en papier. En effet, plusieurs techniques peuvent être utilisées pour amener de la décoration et les couvertures n’étaient pas toutes réalisées en papier, il est tout à fait possible d’en rencontrer recouvertes de tissu.

Un second élément à observer est le titre et sa position. Le livre est intitulé « Onnayô kinmozui » (女用訓蒙図彙) et renvoie à une encyclopédie illustrée de vêtements féminins et d’objets utilitaires de la période Edo. Deuxième élément, la position du titre présent sur le côté gauche de la couverture. En règle générale, le titre de couverture, gedai (外題), se trouve soit à gauche, soit au centre de la couverture. En effet, Le professeur Takahiro Sasaki, spécialiste de la bibliographie et de la littérature japonaise à la période médiévale souligne que les livres présentant un titre à gauche contenaient des textes liés aux waka (recueils de poésie) alors que ceux dont le titre est au centre renseignaient un contenu lié aux contes (monogatari) et dont vous pouvez voir un exemple ci-dessous. Au cours de ma formation sur les livres rares japonais, il a été précisé que cette règle trouvait sa source dans un manuel de calligraphie de la période Kamakura.

Nara e-hon, hachikatsugi, auteur inconnu, période Edo (XVIIe siècle)

Photo personnelle

Cela n’explique toujours pas la raison d’être du titre à gauche ou au centre me direz-vous. J’y arrive… Le professeur Sasaki précise que les ouvrages liés aux waka pouvaient être transformés en rouleau. Cette méthode de reliure porte le nom de kansusô (巻子装) et constitue la méthode de reliure la plus prestigieuse. À l’inverse, les récits de fiction ne pouvaient bénéficier de ce changement de « statut » car ils étaient perçus comme moins prestigieux, sauf s’ils contenaient des images. De fait, lorsque vous observez la couverture d’un livre relié au format rouleau, vous verrez que le titre apparaît à gauche, exactement comme sur le livre que nous étudions.

Vous pouvez trouver un très bel exemple de livre au format rouleau sur le site du Musée National de Tokyo en suivant le lien ci-dessous :

Musée National de Tokyo : e国宝 – 漢書楊雄伝第五十七 (nich.go.jp)

Je me permets également une petite parenthèse car ce site est très enrichissant et les explications de chaque pièce sont très détaillées. À bon entendeur 😉

Mais en ce qui concerne celui qui nous intéresse, le titre est à gauche et ce n’est pas un recueil de poésie ni un conte illustré alors comment l’expliquer ? Ces règles ont été respectées jusqu’au XVIIe siècle. À cette époque, les livres imprimés entrèrent dans une phase exponentielle de développement suite au perfectionnement des méthodes d’impression et avec elles, de plus en plus d’exceptions à ces règles virent le jour. Ainsi, le livre que nous étudions aujourd’hui ne respecte pas cette convention.

Photo personnelle

Le troisième élément à observer est la reliure. Celle-ci est de type Fukurotoji (袋綴). Le professeur Sasaki résume brièvement l’histoire de ce type de ce procédé en ces termes : « Les livres les plus anciens reliés à l’aide de cette technique datent du XIIIe siècle et son usage s’est généralisé à partir du XVe siècle pour s’accroître encore davantage au XVIIe siècle afin de répondre à une demande de plus en plus importante, à tel point qu’aujourd’hui, lorsque l’on parle de livres anciens japonais, l’image qui apparaît en premier est celle de ce type de livre. »

Mais quelles sont les caractéristiques d’une reliure Fukurotoji ? Tout d’abord, les feuilles de papier sont pliées verticalement et empilées les unes sur les autres mais la particularité se trouve au niveau des bords du pli. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, le pli se trouve sur la partie externe du livre. Ainsi, c’est la partie libre du papier qui est cousue et lorsque que l’on observe le papier, celui-ci se présente sous la forme d’un tube, ce qui signifie qu’une seule face est utilisée. Durant le processus de fabrication, les pages sont provisoirement reliées à l’aide d’une ficelle de papier portant le nom de koyori (紙縒り). Enfin, une couverture est apposée et la couture est réalisée avec du fil.

Photo personnelle

Je profite de la photographie ci-dessus pour attirer votre attention sur un autre élément important et non des moindres, le type de papier utilisé. Celui-ci est blanc, très fin et doux au toucher. Je pense que vous voyez où je veux en venir 😉 Le papier n’est utilisé que sur une seule face, ce qui est à mettre en relation directe avec sa finesse qui n’aurait pas permis d’écrire sur chaque côté. Raison pour laquelle la plupart des livres de type Fukurotoji ont été réalisés avec un papier très fin.

Maintenant, de quel type de papier s’agit-il ? Vous avez déjà plusieurs de ses caractéristiques : blancheur, finesse et douceur. Lorsque l’on tourne les pages du livres, elles n’émettent pas un bruit spécifique. Allons plus loin et observons les fibres du papier. Sur la photo ci-dessous, vous pouvez observer une page agrandie cent fois. Vous remarquerez qu’il y a des fibres plus larges, d’autres plus étroites et de manières générales, les fibres de ce papier sont longues. Ces différents éléments permettent de déterminer qu’il s’agit d’un papier fabriqué à partir du murier à papier et qui porte le nom de kôzogami (楮紙). C’est un papier couramment utilisé en raison de sa facilité de production. Toutefois, il existe une multitude de papiers différents et tous possèdent des spécificités qu’il convient de vérifier.

Photo personnelle

Vous pensez qu’on en a terminé !?! Vous êtes encore très loin de la vérité 😀

Observez la photo ci-dessous. Sur le côté, je pense que vous pouvez voir une multitude de lignes horizontales. De quoi s’agit-il ? Ces lignes portent le nom de sunome (簀の目) et sont les marques laissées par le tamis utilisé lors de la fabrication de la feuille de papier. Ces marques varient en fonction du tamis employé et leur étude permet, dans certains cas, de déterminer avec une certaine exactitude la période de fabrication.

Photo personnelle

Je terminerai cet article en parlant de l’impression et de l’écriture. Béatrice et Jacky m’ont interpellé concernant ces deux éléments et je les en remercie.

Concernant la technique d’impression, j’opterais pour une impression au bloc de bois dont je vais présenter le principe général. Concrètement, une plaque de bois, la matrice, est gravée en fonction des motifs à reporter sur le papier. Il peut s’agir de texte ou de dessins. Lorsque la matrice est prête, de l’encre est déposée sur celle-ci. Ensuite, on dépose le papier et on presse. Dans ce cas-ci, il n’y a qu’une seule couleur donc il n’y avait qu’une matrice pour chaque page mais pour amener de la couleur avec ce procédé, il faut autant de matrices qu’il y a de couleurs et c’est notamment avec l’apparition de l’Ukiyo-e que l’impression en couleur se développa considérablement durant la période Edo.

Il me reste à parler de l’écriture et là, soufflez un instant parce que notre histoire se complique. Attardons-nous un moment sur la langue japonaise.

Les kanji possèdent deux prononciations principales : la lecture « on », à la chinoise et la lecture « kun », à la japonaise. Le professeur Sasaki souligne que le Japon ne disposait pas de système d’écriture et qu’en conséquence, ils n’ont eu d’autre choix que d’utiliser l’écriture chinoise. Toutefois, le Japon ressentait le besoin de codifier la langue japonaise telle qu’elle était. Il ajoute que pour lire des textes écrits en kanji, ils devaient comprendre à la fois la signification et la prononciation de chaque caractère. Afin que la prononciation des kanji correspondent à la langue japonaise orale, ils inventèrent leur propre façon de prononcer les kanji, de sorte qu’un kanji correspondait à un son. Toutefois, plusieurs kanji pouvaient représenter le même son. De ce fait, le professeur Sasaki précise qu’ils utilisèrent les caractères chinois pour leur signification mais également pour représenter les sons de leur langue. Ce système a été utilisé dans une anthologie de poésie du VIIIe siècle, le Man’Yôshû qui a donné son nom à cette méthode de rattacher un kanji par son, le Man’yôgana. Toujours selon l’étude du professeur Sasaki, ce système présentait deux inconvénients. Le premier est qu’avec cette méthode, les phrases avaient tendance à devenir très longues. En outre, certains caractères étaient trop élaborés en tant que représentations de sons uniques, ce qui rendait leur lecture et surtout leur écriture, trop longue. C’est pourquoi les syllabaires hiragana et katakana ont été développés.

Sur l’extrait ci-dessous, j’ai mis en évidence deux exemples de hentaigana (変体仮名). Ceux-ci sont une forme d’hiragana découlant directement des kanji simplifiés des man’yôgana. Ils sont aujourd’hui obsolètes car le système d’écriture a été standardisé en 1900, de sorte que chaque syllabe corresponde à un son. Les deux hentaigana mis en évidence sur l’image ci-dessous pourraient correspondre aux hiragana actuels « no » et « zu » mais je tiens à préciser qu’il s’agit d’une hypothèse car je ne suis pas un spécialiste des hentaigana.

Photo personnelle

1 : No

2 : Zu

Notre exploration touche à sa fin et je vais conclure cet article par une phrase du professeur Sasaki qui m’a profondément touché lors de mes deux formations : « Les livres traditionnels se déclinent en une grande variété de reliures, de tailles, de formes et de styles de couverture, mais ils ont tous en commun la finesse de leur fabrication. Cela pourrait bien être une caractéristique de la culture japonaise dans son ensemble. » J’ajouterai que chaque pièce, que ce soit un livre, un objet laqué, une porcelaine s’inscrivent dans un contexte historique, économique, artistique. Respectons ces témoins du passé, apprenons à les connaître.

J’espère que cet article vous a plu 😊 N’hésitez pas à me faire part de vos interrogations, remarques en commentaires.

Je tiens à remercier Jennifer, Béatrice et Jacky pour leur contribution.

N’hésitez pas à suivre Jennifer sur son compte Instagram : 7jenn_japanista

Découvrez les magnifiques photos de Jacky sur sa page Facebook : Kyoto and Japan Discovery

À bientôt 😉

Guide illustré du Japon traditionnel – 1 – Architecture et objets du quotidien

Le Japon a beau être un pays moderne avec beaucoup de technologies, il n’en reste pas moins ancré dans ses traditions, héritage de sa culture ancestrale. Cette tradition, on la retrouve partout au Japon, non pas en contradiction avec la « modernité » mais, au contraire, mêlée à elle. Le tout formant un ensemble indissociable.

C’est avec un livre qui présente ces éléments traditionnels nippons que je reviens vers vous. Il s’agit du premier opus d’une série de trois ouvrages, ayant des thématiques différentes et indépendantes les unes des autres.

La particularité des ouvrages de cette collection est de fournir de nombreuses illustrations détaillées et attrayantes avec des explications très précises mais parfaitement compréhensibles. Chaque entrée de ce lexique est accompagnée de sa traduction en japonais ainsi que sa lecture en rômaji (caractères latins).

Que l’on soit néophyte ou déjà initié, chacun y trouvera son compte. Le premier pourra découvrir des explications culturelles et historiques importantes sur ce qu’il peut rencontrer en allant au Japon. Le second retrouvera rapidement des termes précis pour améliorer ses connaissances.

Ce premier volume, absolument passionnant, est scindé en deux parties. D’une part l’architecture des maisons, temples, sanctuaires, jardins, etc.  D’autre part, le matériel quotidien tels que les meubles, les objets pour offrir des cadeaux, les « trésors » pour la calligraphie, le culte religieux et bien d’autres…

Au fil des pages on apprend donc la composition extérieure et intérieure d’une machiya (maison traditionnelle de Kyôto), la fonction de ces cloisons en papier si emblématiques, ce que représente un jardin sec… On découvre ensuite le mobilier, les lampes, le washi (papier japonais fabriqué à la main), l’encens et les cadeaux sous formes d’enveloppes.

Pour les curieux qui veulent en apprendre toujours plus sur la culture et les traditions au Japon, je gage que cet ouvrage leur apportera une très grande satisfaction.

Pour ma part, je trouve qu’il est un bon guide de référence, permettant de retrouver facilement une information culturelle.

またね (= Matané : à bientôt)

Fiche technique du livre :

Titre : Guide illustré du Japon traditionnel

Direction éditoriale : Seichiro Yamamoto

Traduction depuis le Japonais : Marie Maurin

Editions : Sully – Le Prunier

Date de parution : juillet 2019

ISBN : 978-2-35432-321-9

Nombre de pages : 144

Direction Tokyo !

Vous êtes bien installés ?

Parce qu’il est enfin temps de rêver de voyage et ainsi de présenter la première destination touristique du Japon, sa célèbre capitale, Tokyo !

Après de longues heures de vol, vous êtes enfin dans la région de Kantō, sur l’île principale Honshū.

Japon Kanto Tokyo
Illustration par Tahysse Wanzoul

Oui , vous êtes à Tokyo ! Enfin, plus précisément, dans un des deux aéroports internationaux, soit Haneda ou Narita. 

Afin de commencer votre aventure dans la plus grande préfecture du Japon, vous allez devoir rejoindre le centre et là, vous avez l’embarras du choix entre les navettes, le bus, le train ou encore le monorail.

Une fois dans le centre, l’ancienne Edo de plus de 14 millions d’habitant va vous sembler vertigineuse et déconcertante. Mais rassurez-vous ça va bien se passer.

Tokyo, c’est le coeur du Japon, contenant les institutions les plus importantes. Mais c’est aussi son poumon économique avec une zone urbaine immense.

De plus, la capitale administrative du Japon se compose de 23 arrondissements, vous proposant ainsi un large choix pour découvrir ses multiples facettes.

Parce que oui, de nombreuses ambiances flirtant entre traditions et modernités vont s’offrir à vous lors de votre visite. Mais, ne prenez pas peur et organisez-vous en faisant quartier par quartier et de profiter de toutes ses ambiances.

Encore une fois, vous pouvez utiliser de nombreux transports pour vos déplacements, mais aussi de vos pieds et pourquoi pas à vélo !

Après de nombreuses visites, n’oubliez quand même pas de vous reposer, ainsi penser à bien choisir votre logement, son emplacement et surtout son style (qui sont aussi variés que ses quartiers).

Enfin, qu’importe les saisons et aussi bien de jour comme de nuit, la mégalopole est toujours en mouvement telle une fourmilière avec une sécurité rassurante.

Vous n’oublierez jamais ce séjour !

Après cette petite mise en bouche, de futurs articles vont compléter celui-ci, vous présentant  les arrondissements et quartiers avec ce qu’il faut faire, voir , … Dans cette belle capitale.

Carte : Tahysse Wanzoul

Texte : Morgane

Photo de couverture : Sébastien

Les Netsuke

Bonjour à tous !

Avant de poursuivre notre voyage dans le monde des laques, je souhaitais m’arrêter un moment sur des objets que vous connaissez sûrement : les netsuke (根付).

Les deux kanji utilisés pour construire ce mot peuvent être décomposés de la façon suivante : Ne (根) qui signifie « racine » et Tsuku (付く) qui signifie « attacher ».

Un mot bien mystérieux mais qui trouve tout son sens dans la raison d’être d’un netsuke. Il s’agit de petits objets utilitaires de quelques centimètres de hauteur et liés au monde des kimono (着物).

Dépourvus de poches, les japonais trouvèrent une solution ingénieuse pour suspendre différents objets comme des pochettes à tabac, des récipients à sake ou encore des boites compartimentées contenant les médicaments, les inrô (印籠). Ces différents objets sont regroupés sous le terme de sagemono (提物).

Concrètement, comment sont fixés ces sagemono ?

Dans les kimono féminins, la ceinture (obi – 帯) utilisée pour maintenir le kimono se porte en taille haute. Chez les hommes, la ceinture se porte au niveau des hanches. Lorsque l’on parle d’une ceinture, il faut voir une large bande de tissu étroitement enroulée autour du corps et qui constitue donc un endroit logique pour ranger des effets personnels. Ainsi, ces objets étaient enfilés sur un cordon qui passait par une perle coulissante (ojime – 緒締め) qui servait de tendeur.

Ensuite, la corde était passée dans le netsuke qui constitue ainsi une sorte de bascule. Enfin, le cordon était passé sous l’obi par le bas, de sorte que le netsuke était posé sur le haut de la ceinture, tandis que le sagemono pendait solidement quelques centimètres en dessous.

L’illustration ci-dessous vous donne un très bel exemple de ce que pouvait donner cet ensemble sagemono – ojime – netsuke.

Pipe, blague à tabac et netsuke. Impression sur bloc de bois, encre et couleur sur papier, 1813. Kubo Shunman (1757-1820)

Pour en revenir aux netsuke, la plupart que vous pourrez admirer dans les musées ou dans les salles de vente remontent aux XVIIIe et XIXe siècle, période durant laquelle il atteignit son apogée.

Véritables sculptures miniatures, celles-ci ont été réalisées dans divers matériaux comme l’ivoire et le bois au travers de thèmes divers et variés : la vie quotidienne, les créatures fantastiques, les animaux, les instruments de musique, etc. Toutefois, il existe différents types de netsuke dont les plus courants sont les netsuke katabori (型彫根付) qui renvoient à la figuration sculptée.

Si vous deviez décrire les deux netsuke ci-dessous, quels sont les termes que vous utiliseriez ?

Un netsuke tel que ceux-ci est caractérisé par différents critères qui vont lui donner de la valeur. Il doit être léger et lisse car il était posé contre une matière luxueuse qu’il ne fallait pas accrocher.

En outre, on retrouve beaucoup de spontanéité dans l’expression, beaucoup de détails apportés par la sculpture, la gravure.

De surcroît, il n’était pas rare de trouver des matières annexes comme des pierres en incrustation pour les yeux par exemple. Un dernier élément que vous ne pouvez voir sur cette photo est bien entendu la présence de deux trous permettant de passer le cordon et qui portent le nom d’himotoshi (紐通し).

Je tiens à nuancer cette caractéristique car des artistes de grand talent ont parfois utilisé le motif décoratif lui-même comme himotoshi au travers du creux formé par un bras, une jambe ou une patte, ce qui révèle une maitrise technique extrême et que vous pouvez observer sur la pièce ci-dessous.

Cette dernière particularité est très intéressante car la position de l’himotoshi ne se fait pas au hasard et répond à une véritable étude afin que le netsuke reste parfaitement droit lorsqu’il est fixé à l’obi. À mon sens, cette spécificité est un excellent moyen de déterminer la qualité du netsuke.

Je terminerai cet article très synthétique par l’ouverture du Japon sur l’Occident au début de l’ère Meiji. Cet événement marqua la société japonaise et le monde de l’art fut fortement impacté. Les netsuke n’y échappèrent pas et une production de faible qualité, à destination de l’Occident, vit le jour.

L’image ci-dessous représente deux netsuke probablement issus de de cette production ou postérieurs à celle-ci.

Pour la petite histoire, j’ai acheté ces deux pièces alors que j’effleurais à peine l’art japonais. Ils n’ont quasiment aucune valeur mais à mes yeux, ils sont importants car ils marquent le début d’une aventure qui m’apporte chaque jour son lot de surprises.

Si vous souhaitez que j’approfondisse le sujet, n’hésitez pas à réagir en commentaires 😉

Crédit photos 1 à 5 : Metropolitan Museum of Art, New-York. Domaine public.

Le tour du monde de Shuwa-Shuwa book

Bonjour à tous,

Aujourd’hui nous allons nous promener un peu, qu’en dites-vous ? Cela vous rend « uki-uki[1] » ?

A l’occasion du défi « #shuwashuwabooktravels » que l’on peut retrouver sur Instagram, je suis partie avec mon chéri faire une virée à Bruxelles pour emmener mon exemplaire du désormais bien connu livre d’onomatopées « shuwa-shuwa[2] ».

Ce n’était donc pas une promenade « bura-bura[3] »

Tout d’abord, quel est ce défi ?

Le défi est de faire voyager le livre autour du monde et de le prendre en photo pour attester de ses escales. Il y a beaucoup de beaux endroits en Belgique mais j’ai trouvé que la fontaine du Manneken Pis était certainement un des endroits les plus emblématiques et, en tout cas, l’un des plus connus au niveau international.

En me renseignant sur le Maneken Pis pour pouvoir vous en parler un peu, je suis restée « anguri[4] » devant ma propre ignorance concernant ce monument national !

Pour commencer, la statue que nous pouvons admirer à Bruxelles, est en réalité une copie !

La vraie statue, datée de 1619-1620, se trouve dans le Musée de la ville de Bruxelles. Et cette statue est elle-même une deuxième version de la toute première dont on retrouve des mentions dans les textes administratifs dès 1451-1452.

Avec le temps, le Manneken Pis devint un symbole fort et il fut victime de son aura.

Au cours de son histoire, il a été volé et même cassé plusieurs fois. C’est pourquoi, après avoir été soigneusement restauré, décision a été prise de le mettre à l’abri dans le musée bruxellois.

De quoi se sentir à nouveau « nonbiri[5] » concernant sa longévité…

Du point de vue de sa fonction, on ne s’en doute plus aujourd’hui mais, initialement, il s’agissait d’une fontaine assurant la distribution d’eau potable. Ce n’est qu’en 1851 que la grille, toujours présente, en ferma l’accès et rendit la célèbre fontaine, uniquement décorative.

A propos de son apparence originale, la légende la plus répandue raconte que la fontaine représente un petit garçon qui aurait sauvé Bruxelles.

Comment ? Il aurait uriné sur la mèche d’une bombe posée par les ennemis. Ce faisant, il l’aurait éteinte et empêché l’incendie.

Quoi qu’il en soit, son aspect souligne un trait d’humour certain et qui a beaucoup plu, dès les origines.

Les Bruxellois y voient aussi un enfant irrévérencieux rempli d’un sentiment de liberté. La preuve qu’il plaît : on retrouve des copies de lui partout dans le monde !

D’ailleurs, saviez-vous qu’il existe plusieurs copies inspirées du Manneken Pis au rien qu’au Japon ?

En effet on retrouve le petit garçon satisfaisant son besoin pressant à Achinohe, Kobe, Kurume, Moriya, Nagoya, Odawara, Osaka et Tokyo.

Il existe aussi une version à se sentir « kura-kura[6] » dans la vallée d’Iya, dans la préfecture de Tokushima.

En effet cette statue se trouve à 200 mètres en surplomb de la falaise !

Ici, pas d’histoire de bombe éteinte, mais une représentation des enfants qui testaient leur courage en urinant au-dessus du précipice.  Il est vrai que ça doit être très impressionnant…

Pour terminer cet article, je voulais vous faire part d’une petite réflexion. Je me suis procuré le livre shuwa-shuwa car je suis passionnée par le Japon et sa langue, entre autres.

Il m’a d’ailleurs beaucoup plu et je suis ravie de vous le faire connaître. Je dois ajouter que grâce à lui et au défi « #shuwashuwabooktravels », j’en ai appris un peu plus sur ma propre culture et je trouve ça géant.

Comme quoi, ce livre est intéressant à plus d’un titre et il ne se limite pas à nous apprendre des onomatopées japonaises!

Et vous, vous connaissiez toutes ces anecdotes?

Jennifer pour WalloNihon


[1] Très heureux, d’excellente humeur

[2] Pétillant

[3] Se promener sans but précis

[4] Rester bouche bée / abasourdi sous le choc, la surprise

[5] Insouciant, décontracté

[6] Se sentir étourdi, avoir le vertige

L’okonomiyaki

L’okonomiyaki

C’est un plat phare de la cuisine street food japonaise. Cette sorte d’omelette est dégustée depuis plusieurs siècles (XVIe) et toujours très appréciée par les autochtones et les étrangers amateurs de cuisine traditionnelle.

Ici, je vais vous présenter la version Osaka style ! Je l’ai fait à ma façon. Bien sûr, il est très facile d’ajouter d’autres produits.

  • 130 g de farine
  • 100 ml de dashi
  • 300 g de choux
  • 200 g de lard (4 belles tranches épaisses)
  • 4 pc œufs
  • 1/2 cc de sel
  • 1/2 cc de sucre
  • 1 cc de bicarbonate
  • vert des jeunes oignons
  • poivre
  • 20 g sucre
  • 20 g de sauce d'huitre
  • 60 g de ketchup
  • 45 g de sauce Worcestershire
  • mayonnaise
  • gingembre pickles
  • algue nori
  • 2 pc jeunes oignons
  1. Ingrédients pour l'omelette



  2. Ingrédients pour la garniture



  3. Fouetter les œufs avec le dashi.

    Dans un bol à part, ajouter la farine, le sel, le sucre, le poivre et le bicarbonate.

    Mélanger le tout avec le liquide jusqu’à avoir une préparation homogène. Réserver.

  4. Hacher finement les jeunes oignons et le chou.

    Ajouter ceux-ci à la pâte. Réserver au frais jusqu’à l’emploi.




  5. Cuire dans une poêle avec de l’huile la pâte d’okonomiyaki en ajoutant le lard coupé par-dessus. Laisser cuire jusqu’à ce que la face soit dorée. Retourner là. Fermer avec un couvercle.

    Baisser le feu et laisser cuire encore 3 à 4 minutes.




  6. Pour la sauce : mélanger le tout dans une petite casserole et laisser frémir en remuant.

    Elle ne doit pas être trop liquide ou épaisse.



  7. Badigeonner l’okonomiyaki de sauce avec une cuillère ou un pinceau.

  8. Ajouter la mayonnaise japonaise (si vous en avez ou prenez le temps dans faire une, ce sera nettement meilleur).

  9. Terminer avec le reste des garnitures.

  10. Itadakimasu !

Coût de la recette : €

Plat principal
Japonaise
Omelette, Osaka, Street Food, Traditionnel

L’art de la laque

Je vous invite à partir à la découverte de l’art japonais au travers d’un premier thème : l’art de la laque.

Commençons sans plus attendre par cette pièce conservée au Metropolitan Museum of Art de New-York.

Cette boite à écrire portable (kakesuzuribako – 掛硯箱) est munie de trois tiroirs. Les deux tiroirs supérieurs sont réservés au stockage du papier et des documents tandis que le troisième constitue l’écritoire proprement dit et est pourvu d’une pierre à encre en son centre, d’un réservoir à eau et d’un espace pour le rangement des pinceaux.

Elle a été réalisée à durant la période Edo (1603-1868) à la fin du XVIIe siècle. C’est précisément durant cette période que l’art de la laque atteignit un raffinement et une maitrise technique incomparable.

En outre, elle reflète parfaitement la technique phare de cet art traditionnel : le makie (蒔絵) qui signifie littéralement « image saupoudrée ».

Elle trouve son origine à l’époque de Nara (645-794) et fut enrichie de nombreuses variantes à l’époque de Kamakura (1185-1333). Le maki-e se décline en trois catégories principales : le makie plat (hiramakie – 平蒔絵), le makie poli (togidashi makie – 研出蒔絵) et le makie surélevé (takamakie – 高蒔絵).

Toute la surface de l’objet est agrémentée d’arabesques de fleurs de chrysanthèmes obtenues par une habile variation des teintes des poudres d’or et d’argent et rehaussées de détails par l’emploi de trois autres techniques décoratives mais que je n’aborderai pas ici.

Si vous observez les chrysanthèmes, vous verrez qu’elles présentent un léger relief, c’est la technique du takamakie. En revanche, si vous supprimez les traits de contour d’autres fleurs, vous vous apercevrez qu’elles présentent un aspect plat, c’est le hiramakie.

Parmi ces compositions florales, on retrouve le blason des Tokugawa se présentant sous la forme de trois feuilles de mauve (Aoi – 葵) inscrites dans un cercle doré.

Ce blason, relève-t-il du hiramakie ou du takamakie ?

Enfin, les différents motifs décoratifs se détachent d’un fond nashiji (梨子地) très fin dont le nom est l’évocation de la surface granuleuse de la poire japonaise nashi.

À la lumière de ce premier article, de nombreuses questions doivent vous venir à l’esprit, mais soyez patient, ce n’est que la première étape d’une aventure passionnante.

Crédits des photos : domaine public.

Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime

Voici venir un livre que je voulais vraiment lire et que j’ai d’ailleurs lu en une seule traite.

Il s’agit, sous forme d’un abécédaire, d’une comparaison entre les us et coutumes du Japon et de l’Occident.

Les sujets abordés sont très variés, allant de l’amour au zapping en passant par la féminité, les magasins ou le sport. Pour chaque entrée, on apprend beaucoup de détails du quotidien, non sans une touche d’humour.

Cet ouvrage est inspiré et se place comme une suite moderne de l’essai intitulé « Européens et Japonais, traité sur les contradictions et différences de mœurs » écrit en 1585 (et réédité à notre époque par Chandeigne) par le jésuite portugais Luis Fróis.

Originalité de l’auteure Elena Janvier : il s’agit en réalité d’une association de 3 auteures passionnées qui ont vécu au Japon et y ont accumulé maintes expériences. A n’en pas douter, elles ont réussi à transmettre leurs connaissances du Japon au fil des pages et on les en remercie !

Si j’ai vraiment beaucoup aimé lire ce livre, je suis néanmoins un peu restée sur ma faim…

Certaines définitions sont restées pour moi incomprises et d’autres me semblaient trop légèrement abordées. Ces observations n’enlèvent cependant rien à la qualité générale de l’ouvrage que je recommanderais sans hésiter tant il est divertissant mais aussi, instructif.

Jennifer pour WalloNihon

Fiche technique du livre :

Titre : Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime

Auteur : Elena Janvier

Editions : arléa

Année de parution : 2011

EAN : 9782869599246

Nombre de pages : 125

Format : Broché